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The Stooges - Raw Power - 1973


Genre : PunkTraductions et paroles :     Sur la Coccinelle Du Net
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©Columbia
1Search And Destroy
2Gimme Danger
3Your Pretty Face Is Going To Hell
4Penetration
5Raw Power
6I Need Somebody
7Shake Appeal
8Death Trip







Avis de la rédaction :
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RAW POWER, OU LE FEU TRIOMPHANT

Les Stooges avaient subi un certain nombre de revers après la sortie de Fun House en 1970. Le bassiste Dave Alexander avait été évincé ; le guitariste James Williamson était arrivé, entraînant la rétrogradation de Ron Asheton à la guitare basse ; le label Elektra avait rompu son contrat avec le groupe ; pour couronner le tout, Iggy Pop et Williamson étaient pris au piège d’une addiction à l’héroïne. C’est alors que le groupe déménagea à Londres, répondant à l’appel de David Bowie, fan avoué du quatuor d’Ann Arbor. Le groupe apparaissait totalement décalé dans ce lieu, à cette époque ; il est vrai que les Stooges n’avaient rien de glamour, se complaisant plutôt dans la crasse, la brutalité, voire la destruction. Les séances pour le nouvel album furent rondement menées, le groupe fonctionnant en circuit fermé, refusant de céder à la moindre pression commerciale ou artistique.

Le riff de Search And Destroy, acéré comme le fil d’un rasoir, annonce la tonalité de l’album : férocité. Les soli surgissent de nulle part, d’une violence saisissante, tandis que la section rythmique, assez en retrait, livre de frénétiques pulsations. La voix d’Iggy Pop apparaît étrangement juvénile par rapport aux albums précédents du groupe. En fait, l’on croirait presque que c’est un autre groupe que celui qui a enregistré Fun House trois ans auparavant. On retrouve même des ballades acoustiques sur ce disque, chose impensable auparavant dans l’esprit stoogien. Mais Gimme Danger peut-elle vraiment être qualifiée de ballade ? Difficile de répondre. Le son des guitares sèches est malsain, presque vicieux, à des lieues de toute velléité pop. Iggy Pop apparaît égal à lui-même, proposant des lignes vocales exploitant à merveille les basses fréquences, renforçant l’impression d’insanité qui traverse les morceaux. I Need Somebody, quant à elle, est un blues salace, sardonique, tout entier porté par un riff caricatural de James Williamson, tandis que la batterie se laisse à peine entendre, écrasée par la voix et les guitares. Ces deux morceaux sont des chefs-d’œuvre d’agressivité sourde, de sexualité refoulée, de puissance retenue. Les Stooges prouvent qu’ils sont parfaitement capables d’écrire des titres acoustiques sans rien perdre de leur talent ni de leur humeur.

Mais le disque vaut tout autant pour son déchaînement de riffs échevelés, de titres d’une brutalité quasi-inouïe à l’époque. Your Pretty Face Is Going To Hell est un hard-rocker survolté, traversés d’éclairs solistes confinant au génie. Iggy s’écorche la voix, ajoutant à la sauvagerie du titre. On peut toutefois déplorer la longueur du morceau, qui s’essouffle quelque peu avant la fin. Penetration est une autre réussite : le chant est époustouflant, rempli d’un écho saisissant, qui se mêle parfaitement au riff monomaniaque orchestré par le groupe. Raw Power et ses paroles grivoises reste comme un des sommets des Stooges, toutes époques confondues : la rythmique obsessionnelle qui sait varier au bon moment ; les soli désordonnés, la voix accrocheuse, hautaine, tout cela concourt à faire de ce titre une réussite totale. Cependant, les titres de l’album ne sont pas du même niveau : Death Trip, malgré son rythme irrésistible, reste bien trop long, voire ennuyeux à l’écoute. Shake Appeal est intéressant, mais moins percutant que ses voisins. Il n’empêche, tout cela reste une musique formidable de férocité, de puissance, de cruauté, mais qui reste malgré tout écoutable.

La production du disque est absolument catastrophique. Le son est d’une laideur grotesque ; les guitares sont voilées, la basse quasiment inexistante, la batterie étriquée, les voix noyées. Cela était sans doute voulu par le groupe, lassé par le processus minutieux de l’enregistrement. Le mixage est cataclysmique, mais colle étrangement bien aux morceaux. Difficile d’imaginer des titres pareils avec une production léchée, comme celle qui caractérisait les disques de Bowie à l’époque. Pourtant ce dernier avait produit l’album, mais sans doute n’y avait-il pas grand-chose à produire. Raw Power est bien différent de ses prédécesseurs ; le côté improvisé, anarchique, de Fun House a disparu au profit d’une collection de morceaux tendus vers un seul objectif : la violence. Cela est sans doute dû au jeu de James Williamson, beaucoup plus technique que celui d’Asheton, plus classique également. En vérité, l’on peut considérer Raw Power comme le premier véritable disque de punk de l’histoire, le premier à présenter une telle véhémence tant dans la structure que dans l’orchestration.

L’album est la pierre de Rosette du punk contemporain, un disque séminal, incontournable. De sa force découle sa beauté. Il semble que les Stooges étaient envahis par le génie ; ils ne pouvaient échouer ce qu’ils entreprenaient. Malheureusement pour eux, Raw Power fut un échec commercial, entraînant bientôt la dissolution du groupe. Mais l’album fut redécouvert par une foule de passionnés qui surent lui rendre justice, et le placer à sa véritable place : celle d’une des œuvres les plus importantes de l’histoire du rock.

Ulyssangus  14/01/2008    avis



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