Raaah le Hellfest… De tous les gros festoches européens voilà bien le plus sexy… En effet, avec sa taille humaine (35 000 chevelus par jours) et sa programmation éclectique, les autres open-airs ne font franchement pas le poids. Laissons le Wacken ou le Sweden Rock à ceux qui aiment faire la queue et les grands festivals de musiques actuelles à ceux qui achètent leurs albums à Carrefour ou Auchan. Cette année, la grosse farce à toutes les sauces c’était Stromae. « Stromaqui ? » dirons-nous dans 3 ou 4 ans, lorsque la musique l’aura (heureusement) oublié. Au Hellfest par contre, les légendes ont 30 ou 40 ans de carrière et sous les tentes, la fine fleur des combos méconnus se relaye sur 3 jours pour faire vivre leur style, qu’il soit doom, hardcore, stoner ou black metal. Récit, forcement spartiate et sous influence de 3 jours de festivités, par deux gus de chez nous. Doc Savage sur les grandes scènes et Iro22 sous les tentes pour les musiques dont tout le monde se fout. On ne change pas d’obsession chez Destination Rock… Jeudi 16 juin : un petit coin de metal… Après quelques heures d’autoroute nécessaires pour rallier Clisson depuis notre belle capitale, me voici aux avant-postes de la Metal Corner où plusieurs groupes de stoner notables ont pour mission de faire vendre les premiers pichets de bières du festival. Ça commence fort (et tôt) à 17h avec ÖfÖ Am, trio moustachu de Montpellier dont je vous ai déjà vanté ici-même les mérites. Gros son et machine stoner instrumentale tartinée à la noïse au programme, sans fioritures (lorsque Chris prend le micro ce n’est que pour lancer quelques remerciements émus) le combo déroule ses nouveaux titres, issus de The Beast Within, sans oublier de piocher dans leur premier long, comme lorsqu’est envoyé « From the Dweezil », titre décidément diablement efficace. Une petite demi-heure devant un public très réceptif suffira à confirmer ce combo qu’il faut – mais je vous l’ai déjà dit – suivre de très près. Une heure et quelque après ce premier coup de semonce (je n’ai suivi la prestation des death metalleux de Necrown que de loin), c’est au tour de Jumping Jack d’investir la scène. Voilà encore un talent dont la démo a été chroniqué dans nos pages, preuve qu’en matière de jeunes pousses prometteuses, ce modeste webzine a un coup d’avance… Ce n’est pas la première fois que je vois le trio live et leurs prestations précédentes m’avaient mis de sacrées claques. Je n’ai malheureusement pas ressenti le même plaisir cette fois-ci. En effet, les p’tits gars de Nantes jouent ce soir quasiment à domicile, devant un public conquis et vraisemblablement parsemé de potes à eux. Ils sont alors acclamés comme des superstars et se comportent comme tel, ce qui a tendance à mettre au ban ceux qui ne se sentent pas inclus dans le délire. Pourtant, avec des titres aussi forts que « Blues Reject » et un son franchement massif, le combo a de quoi plaire. Espérons que ceux qui les découvrent passent un bon moment, car au fond ils le méritent. Pour ma part je triperai plus devant Les Saboteurs, super combo de reprise des Turbonegro suivi de Zoe, autre formation à base de graisse dont je relate les sorties discographiques dans ces colonnes. Les calaisiens déroulent leur hard rock des familles barbouillé au stoner et convoquent Rose Tatoo et Motorhead au long de leur set survitaminé. Encore un gros moment. Pardon aux Sticky Boys et aux autres, mais la fatigue de la route se fera sentir, me faisant quitter les lieux peu avant minuit. Iro22 Arrivé sur place vers minuit après s'être perdu 2 fois sur la route, dénué de tout bon sens lorsqu'il s'agit de monter une tente, c'est dans l'exercice du camping social que votre serviteur passe sa nuit du jeudi au vendredi. "Camping social", kesaco? Maugréant dans ma barbe (fictive, contrairement à 70% des festvaliers) des insultes envers les tentes "2 secondes" car incapable de faire de ce satané bout de tissu un abri un tant soit peu protecteur du climat pleurnichard, j'envisage d'abord de dormir à la belle étoile... avant que deux jeunes prodiges n'arrivent à trois pas de moi, montant leur tente (identique à la mienne) aussi aisément que moi vociférant des "bordel" libérateurs. Ici intervient le concept de "Camping social" : sans aucune arrière- pensée intéressée, je m'en vais parler à ces bien braves gens sachant monter des tentes... qui s'avèrent en fait être Lettons. Au temps