Sadus/Darkane/Gory Blister/The Legion - 18/04/06

l'UBU à Rennes

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Au chemin de croix il faut parfois faire des choix difficiles. Parfois il est bon de laisser guider par son instinct. Ainsi, plutôt que d'aller voir Karl Sander s'éclater à parler de Pharaons dans l'une des plus grandes salles de la ville, j'ai préféré aller me terrer à l'UBU pour admirer tranquillement Steve DiGiorgio et Sadus. Peut être étais-ce une overdose de gros death méchant ou alors peut être que la simple perspective de voir en face de mes yeux l'un des plus grands bassistes qui aient jamais marché sur cette terre me faisait baver mais j'ai laissé Burial à son Nile et le 18 avril j'étais tout seul comme un con à attendre avec une impatience de gamin ce qui reste l'une des dernières légendes du thrash américain à avoir su préserver son intégrité.

Lorsque Chuck Schuldiner est mort et que tout espoir de voir naitre un nouvel album de Death s'est éteint, beaucoup ont cherché à se rassurer en évoquant Sadus, groupe frêre dont le bassiste virtuose avait joué sur Human et Individuals Thoughts Patterns, chefs d'oeuvres parmis la discographie du groupe mythique du metal-de-la-mort (qui, après tout, ne contient pas vraiment de fautes de goùt). Et en effet, vingt ans après Death To Posers et cinq ans après la mort du guitariste/chanteur de Death, Sadus, groupe désormais culte de thrash/death death est toujours là, fidèle au poste pour sa première date en France depuis 2004.

Drole de salle que l'UBU à vrai dire. La scène est aussi grande que mes chiottes et l'ensemble scène/fosse ne doit pas être plus grand que la taille du bar. Ca promet une ambiance très conviviale (raaaah, quand je pense que j'ai manqué Enslaved l'anée dernière et qu'ils jouaient dans une mini-salle comme ça !!!!).

The Legion a reçu pas mal de bons retour pour son dernier album et s'est bien plaçé parmis les espoirs du black/death (bien aidé par l'arrivée de Emil Dragutinovic, ex-Marduk remplacé sur cette tournée) et il est étonnant de les voir ouvrir le bal ce soir... Pas de surprises, du black/death technique et sympatoche rempli de passages fleurant bon le Dissection/Dark Funeral/Marduk mais dont l'efficacité scènique est plombée par un chanteur semi autiste qui regarde ses pieds dès qu'il ne chante pas. D'ailleurs The Legion a l'air bien à l'étroit sur la scène et le groupe bouge peu. Petit à petit la fosse se remplit mais pas de quoi devenir dingue. *baillements*

Je ne sais pas pourquoi, dès que j'avais vu l'affiche, j'avais su que je n'avais pas grand chose à attendre de Gory Blister. Pour commencer quel genre de nom est-ce ça Gory Blister ? 'Ampoule sanguinolente' ? Et pourquoi pas 'ongle incarné purulent' tant qu'on y est. C'est vraiment le genre de truc qui me fait penser que le death-metal est sur son lit de mort des noms comme ça.
Que dire sur la prestation des italiens ? Là où j'attendais un brutal death basique et brutal mais headbanguant, cette équipe de vétérans à sorti un death mélodique intéressant musicalement mais dont tout le charme est une fois de plus annéanti par le chanteur. Adry, jeune freluquet servant de frontman aux milanais aurait 'juste' pu se contenter d'avoir une voix horipilante mais en tombant la chemise dès la premier titre (afin de bien montrer son piercing au téton - pas très death-metal) et en arborant une attitude de poseur né, entre mimiques forcées et jeu de scène à la metalcore il s'est définitivement attiré mon animosité. Je lui aurait bien craché à la gueule si je n'avais pas eu un minimum de savoir vivre (et le seul fan de la salle - une type très laid et très costaud - à coté de moi). Lorsque Raf (guitare) lance au public son médiator, personne ne se penche pour le ramasser (sauf bien sur mon gros tas de voisin). C'est tout dire.
Dommage car, une fois de plus, le groupe s'avérait musicallement intéressant.

