En 1999 Charlie Deaux se lance dans une adaptation moderne de La Colonie Pénitentiaire, une nouvelle de Franz Kafka. A l'époque, c'est un certain Brian Williams (Lustmord, vous l'aurez reconnu) qui se charge de l'atmosphère sonore. Il faudra attendre 2002 pour qu'il se décide à commercialiser l'objet. Ce disque à l'avantage de présenter un paradoxe intéressant: Zoetrope est une bande originale, ce n'est donc plus à nous que revient le privilège de broder du visuel autour du squelette musical. Ceci-dit, le court métrage est introuvable et bien qu'ayant lu l'oeuvre sur laquelle il se base je n'ai pas écouté l'album dans cette perspective; du moins jusqu'à maintenant, d'où une triple lecture.
Si l'on s'en tient à La Colonie Pénitentiaire, tout est étrangement clair, comme si nos cellulles s'éclaircissaient au moment où l'on superpose l'image au son. Lire le livre tout en écoutant le disque doit assurément procurer une expérience intense, d'autant plus que Lustmord retranscrit à merveille l'univers kafkaïen. Seulement Zoetrope prend une tout autre dimension lors d'une écoute à l'aveuglette et il faudra si possible découvrir le livre après une écoute attentive.
Dans ce dernier cas de figure on vivra une expérience carcérale et fantastique à l'état pur avec, toujours derrière la nuque, un souffle froid et humide, le battement d'un coeur malade comme assise rythmique. La mort, mécanique rampante, n'est jamais loin, elle pénètre le spectre musical de toutes les directions si bien qu'on ne sait jamais trop d'où elle va frapper. On se figure alors cette oeuvre comme une longue tension, dangereusement détendue, se refermant lentement comme un immense piège à loup... la folie conquiert lentement notre esprit dans une suite ininterrompue de crissements désagréables, de choeurs monastiques, parcourus d'ombres fugaces, de bruitages nerveux et palpitants. Le meilleur film reste celui de l'esprit.
Sur le strict plan technique, bien qu'étant passé à côté du court métrage, je peux au moins affirmer une chose: pour une bande originale Lustmord prend beaucoup trop de place. Le son est ici tellement visuel qu'il se partage difficilement avec une image étrangère, il vit en autonomie. L'artiste rend néanmoins une excellente copie et son oeuvre constitue un très bon teaser.
Zoetrope échoue à moitié son exercice de style mais réussit sur tous les autres plans, oeuvre froide et inhumaine, elle est aussi une lecture très personelle d'un classique de la littérature française tout en offrant à l'amateur d'ambiant une occasion supplémentaire de perdre la tête.
Melmoth 15/06/2008 avis:  |