pour la sociabilité, je suis un de ces types qui comprennent très bien l'anglais mais sont plutôt moyens à l'oral. Marmonnant 6 ou 7 mots de chez Shakespeare pour faire comprendre ma détresse, mon abri est monté en 3 minutes. Résultat : il est une heure trente du matin, pas de Metal Corner pour moi. Résumé de cette première soirée à Clisson : les gens ont l'air bien sympathiques et serviables, je suis définitivement une pourriture intéressée. Doc Savage Vendredi 17 juin : Veni, Vedi, Groovy… Il est à peine plus de 10 heures lorsque je me poste sous la Terrorizer Tent (ma seconde maison pour le week-end) pour ne rien rater de la prestation d’Hangman’s Chair. Etant un activiste du stoner sur Paris, je ne compte plus les fois où j’ai vu ce combo, habitué de toutes les planches de la capitale. Abonné au Klub - où il se passe de bien bonnes choses lorsque le cartel Eibon/ Hangman’s Chair est à l’organisation - l’ex quintet et nouveau quartet a aussi brulé les planches de la boule noire dernièrement avec Klone (qui joue au même moment sur la Main Stage) et Red Mourning. Les voilà donc enfin récompensés de leurs efforts, avec une première participation au Hellfest méritée. La tente se remplit peu à peu tandis que les parisiens enchaînent les compositions de leur dernier opus Leaving Paris, profitant des 30 minutes qui leur sont attribuées pour rappeler qu’en France nous avons de belles formations heavy rock. Well done boys ! Après cela, la prestation de Valient Thorr, sur une Main Stage trop grande pour eux paraîtra bien fade. Ce sera donc My Sleeping Karma, pour sa première apparition en France, qui retiendra mon attention, avec son stoner psyché et quasi instrumental. Le trio allemand, mené par Matte (tourneur de Karma To Burn, Yawning Man et des Up in Smoke, entre autres) distille un set bien planant, où se mêlent références aux divinités indiennes et égrenage de notes faites pour la transe. La tente est déjà bondée (elle va montrer ses limites tout au long du week-end) et gageons que les teutons verront leur côte de popularité grimper dans notre pays après ce concert. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’y assister, une séance de rattrapage est d’ores et déjà prévue au Glazart le 06 novembre prochain. Pas fan du punk à chier des Dwarves, je reste en poste pour Kruger. La venue des p’tits suisses dans un Klub trop vide l’année dernière avait été l’un des meilleurs concerts live de 2010. Quel plaisir de les revoir en bonne forme sur une scène plus adéquate, déversant 40 minutes de gros post-rock velu à l’arrière-goût d’apocalypse. La tente est au bord de l’implosion et les morceaux de For Death, Glory And The End Of The World gagnent en épaisseur dans leur version live. C’est également avec plaisir que l’on retombe sur des pépites (“Speedmeter” de Cattle Truck) au détour de ce set de grande classe. J’irai rapidement jeter un œil à la fin de la prestation de The Answer, me remémorer leur concert dans une boule noire vide il y 6 ans, puis un show case explosif à la Fnac Montparnasse pour la sortie d’ Everyday Demons . Parfois, j’aime quand un groupe que j’ai l’impression d’avoir découvert devient énorme… Pas le temps de respirer et c’est Church of Misery qui déboule sous la Terrorizer. Quiconque a déjà testé la température d’un concert de ce groupe de doom nippon sait que l’évènement est de taille, d’autant plus qu’ils se font rares dans nos contrées. De ce que j’ai pu lire dans la plupart des médias, chacun se félicite de cette prestation, perçue comme dantesque. Mais les puristes savent que le combo est capable de beaucoup mieux. Fraichement séparé du guitariste australien Tom Sutton , le quartet se présente ici avec un batteur aux fraises et un son un peu mou pour qui a expérimenté la puissance de feu de ces gars-là, comme lors de leurs deux incroyables prestations lors des Roadburn 2009 et 2010. Procurez-vous ce live (Roadburn 2009 / dispo en LP et Cd via Roadburn Records) et vous comprendrez où je veux en venir. Bien sûr « I, Motherfucker » et « El Padrino » restent irrésistibles, bien qu’amputés des images de serial killer projetées en arrière-plan en accompagnement des grimaces de timbré de Neggy, chanteur à l’équilibre psychiatrique contestable. Pas fan des All Star Band sorti d’un club chic de L.A., je laisse passer The Damned Things et grignote un morceau en regardant s’agiter une bande de japonais sur la