IRON FIST, OU LA FIN D’UNE EPOQUE
Difficile pour un groupe comme Motörhead de distinguer des variations de qualité dans ses production, tant sa discographie apparaît comme une masse compacte, presque uniforme. Pourtant, après des écoutes persévérantes et passionnées, on arrive à distinguer des ensembles plus ou moins distincts. Dans la première période du groupe, la plus célèbre, avec le superbe guitariste « Fast » Eddie Clarke, les indispensables demeurent le furibond Overkill et l’arrogant Ace Of Spades, qui fusionnent avec bonheur la puissance du heavy metal et l’abrasivité du punk. Le premier album éponyme et Bomber sont légèrement moins intéressants, mais dispensent toujours une force de frappe inimitable. Reste Iron Fist. Au début de l’année 1982, Motörhead est considéré comme l’un des groupes majeurs d’Angleterre, mais les premières lézardes commencent à apparaître dans l’édifice savamment bâti par Lemmy. « Fast » Eddie Clarke voit d’un très mauvais œil la romance entre Kilmister et la sulfureuse Wendy O. Williams, prétendant que cela pourrait nuire à la ligne de conduite du groupe. L’enregistrement du nouvel album se passe mal, Clarke s’improvisant producteur sans aucune expérience dans ce domaine, s’attirant les reproches de ses deux camarades. L’album, paru en avril 1982, se place à la sixième place des classements britanniques, performance décevante après le n°1 de No Sleep 'til Hammersmith.
La chanson-titre condense tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un titre de Motörhead : un riff simple et percutant, une batterie survoltée, une basse vrombissante, le tout formant un ensemble d’une puissance phénoménale. Cet excellente entrée en matière est malheureusement l’arbre qui cache la forêt. Dès le second morceau, une certaine déception s’installe ; on a bien affaire à Lemmy et ses acolytes et à leur style inimitable, mais cette-fois cela ne fonctionne pas. Ce qui avant résonnait avec une efficacité démente montre désormais une faiblesse créative latente. Les riffs ne possèdent pas assez de personnalité pour rester en mémoire ; les rythmiques sont bien trop stéréotypées pour se distinguer les unes des autres, enfermant l’album dans une uniformité ennuyeuse. On pourrait faire ce reproche à n’importe quel album du trio, y compris Ace Of Spades, mais Iron Fist en dit bien plus sur les faiblesses de Motörhead que sur ses forces. Cela est dû à un manifeste manque d’inspiration ; les riffs sont toujours aussi simplistes, mais ne possèdent plus la même capacité séductrice que par le passé. Les morceaux apparaissent parfois hésitants, rapides sans être agressifs, agressifs sans être puissants, ce qui limite de beaucoup leur impact et les voue à un oubli immédiat après écoute.
La voix de Lemmy semble également avoir perdu de sa superbe. S’essayant à un chant plus traditionnel, elle n’évite pas le ridicule ; lorsqu’elle reprend sa raucité habituelle, elle n’apparaît plus aussi grivoise et altière qu'auparavant. Les textes sont quant à eux toujours bien écrits, mais, la musique n’étant pas à la hauteur, n’arrivent pas à retenir l’attention, malgré quelques vers particulièrement savoureux. Malgré ces constatations douloureuses, il faut dire qu’Iron Fist n’est pas non plus une catastrophe complète ; il possède assez de vertus pour satisfaire l’auditeur en mal de sensations heavy, ne serait-ce que durant quelques minutes. « Fast » Eddie Clarke est quant à lui particulièrement brillant, traversant l’album avec son style unique, proposant des soli furieux et fulgurants. Parfois le groupe, l’espace de quelques riffs, retrouve sa puissance légendaire, portant la musique à des hauteurs incroyables. Cela ne peut toutefois pas faire oublier que Iron Fist marque le début du déclin de Motörhead et la fin de sa période dorée. Clarke quittera le groupe quelques temps après la sortie du disque, en pleine tournée américaine. La formation s’enfoncera dans une longue période de ténèbres et ne connaîtra plus jamais ses succès de 1979-1981.
Ulyssangus 14/06/2008 avis:  |