Obituray / Samael / Maroon - 15/01/06

Rennes - La Cité

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Après le magistral concert de Deicide en octobre 2005, nous avions tous un seul mot à la bouche : ‘rendez-vous à Obituary’. Dans les mois qui suivirent c’était (presque) devenu notre seule raison de vivre, au point que nous snobâmes Anorexia Nervosa à sa venue (et force est de constater, à la vue des photos de Hreidmarr en tee-shirt à paillettes et corpsepaint – hérésie ! – que nous avons eu raison) Après avoir répété pendant deux semaines en écoutant Dead, le live d’Obituary de 1997, j’étais fin prêt pour le show d’une des légendes vivantes du death-metal.

Nous arrivâmes légèrement en avance, moi et mes deux acolytes et chroniqueurs Burial et Torquemada (ce dernier étant allé, afin de ne pas manquer le concert, jusqu’à décider de faire le trajet St Brieuc - Rennes pour repartir lundi matin en cours avec le train de sept heures). Le temps de fumer un cigarillo en attendant que les portes de la Cité s’ouvrent et nous entrons.

Un rapide soundcheck a lieu pendant que nous déambulons au milieu de la foule de metalheads et reluquons le stand de merchandising et le set de Maroon débute. A vrai dire, personne (à part ce défaitiste de Burial qui était persuadé que Obituary allait être une déception) ne portait vraiment d’espoir dans ce groupe de metalcore teuton. C’est plutôt technique, le chanteur ressemble à celui de Boiling For Soup, le guitariste rythmique ressemble à un fan de metal traditionnel parachuté là par erreur et le soliste est une baraque en marcel dynamique, mais franchement, qui en a vraiment quelque chose à faire du metalcore ? Surtout que celui de Maroon, dès qu’il essaie de s’attaquer à quelque chose d’un peu trop subtil (genre passages mélodiques) n’arrive pas à ne pas nous faire penser à 243 autres groupes. En fait le set de Marron pourrait juste être un concert de merde, mais c’était sans compter la compagnie du rire et sa troupes de jeunes coreux venus faire sous nos yeux ébahis (et regards apitoyés) une parodie de mosh pit. Tels des yamakasis de la musique brutale ils s’élancent devant la scène en imitant des mouvements de capoera et en faisant semblant de se bastonner. A quelle extrémité faut il en être arrivé pour devenir un coreux ? Encore, les jeunes, ils n’ont pas l’age pour s’engager dans la Légion Etrangère, mais les plus vieux ?

Heureusement le concert de Maroon ne dure pas et après avoir bu la traditionnelle ‘bière de concert’ et avoir discuté avec quelques amis metalheads rencontrés à Deicide, nous rentrons pour assister au show de Samael. Un de nos camarades lance une boutade sur Samael, c’est vrai que Samael ils ne m’intéressent plus beaucoup ; pourtant je me souviens avoir secoué ma tête pas encore très chevelue sur « Rain » à une époque, mais étant donné le nombre de gothopouffes dans la salle, je me doute que ce que je vais entendre ne va pas être à mon goût.
D’ailleurs, qu’est-ce que fous Samael en première partie d’Obituary ? Un groupe de metal atmo/indus (ex black-metal) jouant avec un groupe de death-metal. Encore je peux comprendre la présence de Maroon (les deux combos ont des racines dans le hardcore) mais Samael… Il n’y a vraiment qu’en Europe qu’on voit des affiches comme ça, je trouve ça intéressant mais étrange.
Les lumières s’éteignent et l’intro résonne dans les haut-parleurs, c’est un rythme tribal correspondant bien aux récentes errances du groupe sur Reign Of Light. Les musiciens rentrent. Vorph, chanteur guitariste, ressemblant étrangement à un Rael efféminé entonne de sa voix grave et monocorde le titre d’ouverture. Sur la gauche le bassiste tout sourire se met à sautiller comme un petit fou dans un registre pas si loin de notre Cloclo national ; ses airs de grande folle ajoutées aux pitreries de coreux du set de Maroon et aux intros au synthé techno renforcent franchement mon impression : la gay pride est tombée sur Rennes. Heureusement qu’a un mètre de nous, séparé seulement par des barrières, le guitariste de Samael est la classe incarnée avec ses faux airs de patriarche Hébreu aux cheveux longs et son headbanging possédé.
Le problème avec Samael c’est que 1/il n’y a pas de batterie, juste une boite à rythme 2/la présence sur scène d’un mini kit de batterie composé uniquement de quelques toms et cymbales n’est justifiée que par son utilisation sur deux chansons (heureusement d’ailleurs, le son est affreux) 3/Le chant est répétitif 4/Toute installation d’une ambiance occulte est brisée par les intro aux synthés dignes d’une (mauvaise) rave party. Mais bon, toujours est il que les mélodies et harmonies sont plutôt jolies et que l’ensemble du public à l’air d’être entré en transe. Moi, j’attends « Rain » en espérant que j’arriverai à headbanger (j’ai été incapable de remuer ma tête sur Maroon). « Rain » arrive, super chanson, toujours aussi énorme mais décidément il m’est impossible de remuer la tête même un tout petit peu, en plus, après ça, tous les autres titres de Samael paraissent fades et je commence à m’ennuyer ferme. En gros Samael, sympa mais franchement longuet, cependant, Burial et Torquemada qui connaissaient moins bien le groupe que moi ont été positivement impressionnés.