Main stage. Ceux qui ont lu de précédents reports auront eu vent de l’encensement général auquel a eu le droit Maximum The Hormone, dont tout le monde se foutait encore quelques heures avant le festival. Pour ma part je dirais que oui, le gang japonais a retourné le Hellfest avec son néo metal épileptique et une attitude de punk qui ne manque pas de chien, mais soyons honnête, que reste-t-il , une fois le trip régression adolescente passée ? Un groupe idéal pour ambiancer un festival, une sorte KoRn foufou aux yeux bridés, mais rien de plus… Pour s’en convaincre, il suffit d’aller se faire happer quelques minutes par le set « Sludger than hell » d’Eyehategod sous la Terrorizer. Voilà un combo qui prouve - deux ans après son passage sur la Main stage en 2009 - qu’il n’est pas fait pour les scènes trop grandes. Sous une tente brûlante et pleine de connaisseurs, la bande à Mike IX Williams met un « H » majuscule au mot Haine. Une démonstration de riffing lent et d’ambiance crasse, rien de moins. La suite, ce sera Karma To Burn, toujours sous la tente, pour leur 150ème passage depuis leur reformation en 2009. Et pourtant, toujours pas gavé, je suis fidèle au poste. Le trio est en forme et assène son rock sudiste stonerisé avec classe. Le tirage? 36/8/47/39/41/15/49/32/19 et en numéro complémentaire le 20 (mais ça vous l’auriez parié). Pas le temps de respirer que Down prend les choses en main sur la Main Stage. Anselmo fait chanter le public, la pluie s’en mêle et le son est gâché, on fait applaudir tout le monde en pensant à Dimebag avant Lifer et les mecs d’Eyehategod/copine/roadie prennent les instruments pour finir « Bury Me In Smoke ». Un concert ultra classique du quintet superstar de la New Orleans en somme, mais bon dieu quels titres ! Fait notable, Jimmy Bower a fini en soutif, lancé depuis la fosse. Par la suite Iggy Pop le vieux fait le lézard durant une heure sur la Main Stage, devant une foule venue pour seulement 3 titres tandis que Corrosion Of Conformity s’évertue à tronçonner ses deux premiers opus, devant une foule venue écouter tous les suivants. Impossible, la faute à Pepper Keenan, pas sur la fiche technique mais en coulisse, puisqu’il a joué avec Down. Il viendra donc taper le bœuf sur quelques titres, chanter « Vote With A Bullet » mais pour le public, point de « Deliverance ». Dommage. C’est alors que survient le plus grand moment du festival Clissonnais, formule 2011 : 22h10, Clutch est sur les planches, sans intro grandiloquente ou fumigènes. Juste les quatre même gus qui avaient enflammé la Main stage deux ans plus tôt. Sauf que là, sur une scène à leur taille, devant une foule ultra compacte et déchainée, le quatuor du Maryland ne se contentera pas d’être exceptionnel comme à son habitude. Leur set sera magistral de bout en bout. Ouverture sur du Blast Tyrant (2001) avec « The Mob Goes Wild » et « Profits of Doom », le public est en fusion. Neil Fallon, en prêcheur rock, fait sauter les foules et sert de sa voix chaude les dix commandements du rock’n’roll. Le temps de piocher dans le petit dernier « 50 000 Unstoppable Watts » (Strange Cousins From The West, 2009) et voilà l’énorme Jean Paul Gaster qui lance son pattern irrésistible pour annoncer « Mice & Gods ». Le groove à son paroxysme. Fallon accompagne alors Tim Sult à la guitare, fait dégouliner les slides et balance « Gravel Road », extrait de Robot Hive/Exodus (2004). Le set est définitivement orienté bluesy et l’on se prend à espérer « Electric Worry », prier même pour notre salut. Pour l’heure le groupe progresse en toute décomplexion, exhume « Immortal », excellent titre de son inégal Pure Rock Fury, avant de revenir à Strange Cousins… C’est alors l’imparable « Struck Down », puis le très Bakerton group (leur side project instrumental) « Freakonomics » qui est joué. On repart alors sur Blast Tyrant pour le jam fatal « Cypress Groove » avant de voir Neil Fallon reprendre la guitare slide, le sourire en coin. Il se lance dans quelques gammes blues et l’audience exulte. Nous savons tous à cet instant ce que cela veut dire… Le groupe assène une version exceptionnelle d’« Electric Worry », suivie, bien sûr de « One Eye Dollar » qui la suit de la même façon sur l’opus From beale Street To Oblivion (2007). Veni, Vedi, Groovy, comme je l’avais dit. Ps : Oui je n’ai pas cité Dan Maines et son jeu de basse rond comme une fesse, voilà qui est fait. Après