Il existe un corollaire logique à la question « A quoi bon écrire une chronique ? » (cf. ici ), c’est :
« A quoi bon lire une chronique ? »
Dans cette deuxième partie de ses pérégrinations misanthropiques, le Kanart s’attaque aujourd’hui à votre cas à vous, chers lecteurs, pour que tout à chacun puisse en prendre pour son grade. En effet, tout pétris de vanité et bouffis d’orgueil soient-ils, les chroniqueurs ne seraient pas ce qu’ils sont sans cette relation quasi symbiotique quoi que franchement parasitaire que vous entretenez avec eux.
Nous passerons assez rapidement sur la justification de bienséance qui met en avant la recherche d’informations objectives, les avis éclairés etc… Il est parfaitement exact que l’on soit amené un jour ou l’autre à pratiquer la recherche d’informations objectives juste « pour se faire une idée ». Vous savez ? Un peu comme lorsqu’on se demande si l’on va offrir à son voisin qui nous invite à manger, la énième compil de Scorpions ou une vieille botte de radis moisis ! Il faut toutefois bien se rendre compte que cette entreprise est relativement vaine dans la mesure où le chroniqueur se ferait grave chier si son travail de rédaction devait se résumer à singer les textes de l’AFP. Et le lecteur aussi d’ailleurs en aurait rapidement assez de lire la prose équivalente à celle des contraventions rédigées au stylo bille sur la voie publique !
D’ailleurs, la majorité des chroniqueurs l’admet : la chronique objective n’existe pas ! Que vous lisiez le Religionnaire, Ulysse ou Assatur, que ce soit Podium, Ok Magasine, Voici, Rock and Folk ou encore Gala et d’autres webzines (pas de nom, j’suis pas très courageux), sachez le une bonne fois pour toute, ils partagent tous une chose en commun : aussi bons ou aussi médiocres soient-ils, ils ont tous l’objectivité et la neutralité de réaction d’un déménageur de piano à queue face à un escalier de 900 marches (sans ascenseur) … Ou encore, pour les coutumiers de DR, le Child lorsqu’il évoque Evergrey (je le soupçonne d’ailleurs d’écrire ses chroniques avant même la sortie des albums). Vous voyez le tableau, non ?
En dehors du cas du lecteur naïf, voici en trois points les raisons pour lesquelles un lecteur lit une chronique.
Premier point : Le lecteur lit les chroniques parce qu’il éprouve une attirance plus ou moins perverse pour un groupe, ses albums et les produits marketing dérivés tels que les T-shirts, briquets, vestes à patchs, dosserets de fauteuils roulants, épées en plastique (Attention : on parle là des vraies épées en plastique véritable de chez Rhapsody « of fire »), strings (en peau de lémurien de chez Manowar), les préservatifs (en poils de phoques de chez Manowar également)…. Tel un lévrier à la recherche de sa levrette, la truffe humide, le neurone aux vents et le sachet de croquettes en bandoulière, ce lecteur se met en chasse de tout commentaire sans imaginer une seule seconde que ce qu’il pourra trouver puisse être autre chose que du positif ! Cette obsession caractérise généralement les fans, les hystériques, les groupies, les puristes, les intégristes, bref : les imbéciles ! Ce genre de lecteur ne supporte généralement ni la critique, ni les propos négatifs, ni la dérision et a autant le sens de l’humour qu’un sataniste lors d’un concert de musique chrétienne. Intellectuellement c’est bien là la pire frange qui soit des lecteurs mais c’est aussi la plus rigolote car elle donne l’occasion de franches crises inextinguibles d’hilarité générale (comme ici ou ici ). Nous autres chroniqueurs c’est clair : on en redemande !
Second point : le lecteur lit les chroniques parce qu’il s’est attaché à la personnalité du chroniqueur. Ce second aspect de la question amène à faire une distinction entre deux cas de figure.
