Down, ou l’objet du culte. Down, ou le groupe parfait dans un monde impitoyable. Down ou le saint projet à la destinée contrariée.
C’est qu’il s’en est passé des choses depuis la sortie du II : A Bustle In Your Headgerow en 2002. 5 années qui ont vu des malheurs s’abattre sur le projet. La mort de Dimebag Darrell tout d’abord, qui a sérieusement affecté Phil Anselmo, puis le frontman a du se faire soigner à cause de sérieux problèmes de dos (pas moins de quatre opérations et de longs mois de rééducation ont été nécessaire) puis Katerina, l’ouragan qui laissa la Nouvelle Orleans à l’état de ruine. Tant de mal, qui, à défaut de venir à bout de la volonté des protagonistes du projet, l’on rendu puissant, presque intouchable et cela se ressent dans la composition. Sans parler de la tournée européenne du groupe puis de celle au Canada en première partie d’Heaven And Hell, deux sorties pendant les prises studios qui ont renforcé à jamais la cohésion d’un groupe déjà composé d’amis. Surtout que Down a changé de Statut. Fini le All Star Band, Side Project de luxe pour Sudiste désirant repasser une couche d’huile sur les oreilles affamées des fans de Pantera, de Crowbar ou de Corosion Of Conformity. Fini tout ça. Maintenant Down est l’objet du Culte, vénéré partout et définitivement une priorité pour ses musiciens (comme le prouve sa signature sur Roadrunner, qui, quoi qu’on en dise est souvent dans les bons coups). Un groupe qui se doit de proposer chaque fois des albums d’une qualité exceptionnelle. Et ce but est de nouveau atteint. Transcendé même.
Over The Under, c’est derrière ce pléonasme lourd de sens que bouillonne 13 titres de Southern Rock, dans la plus pure lignée de ce qu’a produit le groupe jusque là. De qualité égale par des biais différent. Down a posé, avec N.O.L.A. les bases d’un rock irrévérencieux, gras et lourd, immédiatement reconnaissable avant d’opérer, avec son deuxième opus un mûrissement important, cherchent moins le riff catchy pour laisser exploser la cohésion, pour le meilleur, encore une fois. Un Metal bien plus sensible, atteignant les sommets en matière de composition. Après deux chef d’œuvre et une évolution plus que positive, le combo réitère l’exploit en offrant, avec Over The Under un compromis magistral entre ces deux visions du son Down. Une musique plus mature, plus alambiqué sans perdre ce coté direct qui fait sa force de frappe, une véritable mine en matière de production dissimulé sous l’apparente fluidité de composition. Un must en somme.
Quel plaisir de prendre des nouvelles du gang par le biais de cet opus. Quel plaisir de retrouver ce style d’écriture propre à Anselmo, qui fait sonner ses mots sans jamais faire rimer ses phrases, et cette composition… Derrière une rythmique de fer (Rex Brown rappelle à qui l’aurait oublier que des lignes simples peuvent être meurtrières lorsque les cordes sont bien attaquées et ce Jimmy Bower… Sans aucun doutes un des batteurs les plus sous-estimés du circuit, tellement raccord avec ses roulements de grosses caisses et ses cymbales assassines…) on sent bien que Pepper Keenan s’est éclaté à la composition, pour un album au son proche de Corrosion et l’on constate vite qu’Anselmo n’a jamais aussi bien chanté de toute sa carrière. Ajoutez à cela des baking vocals vertueuses et quelques soli d’anthologie et vous obtenez le meilleur de cette année 2007. Un retour en grande forme, comme le prouvent Three Suns And One Star, puis I Scream, deux titres immédiatement reconnaissables (raaaah ce don que possède le groupe pour lancer des intro à coup de roulements de batterie et de guitare surgrasses !) qui n’aurait pas dépareillé sur N.O.L.A avant que la suite, plus complexe, se révèle au fil des écoutes. N.O.D par exemple, recèle de petites merveilles : Derrière la voix surpuissante d’Anselmo c’est bien la basse de Rex Brown qui prend toute son ampleur, jusqu’au Break, et quel break ! Sans parler de Mourn, définitivement graisseuse qui ne se découvre qu’au fil des passages phoniques comme un trésor à ne pas négliger (quel solo d’ailleurs !).
Et l’album est fait de ça : De ce parfait équilibre entre de puissants titres, immédiatement mémorisables et de perles finement échafaudées, puis noyées sous une avalanche de décibels, comme autant de sensibilité dissimulée par une épaisse fumée d’un joint surchargé d’herbe. Point d’orgue de ce talent : His Majesty The Desert, lente descente blues se terminant en apocalypse sonore, punkisant dans la rythmique sur laquelle les envolées de guitares se dispute la suprématie avec Anselmo dont les lignes de chants font la part belle à son organe si reconnaissable. Du grand art, ni plus ni moins. Pillamyd, qui lui emboîte le pas (donnant l’impression de n’être d’ailleurs qu’un seul et même morceau) appuie cette sensation de rouleau compresseur auditif, un peu comme ‘‘The Great Southern Trendkill’’ en son temps, la crasse en plus. Exacerbant les ressentis par un amalgame de sonorités telluriques, le combo de la Louisiane apporte avec In The Trall Of It All le groove indispensable (quelle rythmique encore de monsieur Kirk Windstein !!) en cette fin de disque. Reste plus qu’à dérouler les 8 minutes du flamboyant Nothing In return (où Anselmo sonne comme Layne Staley, c’est saisissant) puis un titre sans nom, oublié du Tracklist, sur lequel le groupe orchestre une longue descente agonisante, permettant à Anselmo, le temps d’un titre, de retrouver cette voix éraillé de whiskey qu’il avait proposé sur N.O.L.A.
La boucle est bouclée, la thérapie expire à sa fin. Sans se répéter ni trahir ce qui fait l’essence du combo, Down offre à la face du monde un album digne et magistral qui fera date en cette année où rien de meilleur ne sera proposé, c’est une certitude. L’objet de mon culte assurément.
Iro22 07/10/2007 avis:  |