L'année 2008 promet d'être conflictuelle pour Nazareth. Les prémices d'une bataille juridique se dévoilent sur le site officiel du groupe : "Il a été porté à votre attention qu'une autre formation essaye actuellement de se faire passer pour Nazareth. Ce groupe est composé de Manny Charlton et de trois de ses amis américains…". Ce dernier ne semble pas prêt à faire la moindre concession et le montre par l'intermédiaire de site de sa nouvelle escouade : "Il a écrit leur musique… Il les a produits… Et reste considéré par beaucoup comme l'inspiration du son Nazareth…".
Il est déplorable qu'un groupe comme Nazareth, longtemps admiré pour sa stabilité et sa cohésion, se laisse aller à de telles pitreries. Etrange coïncidence, cette affaire survient parallèlement à la sortie d'un nouvel album. Le Religionnaire se refuse à prophétiser sur les conséquences de cette tourmente en termes de ventes. Dans un sens ou dans l'autre, il est évident que les retombées ne seront pas gigantesques, Nazareth ne pouvant aujourd'hui sombrer dans l'oubli ni devenir l'acteur de premier plan qu'il n'a jamais été.
Ce vingt et unième album est tout de même une sacrée bonne surprise. Alors que le nouveau millénaire est prétexte à des reformations séniles aussi nombreuses que pathétiques, offrant des prestations plus croulantes les unes que les autres, Nazareth garde une fraicheur étonnante. A bientôt soixante deux ans, Dan McCafferty conserve son timbre rocailleux et déploie une puissance vocale impressionnante qui tient à l'évidence davantage du cognac que du cannabis. Si le cœur du batteur Darell Sweet n'a pas survécu à l'année 1999, le bassiste Pete Agnew semble lui increvable. C'est son jeune frère Lee Agnew qui manie désormais les baguettes, et d'une manière aussi explosive que précise. Jimmy Murrison apporte quant à lui ses talents de guitariste, de compositeur et constitue une preuve supplémentaire du caractère définitivement non indispensable de Manny Charlton.
Les treize compositions retenues pour The Newz ne brillent pas par leur sophistication mais par leur exécution. Les quatre écossais y déploient une fougue tonitruante qu'ils teintent de leur sagesse, de leur expérience et de leur science du groove. De simples riffs et de rudimentaires ballades autoroutières acquièrent alors une efficacité imparable, le phénomène dépassant largement le stade d'un hommage nostalgique aux vieux succès du groupe. Sans se livrer à des prises de risques monumentales, le quatuor manifeste une indéniable audace, voire une certaine arrogance que le Religionnaire imagine adressée à l'ensemble du paysage rock actuel. Un tel disque constitue une véritable leçon de hard rock, tant dans le fond que dans la forme, une magistrale provocation qui réduit à néant un fantasme éternel. Là où de nombreux troubadours cherchent le saint graal du rock à travers une gloire désirée ou acquise, Nazareth méprise cette quête au profit d'une simple prise de bon temps, sans forcer son talent. Les écossais acceptent plus que quiconque que l'important n'est pas de lutter contre le temps, mais d'en profiter. Le secret du bonheur en somme…
Religionnaire 10/04/2008 avis:  |