Le temps de bien se positionner (premier rang, centre-droite) et c’est l’heure d’Obituary. L’intro (un son de pluie battante) résonne dans la Cité. Je me demande, anxieux si je vais réussir à headbanger, c’est inquiétant quand même.
Le groupe entre sur scène sur « Redneck Stomp », tous les doutes sont balayés, je ne peux contenir le mouvement frénétique de ma colonne vertébrale. Je suppose que c’est là que l’on mesure les vrais grands groupes : s’ils arrivent à faire headbanger, c’est du bon ! La disposition scénique est la suivante : sur la gauche Trevor Peres (guitare rythmique), statique avec ses cheveux jusqu’au cul et sa barbe imposante. Sur la droite, Frank Watkins (basse) qui ressemble à s’y méprendre à Chino Moreno (en moins ridicule) et qui bouge comme un damné, il doit vraiment bouffer comme un porc pour arriver à rester gros en se secouant comme ça presque tous les soirs. Sur la droite toujours, il y a le soliste Allen West, petit, quasi-chauve qui a l’air de franchement s’emmerder ; il faut dire qu’il n’a vraiment pas l’air d’un guitariste de death metal avec son crâne dégarni, mais en plus il tire un tronche pas possible (‘il a perdu sa maman tu crois ?’ lancera Burial). John Tardy se fait attendre. Tout d’un coup il déboule sur scène comme une bombe en short baggy avec sa crinière de lion à la longueur impressionnante. Mais surtout ce mec a une putain de voix, unique dans le monde du death, presque inhumaine sur le plan technique et loin du guttural habituel dans le genre. Le groupe joue « Insane », chanson utilisée pour la promo du dernier album, Frozen In Time. Excellent.
Entre deux chansons je gueule ‘Chopped In Haaaaaaalf !’. Miracle ! Le groupe lance le riff d’intro mythique. Aussitôt nous grimpons sur la barrière, cassés en deux et commençons à headbanger. Raaah, ça fait du bien un bon petit « Chopped In Half » en live. Et puis la version entière, pas seulement les 46 premières secondes comme sur Dead !
Je regarde Allen West. Ca m’attriste de la voir comme ça, il me fait de la peine, alors lorsqu’il me jette un regard, je lui fais un grand sourire. Il me le rend bien e m’observe de son œil humide… PUTAIN ! Je croyais que c’était un concert de death-metal !
Heureusement Frank est là. Quelle pile électrique ce mec ! Et John n’est pas mal non plus ! Chacune de ses venues de notre coté provoque des levées de fosses monstrueuses. Les slammers sont enragés, ils reviennent à la charge encore et encore. Parfois ils s’arrêtent sur le promontoire entre la scène et la barrière et se prosternent avec ferveur avant de se jeter dans la foule.
« Threatening Skies », « Turned Inside Out », « Dying », « By The Ligh », « ‘Til Death », le set passe vite, trop vite. Pour le rappel Donald Tardy revient seul sur scène pour nous offrir un magnifique solo de batterie (bien que Burial nous exposera sa théorie comme quoi il n’appelait pas ça un solo de batterie parce que ‘le batteur de Gojira en a fait un plus technique au concert’ pff.) avant un final d’anthologie avec entre autres le classique « Slowly We Rot ». Quelle claque !
Le groupe quitte la scène rapidement. J’ai le droit à une rapide poignée de main du chanteur. Allen s’avance vers nous alors évidement tout le monde tente sa main pour pouvoir lui serrer la poigne ; il vient vers moi, je m’attend à ce qui me donne une poignée main mais il me glisse son médiator dans la main avec un grand sourire avant de se casser vitesse lumière. Torquemada quant à lui récupère la set-list scotchée au plancher de la scène et un médiator dont le possesseur nous reste inconnu.

La voix déchirée, les cheveux emmêlés et les fringues humides, nous quittons la sale commentant le concert. Verdict général : Maroon, nul, Samael, sympa, Obituary, énorme.

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