Kid A ou l’électro figurative. A peine six mois après sa sortie, la deuxième partie du diptyque annoncé par Radiohead voit le jour et vient compléter le tableau de la période aux figures non figuratives de la formation.
A peine six mois après sa sortie, la deuxième partie du diptyque annoncé par Radiohead voit le jour et vient compléter le tableau de la période aux figures non figuratives de la formation. Amnesiac ou la pop abstraite.
Issu des sessions d’enregistrement de Kid A, Amnesiac en est son double inversé, le Yin s’imbriquant dans le Yang, pour l’image. Alors que le premier voit la gangrène électro infester jusqu’au détachement de la peau le mode d’écriture pop des musiciens d’Oxford, le second retrouve les schémas d’OK Computer en utilisant boites à rythmes, samplers et Ondes Martenot simplement comme habillement ou accessoires de ses compositions. Alors que le premier volet est la contemplation d’un incendie dans le lointain, le second est la mise de l’auditeur au cœur des flammes. Aussi, l’un est profondément hermétique et cache son secret à jamais dans les nappes vaporeuses et l’eau froide d’In Limbo. Semblant se mouvoir au gré d’un concept connu que par ses créateurs, Kid A résiste à l’auditeur et refuse de se dévoiler, sinon que par petites parties éparses. Il fuit quand on tente de le saisir en entier. L’autre est plus affable, même bien plus accessible et même, séducteur. De mystère, Amnesiac en est dépourvu, ce qui ne veut pas dire que de secrets il ne recèle pas. Révolution électro oblige. Seulement, il cherche à convaincre, use de moyens connus pour faire vibrer la corde sensible de chacun. Il cherche l’acquiescement. «I’m a reasonable man» lancine Thom Yorke à l’ouverture de l’album : il faut bien expliquer que Kid A n’est pas un bug de décervelés comme on n’a pu le lire, un disque de drogués vendu sans drogue, une arnaque. Mais il ne faut pas trop en dire. Ne pas lever le voile. Ne pas donner l’impression de se justifier, aussi : les détracteurs de Kid A ou les aveugles qui n’ont rien vu pourraient penser qu’une faute a été commise. «Get Off My Case» lancine aussi Thom Yorke sur Packt Like Sardines in a Crushed Tin Box : on n’a bien saisi le message.
A un Kid A uni par une idée de la musique et surtout un concept a-musical prégnant mais innommable répond un Amnesiac disparate, collection de chansons qui repousse les limites génériques, qui ne se refuse aucune liberté, aux atmosphères aussi lugubres qu’apaisées. On pourrait regretter cette absence de continuité entre les titres, grande force du premier volet, surtout que celle-ci semble être recherchée. Patchwork malgré lui, les intrusions de Pulk/Pull Revolving Doors et d’Hunting Bears sont ainsi absolument absconses et ne semblent motivées que par des réflexes de création pour enfanter son faux frère jumeau et ses écarts totalement ambiants à la Treefingers ou Kid A qui eux s’inscrivaient dans un projet d’ensemble, passerelles d’un point X à Y, Any Where Out of the World. Amnesiac est lui plus terre-à-terre qu’un disque d’IDM et aurait pu amplement se passer de ces deux grands écarts qui détonnent un peu trop dans ses paysages plus accueillants. Davantage percée de la musique avant-gardiste dans celle populaire alors que Kid A se situait dans un no man’s land générique contribuant certainement à sa réception controversée, Amnesiac délaisse lui dans une certaine mesure les délires intellectuels de Yorke et de sa bande en pénétrant directement la région du coeur comme au meilleur d’OK Computer, comme un Exit Music, comme ce You and Whose Army, son pendant à l’œil bigleux. Parfois dénudé de tout attirail non organique, Radiohead émeut par de simples piano-voix, une guitare acoustique, des arpèges tortueux, laissant les pédales Korg d’Autechre un moment aphones pour mieux laisser entrer quelques fantômes, pourquoi pas ceux de Nick Drake ou des Bad Seeds de Cave. Parfois, les deux commutent et ça donne I Might Be Wrong. Parfois, plus de fantômes mais alors les formes étranges de Like Spinning Plates. Mais dans tous les cas, nullement besoin d’exégèse d’intellos pour apprécier Amnesiac. Il ne reste alors plus qu’à l’auditeur à réunir les deux parties du diptyque : imaginez donc un peu une seconde l’œuvre.
| Avis de la Team | |
|  |
| Roquentin |  |
Les internautes ont la parole! : 0 message(s) Laisser un message