Chris Martin et ses acolytes sont parvenus à hisser Coldplay jusqu'au sommet ultime de popularité du rock. Cette réputation de "plus grand groupe du monde" n'a rien d'imméritée et ne saurait être la conséquence de frasques ou autres faits-divers extramusicaux ici inexistants. La gloire de Coldplay est malheureusement due en intégralité à sa musique. Malheureusement, car fédérer à ce point est impossible sans des sacrifices artistiques monumentaux. Sur le modèle de U2, Coldplay a littéralement poncé, puis lissé sa musique jusqu'à obtenir le soft rock de stade ultime et irréprochable : un rock doux, plutôt pénible à écouter mais agréable à entendre (nuance) et appelant surtout à être repris en cœur par les stades combles. Les mélodies sont ainsi suffisamment simples et naïves pour être propagées sur des kilomètres, à travers une foule de spectateurs qui se comptent par centaines de milliers. Les messages sont simples et suffisamment vagues pour ne vexer personne si bien que les chansons ne défendront jamais une cause si cela implique d'en attaquer une autre. X&Y (2005) représente peut-être en cela l'œuvre ultime, partagée entre hymnes doux et gentilles ballades d'amour noyés dans une prudence instrumentale perpétuelle et dans le politiquement correct.
Ayant probablement constaté que ce genre de statut n'est obtenu qu'au prix d'une véritable lâcheté artistique, et pensant que désormais, à ce stade, tout est permis, nos aimables musiciens souhaitent tutoyer l'audace et la singularité. Coldplay est donc sur la voie d'un rock engagé, d'un rock qui veut dégager une forte personnalité, mais attention, par une démarche d'intellectualisation, à la manière de Radiohead après OK Computer (1997). L'affaire semble bien engagée avec Eugène Delacroix pour illustrer la pochette et Brian Eno comme producteur, mais l'engagement et la myelinisation s'arrêtent tristement à ce stade. La musique de Coldplay, même jouée avec les instruments exotiques de Brian Eno, demeure d'une platitude affligeante, d'une barbante monotonie, sans relief, sans la moindre surprise, sans aucune violence ou audace rythmique ou mélodique. A cette musique des plus inoffensives s'ajoutent des paroles qui le sont tout autant. En voulant mêler prudence et engagement, Chris Martin en arrive à des messages contradictoires, vantant l'effort du guerrier avant d'encourager à la paix, s'interrogeant sur le bien fondé religieux tout en exposant sa nostalgie des croisades, le tout sur des orchestrations arabisantes…
Tout cela est bien pathétique, foi de Religionnaire. Le fait que le public n'y voit que du feu l'est encore davantage. Quoiqu'il en soit, Viva la Vida reste un cadeau idéal à offrir à un ami paranoïaque, même si les paranoïaques n'ont que rarement des amis. De même que pour le coté obscur, il est quasiment impossible de s'extraire du soft rock de stade une fois qu'on y est entré. Adieu.
Religionnaire 18/07/2008 avis:  |