Les premières allusions au cinquième album studio de The Mars Volta remontent au mois de janvier 2008, parallèlement à la sortie du pesant Bedlam In Goliath. Le rusé guitariste Omar Rodriguez-Lopez avouait que le prochain album était déjà plus ou moins complété, et qu’il était sensiblement plus calme et apaisé que les précédentes œuvres du groupe. Ces propos sont confirmés quelques temps plus tard par Cedric Bixler-Zavala. La parution du premier single annonciateur, "Cotopaxi", sème toutefois le trouble parmi les fanatiques du groupe : il est vrai que le morceau en question n’a rien d’acoustique ni d’apaisé, ressemblant en fait à ce que l’on peut entendre sur Amputechture ou The Bedlam In Goliath. Les discussions vont bon train, et les diverses informations divulguées par le groupe ne font qu’alimenter la rumeur. De nombreux mélomanes redoutent une redite de leur précédent album, disque excellent mais trop foisonnant et décousu pour fédérer le public. La sortie de Octahedron, fin juin 2009, met un terme aux discussions. Sous une pochette à la fois surréaliste et psychédélique, les Mars Volta se montrent sous un jour nouveau, qu’ils avaient cependant laissé entrevoir sur leurs précédentes œuvres. Bixler-Zavala et Rodriguez-Lopez se montrent d’ailleurs excessivement nerveux à propos de ce nouveau disque, comme s’ils n’étaient pas certains d’avoir réussi leur pari, un pari il est vrai excessivement risqué, le groupe s’aventurant vers des rivages inconnus pour lui.
Octahedron débute plus qu’honorablement sur le marché américain, parvenant à la douzième place des charts. L’album est incontestablement le plus court de l’ensemble de la carrière de The Mars Volta, dépassant à peine les quarante minutes, se révélant ainsi presque deux fois plus court que l’imposant Amputechture. Et, dès le premier titre, il apparaît que Rodriguez-Lopez et son comparse n’ont pas menti : "Since We’ve Been Wrong" est une chanson particulièrement calme et posée. Toutefois, l’amateur averti peut se méfier de ce titre liminaire, soupçonnant une nouvelle facétie de la part des américains, en se rappelant en particulier du "Vicarious Atonement" d’Amputechture. Mais "Teflon" vient confirmer l’impression initiale. Cette fois-ci, Rodriguez-Lopez a décidé de calmer le jeu. Bien que la musique reste très électrique, les tempos sont retenus, laissant l’espace aux mélodies vocales et aux arpèges de guitare. Pourtant, aucun doute n’est possible : cet album est un digne représentant du style Mars Volta. Cette musique est nourrie d’une somme impressionnante d’influences, allant de la salsa caribéenne à la musique concrète en passant par le folk anglais. L’album prouve que Rodriguez-Lopez et Bixler-Zavala ont plus d’une corde à leur arc. L’inspiration, indéniable mais disciplinée, qui traverse cet album, est à plus d’un égard assez impressionnante.
Cedric Bixler-Zavala est la véritable vedette de Octahedron. Le flamboyant chanteur a prouvé maintes fois son talent ; mais son travail ici est proprement remarquable, tout en nuances, vibrant, puissant, dément. L’homme s’affirme comme l’un des vocalistes les plus doués de sa génération, pouvant s’adapter aux circonstances les plus difficiles sans perdre une once de son génie. Les textes sont toujours aussi curieux qu’à l’accoutumée, regorgeant d’allusions cryptiques et de métaphores mystérieuses ; un coup d’œil sur la liste des titres démontre que Bixler-Zavala n’a pas perdu son attrait pour les références abstruses. Omar Rodriguez-Lopez, moins exubérant qu’à son habitude, se retranche dans une sobriété romantique que l’on ne lui connaissait pas. Même le batteur Thomas Pridgen, particulièrement vif, énergique et technique, préfère jouer sur la pondération. Seuls "Cotopaxi" et "Desperate Graves" rappellent le passé de The Mars Volta, éruption bienvenue de violence au milieu d’un océan de quiétude passionnée, presque floydienne dans ses attributs langoureux. "Cotopaxi", en particulier, porte bien son nom, référence directe à un volcan de la cordillère des Andes… Parsemé d’instants de beauté éternelle, comme le sublime "With Twilight As My Guide", Octahedron est une preuve du talent protéiforme de The Mars Volta, un groupe qui n’a plus rien à prouver mais encore tout à réaliser.
En effet, j'ai oublié d'insérer le sublime Luciforms dans la liste des titres. Merci pour la remarque !
GrzbL 09/07/2009 avis:
Je ne m'attendais pas à un tel album, et ce fut une très bonne surprise ! Gros virage par rapport à The Bedlam In Goliath, le tempo est sérieusement ralenti, mais cela n'enlève rien à la qualité de la musique, qui nous transporte différement. Cotopaxi montre que le groupe n'a pas perdu de sa vélocité, les superbes ballades Since We've Been Wrong et With Twilight As My Guide sont de petites merveilles. The Mars Volta montre ici qu'il n'applique pas toujours la même recette, et que toutes leurs facettes révèlent un talent énorme, et il est vrai que Bixler-Zavala n'a rien perdu de sa superbe voix.. Par contre, d'après la tracklist et le "dépasse à peine les quarante minutes", j'ai l'impression que tu as un CD amputé d'une chanson Ulyssangus, "Luciforms", qui est en plus l'une des toutes meilleures de l'album.. Etrange !