Anathema, groupe notable de doom/death dans la fin des années 80, a définitivement rayé son nom de la scène métal pour intégrer celle du rock atmosphérique à la sauce radiohead. Ce changement a commencé avec l’album Eternity (1996) et poursuit son cours. Les frères Cavanagh se mettent même à expérimenter l’électronique dans leurs nouvelles productions. A Fine Day To Exit est un exemple réussi de leur nouvelle musique rock expérimental et atmosphérique.
« Anathème » : dans l’antiquité, on appelait anathèmes les offrandes, ainsi que les victimes immolées ou objets détruits qu’on offrait en expiation aux divinités. Puis, sont arrivées les religions monothéistes et le terme d’anathème s’est appliqué aux sentences de malédiction à l’égard des impies, comme par extension aux réprobations d’une personne, d’un acte. Un anathème peut aussi désigner une personne en marge de la société, qui est objet d’exécration, de malédiction. C’est cette dernière acception qui a dû justifier le choix du nom du groupe. Il nous suffit de passer en revue les albums de celui-ci pour le deviner.
A fine Day To Exit…
S’agit-il d’une simple escapade? D’un suicide ? D’un deuil à faire ? (c’est l’hypothèse la plus plausible à mes yeux). La pochette du disque, assez singulière, peu attrayante à mes yeux, met en scène implicitement la deuxième hypothèse, sans pour autant la valider. Les conditions adéquates pour une mort réussie sont réunies : le soleil brille dans un ciel sans nuages, la voiture est garée au bord de la mer (sur la plage pour être plus précis), on a pensé à emporter une photo de famille pour leur dire une dernière fois « au revoir, je vous aime, mais je n’en peux plus ». On a laissé son portable dans la voiture au cas où un appel de dernière minute entraverait la pulsion de courage destructeur qui nous anime à l’instant fatal, et on a même pensé à se déshabiller pour retourner à l’état anténatal, le néant… En quelques mots : a fine day to exit . Let’s go suicide !
Deux accords aux pianos résonnent pendant les premières secondes de l’album, seuls. Ni tristes, ni enjoués. Ils sont posés, simplement et introduisent efficacement un morceau très digeste, qui sonne d’ailleurs peut-être comme un stéréotype de la chanson pop rock mélancolique (les passages au piano me font penser à du Coldplay). Il y a d’ailleurs d’autres passages au cours de ce disque qui peuvent paraître sans originalité à la première écoute. Les titres écoutés séparément peuvent ne pas captiver l’attention de l’auditeur non averti. Mais pour qui connaît Anathema et suit leur carrière depuis le début, cet album ne peut que plaire. Il reste dans la lignée de Judgement, s'avère plus cohérent que A Natural Disaster ou encore Alternative 4.
Les morceaux s’enchaînent naturellement, sans rupture. Après ce premier morceau cliché, on entre peu à peu dans le vif du sujet, la façade tombe et on plonge dans une mer de mélancolie, fil conducteur de ce disque. La seconde piste de l’album « release » est remarquable par le timbre, l’intonation de la voix de Danny Cavanagh, qui nous hypnotise, comme sur « Leave No Trace » sur lequel son chant, légèrement plaintif, s’élève dans les aigus. On peut souligner au passage la diversité vocale de Cavanagh, qui maîtrise parfaitement sa voix.
A Fine Day To Exit s’achève sur un léger bémol à mon sens : « A Temporary Peace », titre propice à l’introspection se prolonge pendant deux minutes par le monologue d’un homme un peu désorienté. Puis succède une longue plage de silence qui débouche enfin sur un morceau acoustique aux sonorités floydiennes. Fin de l’album après une deuxième bizzarerie : un gloussement humain…
Cyclo 04/04/2007 avis:  |