cette leçon de rock, c’est avec humour que j’accueille la première venue en France en 20 ans de carrière de Robert le Zombie, amuseur de galerie des horreurs et animateur d’Halloween partys. Ayant renvoyé la moitié de sa pyrotechnie aux USA pour faire des économies, le gus se présente avec deux bâches (cachant un Marshall et un ampli basse, la blague pour une tête d’affiche sur Main Stage) et son groupe. Presque à poil quoi. Son backing band se compose de deux ex de Marylin Manson et c’est d’ailleurs au bide de ce dernier il y a deux ans qu’on pense en voyant Robert, plus mort que vivant, passer pour un con devant 30 000 inconditionnels forcément déçus. Seul quelques gonzesses à poil viendront apporter du 95D à un concert plutôt plat. Quelques chansons de White Zombie (lui, avant que son ego ne dévore ses potes et ne se mette au surgelé) et un p’tit « Dragula » (@Matrix le film™) et puis s’en va, alors qu’il lui restait 25 minutes de set. Retourne chez ta mère escroc, j’aurais définitivement dû rester sous la Terrorizer et me gaver de Melvins. Heureusement que Monster Magnet est là pour remonter le niveau et exposer à la face d’un Hellfest toujours au taquet une bonne heure de son space rock/stoner allumé. Comme toujours sur cette tournée, c’est « Nod Scene » qui ouvre les hostilités. Le combo déroule et donne du plaisir. Jim Baglino en fait des tonnes comme à son habitude et finira même le set en sautant à pied joint sur son ampli tandis que Garrett Sweeny, le remplaçant d’Ed Mundell, est toujours aussi convainquant comme soliste, aux côtés de Phil Cavaino. Le trio « Crop Circle », « Powertrip » et « Space Lord » clôturera les festivités et le silence retombe sur une première journée d’un Hellfest parti sur les chapeaux de Roue. Iro22 Debout à 11h, je commence les hostilités avec Suicide Silence sur la Main Stage 2. Un bien joli nom. J'ignorais leur existence avant le festival et je vais garder cette bonne habitude. A ce niveau là, le chanteur ne crie plus, il hurle à la mort : que quelqu'un aille ausculter ce type, visiblement ses cordes vocales sont en train de brûler... Quant aux musiciens, ils martèlent. Enfin je crois. Un des avantages pour eux, c'est qu'ils peuvent faire n'importe quoi, du moment que les amplis sont au max et que leur chanteur ne tombe pas dans le syndrome "Barbara", le public saute dans tous les sens. Pour moi, c'est simple. Le set dure une demi-heure, j'ai l'impression qu'il en fait deux. Entre deux hurlements, j'entends un de mes voisins donner un nom à cette boucherie : "c'est du Deathcore" ! Soit. Je passe mon chemin le temps de prendre une collation en attendant The Answer. Voilà un groupe qui fait tâche dans la programmation du Hellfest, et pour cause : remplaçant Disturbed, pour qui l'écologie est visiblement une des principales préoccupations et la raison principale de leur absence, le groupe de Corman Neeson sert un rock 70's moderne et enjoué, bien loin des gueuleries incessantes de Suicide Silence, par exemple. Le set est audacieux et totalement adapté au festival : ce sont en toute logique les titres les plus excités qui feront de The Answer une des grandes sensations du festival. A mi-chemin entre Led Zeppelin (pour la science du riff) et les Black Crowes (pour le chanteur), le quartet possède également une chaleur héritée de Lynyrd Skynyrd, une chaleur du sud. Enchaînant les titres de l'excellent Rise ("Sometimes Your Love", "Come Follow Me", "Under The Sky") avec ceux de Everyday Demons ("Evil Man","Too Far Gone"). Une bien belle performance, Disturbed n'est vraiment pas regretté. Revient alors le contexte "Hellfest" avec Dagoba. Leur son était absolument a- bo-mi-nable, mais touché par le concept d' "audition inutile pour sauter partout et faire n'importe quoi" de Suicide Silence quelques heures auparavant, Dagoba assure le show. Dire que j'apprécie ce genre est exagéré, mais il faut reconnaître que malgré ce souci de son, le public accroche : circle pits et slams s'enchaînent joyeusement pendant quarante minutes. Vient alors Alter Bridge, déjà un peu plus dans mon spectre de chroniqueur. J'apprécie quelques uns des efforts studios du groupe, mais autant dire que leur prestation live est loin d'être convaincante : certes tout est joué sans fausse note et sans heurts, mais ça manque sérieusement de rock'n'roll ! Mark Tremondi sort quelques très bons soli, mais la balance légèrement en