Alors que mon inquiétude commencait à monter (aurais-je claqué 18 euros pour une daube totale ???), Darkane, excellent groupe de thrash/death suédois allait vite me rassurer. Mon Dieu quel pêche ! Quelle présence ! Quand un groupe vous donne l'envie irrésistible de descendre dans la fosse au bout de deux chansons et vous fait headbanguer comme un malade automatiquement, je pense que tout est dit. Le son est, tout comme pour les autres groupes, excellent. La voix est un peu mise en retrait mais étant donné le timbre spécial de Andreas Sydow cela rend l'ensemble plus agréable. Et puis comment se fait-il que la scène, qui semblait si minuscule lors des shows de Gory Blister et The Legion, paraisse à présent immense ? La façon dont chaque musicien occupe l'espace et se mouvoit est exemplaire, professionelle mais aussi franche. L'abscence de barrières et la relative bassesse de la scène (elle arrive à peine à la ceinture) rend le contact facile et l'ambiance excellente. Les slammers, jusqu'ici invisibles commencent à se déchainer. Les passages groovy (et ils sont nombreux) déclenchent des headbangings généraux et furieux, le groupe est direct et amical, presque surpris de l'accueil. Elle semble loin cette triste nuit à la Loco de paris ou, programmé après minuit, Darkane avait été obligé d'assurer son show devant trois fans fatigués.
Le succès est au rendez vous, le genre de concert qui vous donne envie d'aller courrir acheter Layers Of Lies, leur fantastique dernier album.

A vrai dire, après Darkane, je me demandais sèrieusement si Sadus allait tenir la comparaison. Quel niais étais-je ! Envolés les doutes ! J'aimerai essayer de parler de Sadus sans commencer par Steve DiGiorgio mais à vrai dire c'est techniquement impossible. Quand un bassiste vous donne l'impression d'être dans un solo permanent et qu'il conduit littéralement le reste de son groupe, le son de son instrument clairement mis en avant vous appellez ça comment ? Virtuose ? Ouais, pas si loin que ça. Parce que DioGiorgio n'est pas le Satch de la basse, il ne se tappe pas une branlette sur sa quatre cordes et de son son clair et agréable il dirige avec une facilité étourdissante ses collègues vers la victoire totale, le bout de ses doigts passant avec aisance d'une corde à l'autre dans un déluge de notes précises et mortelles.
Mais il faut aussi mentionner Darren Travis (chant/guiatre) qui, sans égaler l'orage technique et la naturelle cordialité de son compère parvient à placer quelques mémorables solos. Là encore, la voix est mise en retrait par rapport aux autres instruments et là encore c'est une initiative salutaire car je dois avouer ne pas être trop fan du chant arraché hystérique de Darren (les 'voix de vermines' comme les appelle Burial).
Les slammers repartent rapidement à l'assaut et malgré la fréquence de leurs plongeons l'ambiance est excellente. Pas de service de sécurité et un groupe à l'humeur admirable donnent au concert des allures de fête entre potes. Là ou Obituary ou Deicide ont tendance à se prendre pour des personnes supèrieures au public, dégageant à coups de rangers les fans trop aventureux, Sadus aime avoir son peuple à ses cotés. Les gens montent sur scène pendant longtemps, headbanguent au cotés d'un groupe qui coopère avec plaisir. "On a un nouveau frontman" blaguera en anglais Steve suite à la venue répétée d'un metalhead aventureux bien connu des salles rennaises. Sadus donne pas l'impression de donner au public l'honneur d'assister au concert, ils vous font sentir que vous êtes juste leurs potes, venus les voir pour prendre votre pied avec eux.

La première partie du set est axée sur des titres de bon gros thrash/death qui envoie avec des titres du dernier album mais aussi d'autres tirés des anciennes démos. Mais lorsque les dernières notes du complexe "Mask", joyeau de thrash/death progressif dans lequel sont insérés des solos de basse et de guitare de haute volée, pas un cri, juste un tonerre d'applaudissement (le même que celui que Steve avait reçu un quart d'heure plus tôt lorsqu'il avait payé hommage à son ami Chuck Schuldiner "who has finally found freedom") suivi par un long silence respectueux durant les quelques minutes de l'échange des instruments. Un silence si complet, tranchant tellement avec la folie qui avait précédé que le roadie glissera à Steve un "everything's silent" amusé.

La fin arrive trop vite et personne, que ce soit sur la scène ou dans la fosse, n'a vraiment l'air d'être pressé de rentrer. Les gars de Sadus ont l'air vraiment impressionnés par le retour, "c'est un beau cadeau que vous nous faites pour notre retour en France" dixit un DiGiorgio heureux. Lorsque le bassiste annonce sur son site que ses deux pays favoris sont la France et la Hollande, on n'a pas de peine à le croire.
Un bon rappel avec le classique "Sadus Aattack" en sus et les trois musiciens quittent finalement la scène non sans avoir distribué moult poignées de main. Darren Travis vient me voir pour me donner son médiator, je récupère la set list et ces deux tésors vont rejoindre dans ma poche la set list de Darkane et la baguette de leur batteur (fétichisme, quand tu nous tiens !).

A tous ceux qui demandent avec désespoir où sont passés les anciens dieux du metal, ils étaient à Rennes, le 18/04.






Requiem    avis



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