Orakle/Breizh Occult/Fungerous - 06/05/06

Mondo Bizarro à Rennes

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Le black-metal a toujours eu une rlation particulière à la scène et nombreux sont les groupes de black à tout simplement refuser de tourner et se contentant de donner une date ici et là (sans compter ceux qui refusent de jouer live tout court). En dehors de l'aspect 'méga trüe' de ne pas faire de concert, d'autres tristes faits peuvent expliquer cette absence scènique de la part des groupes de black. Si il y a dix/quinze ans, voir cinq types en corpespaint bardés de signes occultes se rammener sur scène avant de lacher une bordée de blasphèmes sous fond de blast beats avait quelque chose de frappant, voire effrayant, l'imagerie black a aujourd'hui pris un sacré coup de vieux et peu ont le courage de l'assumer. D'ailleurs, combien de groupes fondateurs font encore aujourd'hui leurs concerts en corpsepaint ? Pas des masses.
La relation avec le concert d'Orakle au Mondo Bizarro ? Et bien cette soirée nous a permis de voir tous les aspects que pouvait prendre un concert de black aujourd'hui et les effets que ces aspects avaient sur un public.

Depuis que le CBGB, club minable de NYC a atteint un statut myhtique, chaque ville de quelque envergure entretient avec orgueil son bar concert punkisant merdique et caressant l'espoir qu'un jour une scène révolutionnaire s'en servira comme point de raliement. Rennes a le Mondo Bizarro qui, avec son petit coté 'bas fonds' et son autenticité punk, en jette pas mal, il faut le dire.

C'est Funguerous qui joue en premier ce soir. Les quatre de Fougères ont à l'évidence écouté De Mysteriis Dom Satanas un fois de trop et ont décidé de former leur propre groupe de black. Les riffs, les solos... Tout ici rappelle l'album mythique de Mayhem. Le chant peut parfois faire penser à Glen Benton dans les mélodies vocales, très bonne puissance pour un chant écorché, chapeau bas.
Le public, sans devenir dingue, semble accrocher.
Maintenant observons de plus pret la prestation. Musicalement, on est d'accord, c'est du black, mais l'attitude est loin de soutenir la musique. Cheveux courts, converses, casquette du Stade Rennais... Si il n'y avait pas le tee shirt Possessed de Blacklestat, on croirait voir un groupe de hardcore. Fungerous est un groupe de black qui ne s'assume pas à 100% et qui n'ose pas sortir toute la panoplie. C'est le très courant complexe du 'c'est trop ridicule'. Dommage car ce petit plus de l'imagerie est peut être ce qui manque pour faire un show du tonerre.

La preuve avec Breizh Occult. Avouons le, Burial et moi avions tourné Breizh Occult en une sorte de private joke, les démos du groupe étaient loin de nous avoir convaincus et ils avaient tout du chtit groupe de true black cliché au possible. Et c'est justement là que réside toute la puissance du combo. Si au début nous ne savons pas comment réagir, attendant de voir si la salle va rentrer dans le jeu des cinq blackeux ou si elle va rejeter le groupe trop cliché à son goùt, au bout de quelques titres la furie black-metal prend et je me retrouve aux cotés de quelques mtalheads à headbanguer comme un damné. Mission accomplie pour Breizh Occult, et Dieu sait si le jeu était serré.
Breizh Occult s'appuie de toute évidence sur la recette traditionnelle du black-metal en restant fidèle aux valeurs du genre : riffs à la Darkthrone, ambiances mélancoliques, chant écorché, cote de mailles, corpsepaint, cranes, cornes, bracelets et jambières cloutées (et pas du petit clou de pédé)... La totale. Un pari risqué mais qui, si le public est réceptif, peut aboutir à une véritable réussite. Ici, même si en restant objectif et lucide, je me rendais compte que la situation avait un certain ridicule, j'étais complêtement pris et l'ambiance pouvait faire penser à celle que l'on devait retrouver aux petits concerts des groupes fondateurs au début des années '90.
A noter : Funguerous n'avait pas de bassiste, Breizh Occult si. C'est là que l'on se rend compte que même si l'on y fait pas attention, la basse a un rôle plus important que l'on ne le pense dans le black pour ce qui est d'alourdir l'ambiance.

A peine le temps de prendre une bouffée d'air et Orakle rentre sur scène. On est à l'opposé total de Breizh Occult. Si le groupe de true black, médiocre sur album arrive à déchaîner un public un fois sur les planches, Orakle est un groupe dont la complexité, la technicité et la précision demande beaucoup d'attention si bien que le public reste longtemps sans réelle réaction à analyser la musique, au grand dam' d'Achernar qui aimerait bien voir les gens s'exiter autant que sur Breizh Occult. Mais attention, la prestation d'Orakle est loin d'être un échec et le groupe parvient à merveille à capturer l'attention et à la garder, les résultats sont juste plus surprenants (peu de hurlements entre les chanons). Musicalement Orakle est de loin l'un des groupes les plus intéressants qu'il m'ait été donné d'apprécier en France ces dernières années. L'excellence de leurs compositions se situant à mi chemin entre un Dissection surpuissant et un Borknagar lyrique ne peut laisser indifférent. Les parties de chant clair et les passages calmes sont aussi agréables que les attaques frontales au blast beats. Mention spéciale à Achernar qui, non content de maitriser sa basse cinq cordes à la perfection, assure toutes les parties de chant divinement bien. En fait Orakle s'inscrit parfaitement dans une mouvance black metal moderne qui sait mélanger finesse et brutalité et cela se ressent aussi dans le jeu de scène et le style des musiciens très actuel et classe à la fois (Ok, j'ai du mal avec l'eye liner de Achernar) et l'attitude "moi grand seigneur, moi vous méprise tas de vermisaux". A noter la présence d'un groupe de jeunes anglaises qui, après avoir passé la soirée au bar sont descendues dans la fosse pour s'éclater sur les chansons d'Orakles comme certaines le font en boite de nuit sous les yeux ébahis de certains. Dur de savoir si elles connaissaient vraiment Orakle et si elles étaient même familières avec le metal en général mais elles avaient l'air plus que satisfaites de leur soirée. La preuve même de l'efficacité du groupe sur un public innatendu.

Trois genres différents, trois styles différents, trois approches de la scène différentes... Trois groupes différents pour une bonne soirée black-metal comme on en a pas assez souvent.

Phrase culte de la soirée : "Y a-t-il des guerriers dans la salle ?" (L.S.M. de Breizh Occult)






Requiem    avis



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