1978 TOKYO TAPES … SAYONARA …
Avant la grande mutation qui allait en faire un phénomène commercial international, bien avant toute initiative philharmonique ou acoustique, Scorpions était une arme de siège dont le hard rock, à haute teneur psychédélique, fit les beaux jours de toute une génération. Enregistré au Japon, place incontournable dédiée à la capture d’enregistrements publics dans les années 70, Tokyo Tapes est, à la fois, un double album rare, généreux sur le fond, ainsi que la preuve sonore idéale d’une certaine idée de la performance scénique.
Cependant, à l’instant de l’enregistrement de cette prestation, tout ne va pas très bien chez les arthropodes. Depuis plusieurs mois, Uli Jon Roth se sent à l’étroit dans le groupe. Bien décidé à voler de ses propres ailes vers un Electric Sun encore hypothétique, ce n’est que sur l’insistance des autres membres et après que chacun eu remis son ego en place, que le guitariste virtuose décide d’assurer la tournée en terres du soleil levant. Décision, ô combien d’importance, car s’il est bien question de chant du cygne, on aura rarement vu récital d’adieu relever autant du sacré. Sacré, non pas dans l’acception du terme relevant du divin, mais plus modestement pour souligner l’ambiance de folie qui habite ce disque et avec respect : la fin d’une aventure humaine, la sincérité du travail bien fait et quelques séquences d’anthologie.
Classé dans la catégorie des éléments discographiques généralement considérés comme intouchables, Tokyo Tapes ne démérite pas sa position d’album incontournable. Et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que toutes les versions exécutées sur ce double volume sont d’une veine sans commune mesure avec les prises studio. Également, parce que Uli Jon Roth y délivre, parfois à rallonge, des improvisations à la mesure de son savoir technique, comme de sa vénération à Hendrix. Enfin et surtout, pour ce hard rock aéré, puissant, palpitant et si caractéristique du premier groupe allemand qui défraya la chronique outre-Rhin.
Peut-être un peu trop long, au goût de certains, mauvais choix des compos, pour d’autres, si quelques passages s’avèrent, aujourd’hui encore, un peu fastidieux à l’écoute, n’oublions pas que ce live contient son lot d’équipées sauvages, comme d’échappées lyriques. A titre d’exemples, on retiendra particulièrement We'll Burn the Sky et In Trance pour leur faconde électrique, tout en regrettant le traitement infligé à la guitare rythmique de l’excellent Rudolph Schenker. Perclus de qualités ou parcellé de défauts, Tokyo Tapes est un repère essentiel dans l’histoire du hard rock. Une sorte de jalon entre recherche de l’authentique et évolution nécessaire.
Et dire que ce double live a faillit ne jamais exister...
Starchild 14/04/2007 avis:  |