sa défaveur ne permet pas de les apprécier à leur juste valeur. La pluie ne s'y est pas trompée, Alter Bridge ne donne pas son maximum, tout est trop formel, trop "américain". Les gestes d'interaction avec le public de Kennedy sont très calculés et trop rares pour être sincères. Pour ce live, seuls deux mots me viennent à l'esprit : pluvieux et insipide. Je saute Maximum The Hormone pour the Cult, une heure plus tard. La formation de Ian Astbury a vieilli, assurément. Le groove n'y est plus, le jeu de scène inexistant, mais le tout est assez juste, finalement. Ian se fiche un peu de faire une bonne performance, adoptant une attitude vaguement "je m'en foutiste", peut-être une manière de distraire le public du bide à bière qu'il s'est forgé avec les années... Le set est garni en priorité des bonnes vieilles chansons de Love ou Electric, pour notre plus grand bonheur. Bon, le final rock'n'roll était assez ridicule : à quoi bon casser son matériel en 2011, deux décennies après les débuts? Le coeur n'y est plus. Un choix doit se faire : soit abandonner, soit s'y remettre à fond. La formation des 80's semble pencher vers la seconde option... Viennent ensuite les chouchous d'Iro, Down ! Jamais vus sur scène auparavant (mais adorateur absolu de NOLA), je suis un peu déçu de la prestation. Anselmo envoie, certes, mais la technique était loin d'être au rendez-vous pour un groupe de cette envergure : le son n'est pas loin d'être aussi horripilant que celui de Dagoba. Le quintet assure, les titres sont énormes, certes, mais il manque quelque chose pour ce live... La passion, peut-être? Pas le temps de manger qu'à 21h05 Iggy l'Iguane serpente la Main Stage avec les Stooges. La légende est toute frippée mais assure le show à sauter partout. La révolte punk des 70's est loin, mais la flamme est toujours allumée chez Iggy et les Stooges. Les conditions météorologiques ne s'étant pas améliorées avec le temps, le public ne s'anime pas vraiment malgré les nombreux efforts du "Passenger". Mais ne perdons pas de temps, direction la Terrorizer pour Clutch, une de mes plus grosses attentes du festival. Eh bien je ne suis définitivement pas déçu ! Je reste scotché par un groove d'une telle puissance, bien qu'étant plutôt mal placé. Du reste, je pense qu'Iro aura bien mieux résumé ce concert énorme, une des grosses sensations de la journée (et des deux à venir). N'ayant visiblement pas le même humour kamikaze que notre Iro national et les millers de Zombies qui se dirigent vers la Main Stage, je préfère me poster devant les Melvins et leur puissance contrôlée. D'une grande efficacité, la formation de Montesano enchaîne les titres pour le plus grand bonheur d'un public en ébullition, déjà prêt à accueillir Monster Magnet. Wyndorf est un peu bouffi, certes. Mais je suis tout de même un peu choqué par l'attitude de ce dernier : pour toutes les parties où son chant n'est pas requis, il adopte deux comportements. Le premier consiste à faire semblant de jouer de la guitare, à la Johnny Hallyday. Peu importe du moment qu'il assure au chant. Le second est plus dérangeant : Dave se retire derrière la fumée de la scène auprès de son ampli pour le bidouiller, dos au public. Et ce pendant parfois quelques minutes. Un manque d'assurance? Possible, mais le monstre Wyndorf n'est pas mort, loin de là : à chaque fois qu'il chante, la tente implose devant ce charisme indéniable. Et tout le monde entonne le rageur "Crop Circle", le rassembleur "Powertrip", le culte "Space Lord Motherfuc***", pour un des concerts les plus touchants et charismatiques des trois jours. Dodo ! Doc Savage Samedi 18 juin : Des vieux de la veille, pour les vieux et les vieilles! Pas vraiment emballé par la programmation, je laisse avec plaisir ma Terrorizer chérie aux amateurs de punk et de hardcore et déserte Clisson pour la journée. Je ne reviendrai que pour quelques minutes de Scorpions assez pathétiques (merci gros naze de Kottak Attack). Du moins je pourrai dire un jour à mes enfants que j’ai vu Scorpions en concert. Merci le Hellfest ! Iro22 Pas plus emballé par la programmation qu'Iro, mon premier live de la journée sera devant Thin Lizzy, à 17h. Il ne reste plus grand monde du line-up originel mais force est de constater que la recette des Irlandais est toujours très efficace : des tubes, des tubes, des tubes et de l'émotion, avec l'hommage attendu à Gary Moore... Le chanteur Ricky