Premier cas de figure, le lecteur considère d’un œil amusé le chroniqueur comme une espèce de super héros pourfendant de sa plume vengeresse les productions du moment. Le divertissement, le défoulement, l’humour, la mise en scène etc… Bref, autant de trucs qui apportent au lecteur un moment de plaisir, de détente de franche rigolade, voire une certaine complicité avec le chroniqueur et ce, sans se prendre au sérieux le moins du monde. Généralement ce lecteur n’est pas dupe, a plutôt le sens de l’humour et acceptera avec une relative bienveillance les pics et remarques plus ou moins acerbes qui pourraient lui être envoyés par le chroniqueur. C’est aussi le genre de lecteur qui s’éclatera à lire les chroniques du Religionnaire plutôt qu’OK Magasine, Rock and Folk et…. Certains webzines dont je tairai le nom car je suis définitivement un lâche. De toute façon, la plupart du temps ce genre de lecteur sait déjà se faire son opinion sur les trucs qu’il pourrait acheter.
Un second cas de figure peut exister, nettement moins folichon : le défaut de personnalité du lecteur. Ça il faut bien l’avouer, c’est un peu la honte des lecteurs pour un webzine ou un journal. Ces, ces lecteurs se comportent comme des espèces d’éponges visqueuses en absorbant tout ce qui transpirera des chroniques jusqu’à s’imbiber tel un ivrogne vissé au goulot de sa bouteille, de toute la personnalité du chroniqueur pour la faire sienne. Par une sorte de perversité de l’esprit du lecteur, le chroniqueur, fait ainsi l’objet d’une transmutation spirituelle pour devenir l’arbre de vie, la source première de toute sagesse à laquelle s’abreuve la misérable goule à l’esprit desséché, en quête quotidienne de cette sève pour elle devenue vitale. Ses actes qu’il croie libre ne le sont pas. Sa volonté éclairée l’est tout autant qu’un quai de la SNCF à 23h00 un soir d’hiver. Ce dernier n’est d’ailleurs pas capable de se fier à ses propres goûts car les goûts du chroniqueur sont devenus les siens. Et si jamais il venait à subsister la moindre trace d’un goût un tant soit peu personnel et divergente, alors il se précipiterait de suite dans la réconfortante parole du maître pour se faire remettre dans le droit chemin après s’être auto administré dans la foulée une bonne volée de bois vert.
Enfin, troisième et dernier point : celui du lecteur qui lit une chronique dans le seul but d’en découdre avec le chroniqueur. Ce genre de lecteur passe son temps à s’empiffrer de chroniques uniquement pour justifier de l’utilisation de la fonction « ajouter un commentaire ». La plus part du temps sans intérêt aucun, ses interventions intempestives et parasitaires révèlent chez ce lecteur, un besoin de se montrer, de s’exhiber ! La chronique devient alors le prétexte, pour rajouter son grain de sel, se castagner avec le chroniqueur ou d’autres lecteurs qui auraient posté un commentaire, se comporter comme un bon gros troll des forums. La chronique est la rose, ce genre de lecteurs en est son puceron. Mais au moins, ils mettent un peu d’animation même si l’essentiel de leurs propos est inepte voire abscons.
Voilà. Comme de bien entendu, le sujet ici ne se veut aucunement exhaustif et libre à chacun de venir compléter la liste ou la contredire. Je laisserai également le soin au Religionnaire de synthétiser le tableau comme il l’a admirablement fait pour la tribune précédente. En tout cas, je sais une chose : il n’est pas un lecteur a qui il n’est arrivé, ne serait-ce qu’une fois en lisant une chronique, de se sentir insulté voir humilié par un chroniqueur. Un album fétiche descendu en flamme, un courant musical rabaissé plus bas que terre, des injures proférées contre tel ou tel zicos, une marque de poupée gonflable discréditée, une remarque désobligeante sur le moelleux des tongs Nightwish, enfin bref… Et pourtant le lecteur encaisse, et revient lire, encore et toujours ! Ça laisse quand même rêveur, non ?
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