Tout petit déjà, Nick est un enfant timide et silencieux. Ce qui le pousse à la discrétion n'est pas de l'ordre d'un désintérêt autistique pour le monde extérieur mais une véritable crainte du jugement d'autrui. Nick grandit, toujours aussi solitaire, poursuivi par sa peur. Ne sachant que faire de son mètre quatre-vingt-dix, il se tient la plupart du temps voué, le regard fuyant. C'est probablement cette anxiété sociale qui le pousse à se réfugier dans la musique. Nick développe cette passion depuis son enfance. Au départ poussé par sa mère, il passe su piano à la clarinette puis au saxophone avant de jeter son dévolu sur la guitare qu'il ne lâchera plus. Nick passe donc durant son adolescence le plus clair de son temps seul avec sa guitare, souvent des nuits entières. Si l'anxiété sociale pousse au silence et à la solitude, elle développe parallèlement les capacités d'écoute et d'imagination. Nick met en effet à profit son oreille et son inspiration débordante pour faire naitre ses premières compositions. Là encore, sa crainte du jugement des autres le pousse au perfectionnisme dans ses enregistrements et l'empêche encore de se produire en public.
En vacances avec un groupe d'amis en 1967, il fait un crochet par Marrakech avec un certain Bob. Les deux hommes découvrent avec stupeur les célèbres Pierres qui Roulent dans un petit restaurant. Sachant que le culot ne peut venir que de lui, le fameux Bob rentre et introduit son ami Nick en proposant aux artistes de l'écouter jouer quelques chansons. S'en suivent de long bavardages pour ce qui reste un des meilleurs souvenirs de Nick. Cet événement décisif lui fournit alors probablement la confiance qui lui manquait pour sortir de l'anonymat. Un regain de courage et de motivation l'incite à exposer progressivement sa musique aux autres en débutant par des cercles restreints. Sa confiance grandit parallèlement à ses audiences jusqu'à ce que qu'un producteur le remarque et lui propose d'enregistrer un album. Les sessions dévoilent un Nick tout à fait déterminé, enregistrant chant et guitare simultanément. Les critiques font un excellent accueil à son premier disque, et Nick est plus confiant que jamais, au point d'arrêter ses études.
L'anxiété sociale constitue une prédisposition non négligeable à la dépression. Nick parait confiant mais reste fragile. Sa tendance sombre et mélancolique lui colle à la peau, un phénomène illustré officiellement par sa musique dès les Cinq Feuilles Restantes. Mais le facteur précipitant cette fragilité vers une authentique dépression reste la maigreur du succès remporté par ce disque. Les chiffres de ventes médiocres constituent pour Nick un reflet direct du jugement négatif du public. L'émergence dépressive s'accompagne alors d'une nette recrudescence de l'anxiété sociale, et ce, en pleine tournée. Mal à l'aise face au public, parfois terrorisé, il annule les dates restantes, se sentant désormais incapable de faire face.
Nick conserve pourtant un espoir de reconnaissance et se lance dans la conception d'un second disque qu'il souhaite encore plus abouti et sophistiqué que son prédécesseur. Les critiques sont une nouvelle fois enthousiastes mais les ventes toujours décevantes. La maison de disques commence à perdre espoir et Nick s'effondre. En proie à un sentiment de désespoir intense annihilant son énergie vitale, il se sent terriblement impuissant face au système et sombre dans l'inactivité. A l'errance de sa pensée s'accompagne celle de son corps. Il disparait parfois pendant plusieurs jours avant de revenir, souvent discrètement ou grâce à l'aide de son entourage. Sa famille parvient à le convaincre d'aller consulter un psychiatre mais Nick ne respecte pas la prescription d'antidépresseurs qu'il prend seulement ponctuellement, comme des calmants. Il parvient toutefois à réunir le peu d'énergie qui lui reste pour enregistrer un troisième disque, sans grand espoir ni grande conviction. La Lune Rose ne fait pas mieux que ses prédécesseurs.
Dans un état lamentable, plus que jamais dans l'impasse artistique et morale, Nick effectue un séjour de cinq semaines en hôpital psychiatrique en 1972. Il est nerveux, irritable, parfois même agressif avec ses amis. Cette humeur instable est probablement induite par les fortes doses d'antidépresseurs qu'il reçoit durant l'hospitalisation. Stimulé par sa famille, il tente par la suite sans succès de se reconvertir dans l'informatique après avoir tenté d'intégrer l'armée.
Deux ans plus tard, Nick va mieux. Il envisage même de reprendre la musique et renoue quelques contacts à ces fins. Il retourne même en studio enregistrer quelques chansons. Vers la fin de l'année, il retourne chez ses parents. Le 25 Novembre au matin, sa mère le retrouve mort dans son lit. La cause du décès est une intoxication à l'amitriptyline, un antidépresseur. La police conclue au suicide. Les fréquentes insomnies de Nick poussent également à envisager une intoxication accidentelle sans réel désir de mort. L'hypothèse du meurtre est en revanche moins probable mais sait-on jamais. La vie discrète de Nick est plus que jamais cernée par le mystère, un mystère source de fascination depuis sa mort.
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