Warwick ne démérite pas et livre une prestation convaincante, tout comme Mendoza, au plus haut de sa forme. Du bon Thin Lizzy! L'autre prestation attendue de la journée, c'est Black Label Society. Et Zakk Wylde veut du sang ! Orné d'une coiffe amérindienne, il multiplie les soli et les guitares (quasiment une différente pour chaque chanson) parfois à outrance, comme lors de ce soli de dix minutes en plein milieu du concert... Zakk se fait plaisir mais n'en donne aucun et le public se refroidit. Mis à part cette incartade masturbatoire, le set est bien tenu et carré, le son incroyable, la voix de Wylde puissante à souhait. Une bonne claque avant la vieillerie Scorpions. Ceux que beaucoup attendaient, même les non-festivaliers (certains ne viennent que pour eux), ne se foulent pas. Arrivés dix minutes en retard pour repartir dix minutes en avance, ils tiennent le show 1h35 au lieu des deux heures prévues. A cette heure trente, on peut également soustraire les quinze minutes de soli interminables du batteur James Kottak... Un show collectif d'une heure quinze, en somme. Pas de "Wind Of Change" non plus. Bref, des choix peu compréhensibles qui auront rebuté beaucoup de fans, surtout ceux ayant fait le déplacement exprès. C'est avec l'impression d'avoir été abusé que se termine la journée du samedi. Heureusement, l'hommage au député Patrick Roy, habitué des terres clissonnaises, remet du baume au coeur. Doc Savage Dimanche 19 juin : P'tites tentes et Grosses Stages! Débutons cette dernière journée de festival par Kylesa. Malgré quelques problèmes avant le début du set, la musique est violente et le public suit, enchanté par la voix de Laura Pleasants et l'ambiance psychédélique qui plane sous la Terrorizer (ce qui n'est pas pour me déplaire). Un très bon concert, peut-être un peu court... En ressortant de la tente, j'entends au loin "Croûte Bloudy Croûte" et me poste devant la main stage pour voir Mr Big et Doro, tous les deux aussi ringards... Les premiers se vantent d'avoir en leur sein Gilbert le guitar hero (qui fait son job à merveille et à outrance, c'est le concept), et servent un concert eighties complètement anachronique, complètement ringard. Ca n'est pas très rock'n'roll... et ça n'est pas près de s'arranger ! Doro et sa chanteuse/maman/rockeuse/adepte-du-cuir-moulant offre une prestation aux antipodes de ce que l'on peut attendre d'un concert de rock : de l'amour, de la joie... Non madame, je veux du sang moi ! C'est toujours plaisant à voir une personne joyeuse sur scène, mais là on a l'impression d'assister à un concert d'une Cindy Sander metal, heureuse de pouvoir chanter devant un autre public que celui de la foire aux choux du village. Heureusement que Rob et ses prêtres de judas arrivent pour remettre les pendules à l'heure. Malgré une mise en scène plutôt inexistante, force est de constater que la voix et la présence d'Halford sont toujours au rendez-vous. Le heavy metal n'est pas mort, Judas Priest non plus ! Un très bon concert, même si je regrette l'absence de "Electric Eye"... Heureusement, "Painkiller" est là pour me réconforter, et de quelle manière. La prestation périlleuse est tenue d'un main de maître par cinq petits vieux qui font du rock'n'roll, tout simplement. Personne n'en demande plus. Et là arrive ce qui restera pour moi la grosse farce de ce festival : Therion. Il faudra dire à Ben Barbaud, l'organisateur de l'évènement, que ce n'est pas Therion qui joue devant un public abasourdi par tant de nullité, mais la troupe de la comédie musicale Dracula... Tout y est : les costumes, la grandiloquence surjouée, la musique un peu baroque et un peu metal mais très chiante... Tout le monde semble prendre ce concert comme un supplice en attendant l'arrivée du prince des ténèbres Ozzy. J'envie notre cher Iro d'avoir pu voir Hawkwind, que j'adule, mais Ozzy Osbourne, c'est la légende, le mec qui a mangé une chauve-souris... Et en tant qu'adorateur de Black Sabbath, je ne pouvais passer à côté. Je suis bien loin d'être déçu, croyez moi. Oublions les quelques "Mama i'm Going Home", "Goodbye to Romance"... Les tubes "Mr Crowley", "Bark At The Moon" ou "Crazy Train" soulèvent l'audience, mais c'est dans les titres de Black Sabbath que la communion atteint son paroxysme : sur "War Pigs" notamment. Tout le monde saute et chante sur ce qui restera l'hymne de cette soirée du dimanche soir. Papy Ozzy est quant à lui en