Certains groupes jouissent d'une existence suffisemment éphémère pour susciter une passion équivalente. C'est un phénomène inévitable, tenez, Metallica aurait fini sa carrière sur le Black Album, le public aurait eu à loisir de fabuler sur un éventuel potentiel encore enfoui derrière un groupe dissout trop tôt (alors qu'en fait, non). Il semblerait que ce soit une loi humaine, que le caché et l'absence suscite d'avantage l'imaginaire que l'évidence. Aussi les iralndo-australiens de Clann Zù sont de ces groupes, réunion fugace de talents divers, brise à peine sensible dans le courant des musique électroniques, qui ne durent qu'un temps.
J'ai dit électroniques ? Pardon, cette première oeuvre, Rua, est certes plus complexe à décrire. Difficile également de définir ce que notre oreille distingue en premier. Il y a ce côté blues souple, bourré de spleen, qui n'est pas sans rappeller les français Jack The Ripper et qui transpire tantôt des violons sombres d'un “Five Thousand More”, tantôt de ces guitares omniprésentes mais subtiles. Il y a aussi ces airs celtiques d'une virulence incroyable, qui surgissent sans prévenir, sur “Words for Show” par exemple, et qui confèrent au disque cet aura révolutionnaire et engagée. Il y a finalement ce “son” si spécial, cette ambiance lourde, pesante, lorgnant sur Massive Attack, ajoutant à coup de claviers une bonne dose de mélancolie, que ce soit sur “Lights Below” ou “You're listening to a Dead Man Speak”. Il y a de tout ça, c'est pas forcément très ordonné, c'est même assez bordélique, mais le coeur y est plus que de raison. De plus la production limpide laisse à chaque instrument suffisemment de place pour s'exprimer.
A l'image de ce patchwork émouvant le chant de De Clan de Barra, pas toujours juste, certainement pas “pro”, mais fort d'un charme qui pousse à la compassion, est l'élément décisif dans l'appréciation du groupe. Quand il pleure sur “Lights Below”, on pleure avec lui, quand il s'excite et hurle sur “Crashing the floor”, on enfile les hard shoes en dansant le ceili. Cependant il peut se montrer énervant, lorsqu'il se sent obligé de forcer sa voix sur “Everyday” par exemple, s'esseyant dans un registre puissant qu'il ne maîtrise absolument pas, un beau massacre dans le genre. Cet aspect sera finalement laissé à l'appréciation de l'auditeur, en espérant qu'il sache tenir compte de l'extrême fraîcheur du style proposé ainsi que de l'originalité de l'ensemble, on flaire le bon album sous ses petits défauts artificiels et quelques erreurs de jeunesse.
Encore peu assuré mais rempli à la coupe d'idées excellentes, ce premier jet préfigure déja la pièce d'orfèvre que sera son succecesseur, s'il manque de maturité il est assurément plein d'une énergie qui ne se trouve que dans les musiques réellement novatrices.
Melmoth 29/05/2008 avis:  |