The Move demeure
parmi les plus illustres acteurs de la scène
psychédélique anglaise de la fin des
années soixante. Son insolence très
prononcée occulte volontiers la richesse de sa musique et
contrarie hélas à l'époque son
exportation aux États-Unis. Constitué
à la manière d'un supergroupe, le collectif
réunit les pointures de la scène de Birmingham et
se distingue rapidement grâce à des performances
fracassantes inspirées des
Who et des
Beatles. Les
destructions scéniques spectaculaires et parfois
ahurissantes ponctuent alors des hymnes puissants et fantasques, le
tout suscitant l'intérêt croissant du public
londonien et des différents professionnels du milieu. Le
succès retentissant des quatre premiers 45tours, qui se
hissent dans les cinq premières places du classement,
installe la formation aux cotés des plus prometteuses de
l'époque. Hélas, en concentrant ses efforts sur
la scène et sur ce marché des 45tours,
The Move ne
parviendra jamais à séduire en masse avec ses
albums, ce à une époque où ce format
prend une importance capitale. Les deux premiers s'avèrent
contrariés par un manque relatif de consistance et sortent
avec un retard non négligeable tandis que les deux derniers,
tout aussi valeureux, constituent avant tout des œuvres
transitionnelles.
Les compositions du groupe sont initialement celles de
Roy Wood, sans
conteste l'un des artistes les plus éclectiques et
excentriques de sa génération. Son talent reste
profondément sous-estimé, autant pour ses
brillantes mélodies que pour ses textes subversifs, absurdes
et volontiers inconvenants. Le groupe est d'ailleurs poursuivi par le
premier ministre de l'époque puis condamné en
raison d'une carte postale promotionnelle jugée diffamatoire
et sombre ultérieurement dans une regrettable autocensure en
refusant de proposer le génial "Cherry Blossom Clinic" comme
45tours, ce dernier traitant d'un malade interné dans un
asile. De nouveaux tubes permettent cependant à la formation
de survivre à son délitement progressif,
jusqu'à ce que
Wood
parvienne enfin à recruter un second compositeur en la
personne de
Jeff Lynne.
Les deux hommes s'accordent d'emblée sur un nouveau projet :
le futur
Electric Light
Orchestra, duquel
The
Move deviendra la rampe de lancement. Si aucun des albums
de la formation ne peut prétendre au statut de chef
d'œuvre d'un genre, les quatre renferment des
pièces d'exception sur lesquelles le collectif flirte avec
le psychédélisme, le hard rock et le
progressisme. Ces œuvres bien plus complexes et passionnantes
que les 45tours, ne sauraient ainsi être
contournées sous peine de réveiller la
colère du
Religionnaire.