pleine forme, gesticule dans tous les sens, attrape une lance à mousse qu'il axe vers le public, les vigiles et les photographes... Toujours avec sourire. Voilà quelqu'un qui prend et donne du plaisir avec classe, madame Doro. Ne pas voir Kyuss indépendamment de ma volonté, une des raisons principales de ma venue sur les terres clissonnaises, restera une des plus grandes déceptions de ce festival pour moi. Mais peut-être seront-ils présents l'année prochaine, sur le nouveau site...? Je pense de toute façon que l'on peut faire confiance aux organisateurs pour nous sortir une programmation de folie pour 2012. A dans un an, Hellfest ! Doc Savage L’annulation de The Gates of Slumber (vraiment pas malin d’annuler constamment leurs concerts en France, ils vont finir par vexer leur fan base !) me permet de m’octroyer une heure de sommeil supplémentaire et de me pointer sur le site frais comme un gardon alcoolisé pour Red Fang, tandis qu’au même moment les strasbourgeois de Los Disidentes Del Sucio Motel enflamment la scène du Metal Corner avec leur rock déjanté, bien inspiré de 20 ans de stoner, compilé dans leurs Ipods et platines vinyles. Pour ajouter encore plus de piment, ce (très) bon groupe possède un vrai faux-flic américain, mag-light et flingue à la ceinture pour inspecter le public et vendre le merchandising ! Revenons à nos vrais américains, ceux de Portland, qui surfent sur la hype de la sortie de Murder The Mountain sur Southern Lord en début d’année. Ils délivrent ici un set solide, entre gros rock de bucheron et réminiscences stoner, franchement du bon boulot mais peut être en attendais-je trop pour en garder un souvenir impérissable. A la place, juste un bon concert, rien de plus. Une petite pause dans la programmation stoner/doom me permet d’aller goûter aux couleurs « world » du metal, d’abord avec les russes d’Arkona puis sur la Main stage avec les israéliens d’Orphaned Land. Les premiers feront sauter la Rock Hard Tent au son de leur pagan aux accents du Caucase tandis que les seconds ne tireront de moi que des bâillements, pas éveillé que je suis à leur propos progressif. Peut-être que la scène est trop grande et le jour trop présent. La défection de Buzzov-en, aussi regrettable soit-elle, aura au moins l’avantage de propulser Ghost au sein de la programmation du plus beau festival metal français. L’étrange secte suédoise, aux membres affublés de chasubles de moines, qualifiés de « Nameless Ghouls » et anonymes jusqu’au bout de leur guitare, a créé la sensation de l’année 2011 avec Opus Eponymus, leur premier album, joué en quasi-intégralité. Coté son, c’est un heavy rock vintage, tout en riff et en clavier, accompagnant un chanteur habillé en pape du mal, dont la voix rappelle les standards des années 60. C’est d’ailleurs sur une très convaincante reprise du « Here Come The Sun » des Beatles que le groupe semble à son paroxysme. Une prestation franchement agréable. Pas le temps de décoller de la tente, puisque c’est Kylesa qui prend la relève, un combo qui a toujours eu mes faveurs. Pendant la balance, Phillip Cope s’électrocute en branchant son thérémine et fini franchement sonné, à tel point que l’on a cru un instant que le concert n’aurait pas lieu. Au lieu de ça le guitariste, pâle comme un linge, débranche les ¾ de son installation et le concert débute sans prévenir, sur « Don’t Look back », morceau plutôt aérien alors que le set sera carrément violent dans son propos. En effet, la rage au ventre après leurs ennuis techniques qui leur ont fait prendre du retard, le quintet de Savannah met ses tripes pour pallier un son pas toujours au top. Les chansons interprétées sont principalement tirées des deux derniers opus, et c’est tant mieux, voyant « Running Red » et « Scapegoat » s’imposer comme une doublette de luxe. Finalement, dans l’adversité, les américains ont livré une grosse, très grosse prestation ! Sur la Main stage, pendant ce temps, les frères brésiliens de Cavalera Corporation (pardon, Conspiracy) font monter leur famille sur scène et réinventent le principe de « concert réalité » : The Osbourne sur votre petit écran, « The Cavalera’s » sur votre scène de festival. En bons patriarches, Iggor et Max préparent leur reconversion : beau fils de l’un, fils de l’autre viennent grogner sur « Cockroaches » avant que ne résonne une énième version de « Roots Bloody Roots », déjà interprétée au Hellfest par tant