Quand
Procol Harum n'est pas purement et
simplement oublié, il est occulté par son
gigantesque tube "A Whiter Shade
of Pale" ou par les Moody Blues que la plupart des
rockologues
considèrent comme les concurrents directs. Les deux
formations partagent un
statut de pionnier en matière d'assemblage de rock et de
musique classique dans
l'esprit beatlesien, et demeurent parmi les grands instigateurs de la
première
vague du rock progressif. Après examen des discographies
respectives, il apparait
que Procol Harum contribue et participe davantage
à ce mouvement
progressiste, ceci tout en gardant une certaine distance
vis-à-vis de plusieurs
de ses caractéristiques. Ainsi, même dans ses
élans les plus ambitieux, le
groupe ne manifeste guère de virtuosité
instrumentale. L'architecture des
compositions est parfois recherchée, raffinée
voire pédante mais jamais obscure
ni hermétique. De plus, le collectif ne néglige
jamais l'importance de
prestations plus simples et directes dans un registre R&B plus
ou moins
musclé. Cet équilibre entre pièces
pseudo-symphoniques et chansons plus
élémentaires se rompt volontiers, dans un sens
comme dans l'autre, au fil de
l'histoire du groupe.
L'œuvre
de Procol Harum est en grande partie
celle du claviériste, pianiste et chanteur Gary
Brooker. Celui-ci
compose la plupart de la musique et se révèle en
subtil arrangeur, notamment
quand il s'agit d'inclure des orchestre à cordes dans ses
compositions. Le
talent avec lequel il parvient à mettre en musique les
paroles de Keith Reid,
l'un des plus grands poètes du rock, influencera le travail
d'Elton John
avec Bernie Taupin. Les trois premiers disques
demeurent les plus
emblématiques, principalement en raison de la
présence de Matthew Fisher
qui contribue nettement à établir le fameux
baroque & roll à deux claviers.
Son départ est suivi de l'ascension du très bon
guitariste Robin Trower
qui donne à la musique Procol Harum un
abord plus franc et robuste,
teinté de ses influences hendrixiennes, avant que celui-ci
ne quitte également
le groupe pour se lancer en solo après Broken
Barricades. Ces deux
démissions déterminantes n'empêchent
pas la formation de Gary Brooker de
briller à nouveau avec le flamboyant Grand Hotel,
une des rares œuvres
progressistes de 1973 dont la démesure extrême
n'est pas synonyme de
dégénérescence. Les trois derniers
disques des années soixante-dix témoignent
d'un déclin inévitable qui n'en est pas moins
digne.
Le
Religionnaire vous invite à
redécouvrir ces
dix albums en sa compagnie, au travers de ses considérations
clairvoyantes et
voluptueuses :
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