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PJ Harvey - Dry - 1992


Genre : RockTraductions et paroles :     Sur la Coccinelle Du Net
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©Too Pure
1Oh My Lover
2O Stella
3Dress
4Victory
5Happy And Bleeding
6Sheela-Na-Gig
7Hair
8Joe
9Plants And Rags
10Fountain
11Water







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DRY, OU L’APPARITION GLAÇANTE

1992. Rares sont les années qui ont apporté autant de bouleversements dans le monde du rock. L'immense Nevermind de Nirvana venait de balayer l’ensemble de la scène pop mondiale, ouvrant la voie pour des groupes aussi talentueux que Soundgarden ou Pearl Jam. Parallèlement, le Stoner rock secouait l’underground américain, tandis que le metal se trouvait brutalement confronté à la perte de son audience traditionnelle. La pop synthétique disparaissait, balayée par le maelström qui faisait rage. C’est dans ce contexte particulièrement troublé qu’apparut sur la scène rock une jeune fille du Somerset. Mal fagotée, mal assurée, proche du garçon manqué mais faisant également preuve d’une féminité dérangeante, Polly Jean Harvey, vingt-deux ans, surgit de nulle part, occupant immédiatement un créneau délaissé depuis longtemps. En effet, depuis Patti Smith, rares furent les demoiselles ayant fusionné rock à guitares, poésie cruelle et orchestrations minimalistes. Accompagnée par deux musiciens chevronnés, le bassiste Steve Vaughan et le percussionniste-claviériste Rob Ellis, elle enregistra rapidement son premier album qui fut publié par le label indépendant Too Pure en juin 1992, sous un nom dérangeant et sensuel.

Sec, cet album l’est réellement. Non pas que les titres manquent d’inspiration, bien au contraire. Non, ce sont les arrangements, les compositions, le jeu des musiciens, qui se placent à l’opposé de tout bavardage ou de toute idée de virtuosité. Sans soli ni démonstrations de force, PJ Harvey mène sa troupe d’une main de fer, poussant la musique dans une seule direction, évitant la moindre dispersion ; le tout en honneur à l’esprit punk. Punk : le mot est lâché. Pourtant, difficile de percevoir autre chose que l’idéologie rigoureuse et anti-démonstrative de ce courant musical ici. En effet, Dry est la résultante d’une longue somme d’influences aussi diverses que variées, tout en formant un ensemble particulièrement original. L’album est carré, sans ornements ni artifices de studio. Il semble brûler d’une irrépressible rage, en montrant simultanément une distance froide, calme et inquiétante. Polly Jean contemple le monde avec un regard à la fois sensuel et distant, une vision lucide, un œil déjà désabusé malgré sa jeunesse.

On perçoit également l’influence du blues ici ; PJ Harvey a retenu les sonorités abrasives, la recherche de simplicité et les riffs basiques plutôt que les atmosphères déchirantes. En effet, la jeune femme est clairement un être de son temps ; ses préoccupations sont celles d’une demoiselle de l’ère moderne. C’est ce qui transparaît dans les paroles : une réflexion continue sur les rapports avec le sexe masculin, toujours entachés de cruauté ou de brutalité, ainsi que sur la condition féminine en général ou en particulier. C’est là que l’intuition de l’artiste prend toute son ampleur. Ses textes proposent une étude à la fois vulnérable et distanciée, parfois difficilement soutenable, bien que parfois encore maladroite. Les morceaux manquent souvent de la personnalité, de la force qui les aurait rendus incontournables. Non, c’est dans la longueur, dans la cohérence, qu’il faut voir l’intérêt de l’album. Dry en effet possède une homogénéité indéniable, les morceaux s’enchaînant avec logique, presque naturellement. Les titres sont souvent construits de la même manière, basés sur les rythmes tribaux de Rob Ellis et les riffs simplistes de Polly Jean. Cependant, on arrive à entrevoir de temps à autre un soupçon d’audace instrumentale ; notamment, des violons grinçants viennent donner une tonalité ironique et glaçante à la musique.

Nonobstant quelques maladresses et longueurs bien excusables, l’album laisse entrevoir ce que sera réellement l’œuvre de PJ Harvey. Des titres comme Dress ou Sheela-Na-Gig, à la sensualité rugissante, montrent l’avènement de la jeune femme en tant qu’auteur-compositeur, mêlant des rythmiques âpres à des déclamations sans illusion sur la condition féminine. La voix de la jeune femme montre déjà une certaine aptitude à se jouer des codes, n’hésitant pas à se lancer dans des falsettos suraigus pour mieux retomber ensuite dans des grognements rauques, proches d’une tessiture masculine ; le tout parvenant à saisir l’auditeur au plus profond de lui-même. On remarque aussi l’émergence de quelques obsessions thématiques qui reviendront souvent dans l’œuvre de la demoiselle : la métaphore aquatique, présente dans Fountain et l’évidente Water, ou encore les influences bibliques distordues, présentes dans Hair. En somme, on a ici le ferment de ses créations futures, des disques qui surviendront tout au long de la décennie 1990 et au-delà. D’aucuns préfèrent voir ce disque en manifeste, d’autres en brouillon. La vérité, comme souvent, est quelque part entre les deux.

Dry, album rêche, compact, insaisissable, marque l’apparition d’une artiste sans concessions, possédant une intuition musicale unique. Le disque, soutenu par des personnalités telles que l’incontournable John Peel, se hissa sans préavis à la onzième place des classements britanniques. L’accueil critique fut incroyablement enthousiaste, PJ Harvey s’attirant des commentaires admiratifs de la part de journalistes du New Musical Express ou de Rolling Stone. La jeune femme commença ensuite une longue tournée accompagné de son duo rythmique, vêtu d’un blouson de cuir émacié, chaussée de Doc Martens, le visage vierge de tout maquillage. Elle ne le savait sans doute pas encore, mais elle avait marqué l’année 1992 de son empreinte, une trace incandescente, distante, mélancolique.

Ulyssangus  17/03/2008    avis



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