de combos (Cavalera’s, Sepultura’s, Apocalyptica’s, Soulfly’s). Bref, je reste posté en bonne place sous ma chère Terrorizer pour heavy nordique de Grand Magus, vorace comme un loup et puissant comme le marteau de ce cher Odin. Ex-groupe affilié stoner, vrai combo de heavy metal, la bande à JB (qui fit les beaux jours des Spiritual Beggars) ne pioche désormais plus que dans ses dernières compositions et sert donc un set bien métallique, servi par un son tout en puissance. Encore un chouette concert mais ce qui arrive derrière est d’un autre acabit. Depuis le concert de reformation de Goatsnake au Roadburn 2010, j’ai passé le plus clair de mon temps à écouter leurs rares opus et à me délecter de leur exceptionnel heavy rock bluesy versé dans le doom . Je me faisais donc une joie de les retrouver sous la tente du Hellfest, et mon attente ne fut pas déçue. Servi par un son Enormissime et des musiciens de premier ordre (Greg Anderson c’est Sunn O))), du costaud les cocos !) la musique de Goatsnake est trois crans au-dessus du lot. Il n’y a qu’à juger pour s’en convaincre du nombre de zicos venu assister au concert sur le bord de la scène. Pete Stahl en vocaliste de génie s’époumone sur « Mower », « Innocent » ou « Flower Of Disease ». Et voilà la deuxième grosse baffe du week-end ! Suite à cela, je préfère regarder de loin la fin de Doro (j’ai un faible pour la demoiselle) et le début du set d’un Judas Priest forcément un peu ringard mais à qui on peut prêter de beaux restes. Pas le temps d’attendre Breaking The Law, je fonce sous une Terrorizer tente surblindée pour assister au concert des Madonna du doom, j’ai nommé Electric Wizard. Il apparaît certain qu’un jour les anglais seront le premier groupe de musiques occultes à remplir le Zénith ou l’Olympia tant leur popularité grandit à une vitesse phénoménale. Pour l’heure les voilà partis pour cinquante minutes de rock lent et crade - avec de vrais refrains pop dedans – sur fond de film érotico-gore (Exorcismes et Messes Noires, Jess franco/1979). Rien de bien nouveau mais la confirmation qu’ils sont devenus les rois du genre et on leur dit bravo. Perso je pense secrètement au pied – véritablement macabre – que j’ai pris avec les dissidents de Ramesses en avril dernier. Plutôt crever que d’aller pleurer toutes les larmes de mon corps devant Ozzy Osbourne. J’ai trop de respect pour Black Sabbath pour m’infliger le prince des ténèbres devenu vieux et pathétique, là où la classe aurait été de devenir aphone (ou de mourir prématurément). Les images du roi DIO ici même il y a deux ans subsistent encore dans mon esprit. C ‘est là que je verse ma larme. A la place, me voilà sous la tente, toujours la même, étreint par Dame Fatigue pour la prestation éberluée d’Hawkwind, le groupe que tout le monde cite sans jamais l’écouter. Je vais d’ailleurs peut être m’y mettre (à le citer ET l’écouter…). Pour un final en apothéose, Ben Barbaud a concrétisé ce qui était né sous cette même tente l’année dernière, soit une reformation quasi complète de Kyuss. Je ne fais pas partie des plus emballés par l’affaire. Tout d’abord parce que j’aimerais voir le Kyuss de 1995, pas celui-là, lorsqu’on connaît les embrouilles dans lesquels s’embourbent les mecs des groupes. Ca aurait eu de la gueule avec Alfredo Hernandez et Scott Reeder, et pourquoi pas Brand Bjork à la guitare, au lieu du débarqué Bruno Fevry. Reste que la setlist distille des hits comme Casus Clay les uppercuts et qu’entendre « Gardiena », « One Inch Men » ou « 100° » ça le fait, forcément. Un « Green Machine » pour finir et l’on quitte les plaines Clissonnaise plein de souvenirs en se disant que oui, le Hellfest est bien le meilleur festival metal de cette foutue Europe. A l’année prochaine donc. Mon trio? Clutch, Goatsnake et Ghost. What else ? Iro22 Photos par Laurent Remazeilles (de Desert Rock). Visitez son site pour en voir plus!. Merci au Hellfest et à Roger Wessier! |
(les messages irrespectueux seront modérés et ceux à but publicitaire seront systématiquement effacés) |
| DATE | NOM | COMMENTAIRES |
| 07/08/2011 | Petitout | Franchement négligent le passage ou ça considère Maximum the Hormone comme un groupe pour ados attardés régressifs... surtout quand on leur oppose un groupe au nom aussi cliché de rebellitude que les grognements de leur chanteur. |
|
© Tous Droits Réservés - http://www.destination-rock.com
® 2011
|
Nb de visites :