Je me rappelle clairement de la première fois où j’ai posé une oreille sur la musique d’Opeth : c’est après qu’un ami m’ai expliqué que c’était le groupe de death le plus enclin à plaire à n’importe qui. En effet, depuis ses débuts, le combo suédois a su créer un univers et un son tout à fait unique, fait de fureur, comme de douceur. Et depuis un premier album exceptionnel, le groupe, enfin son leader Mikael Åkerfeldt, n’a eu de cesse d’évoluer et d’expérimenter. Cette expérimentation a poussé la formation jusqu'à faire un album purement acoustique ( Damnation ), ce qui n’a pas manqué de laisser un grand point d’interrogation sur l’avenir musical du groupe chez ses fans. La réponse fut claire, voire particulièrement tranchante avec Ghost Reveries, album dans lequel Opeth revenait au style qu’on lui connaissait. Et bien, c’est dans la droite lignée de ce dernier qu’a été conçu Watershed, tout en y apportant des nouveautés, bien évidemment !
Pourtant, avec une ouverture telle que Coil on aurait pu en douter ! Car c’est à une ballade acoustique crépusculaire que nous avons droit, comme hors d’œuvre. En quelques arpèges secondés par une voix sublime, Mikael nous renvoie directement dans les seventies. La magie opère et on se laisse bercer par des mélodies et des harmonies délicates, dont on ignorait jusqu’à l’existence... et que dire de la voix délicate de la chanteuse suédoise Nathalie Lorichs qui clôture cette douceur… Nous retrouvons là un des « tics » du groupe qui aime à placer côte à côte des styles que tout sépare. Car après cette ouverture paisible, c’est au mastodonte Heir Apparent de remettre les pendules à l’heure ! Opeth est, et reste, un vrai groupe de death et un sacré représentant de la cause, ça, il n’y a pas de doute ! En 8’50, le quintet nous démontre qu’il n’a rien perdu de son art et nous le prouve avec ce break acoustique fendant des rythmiques brutales ou ce solo apportant un final des plus savoureux à cette pièce. Toujours avide d’expérimentations et d’essais en tout genres, c’est sur Lotus Eater que le chanteur décide de briser les règles en alternant chant clair et growls sur des blast beats. Par ailleurs, c’est également sur ce titre que l’on retrouve des influences psychédéliques, lors d’un break surprenant. La connotation seventies que l’on avait pu ressentir sur Coil est étalée au grand jour sur le morceau Burden. Titre que le leader a clairement pensé comme tel. D’ailleurs c’est en écoutant Scorpions (In Trance et en particulier la chanson Living And Dying) que lui est venue l’idée de faire une ballade typique de cette époque. Parvenu à la grande moitié de l’album, il est évident que même si le groupe reprend les sentiers de la guerre, le chant mélodique l’emporte tout de même sur le chant death. Et ce n’est pas l’épique Porcelain Heart qui contredira cette impression, ni les pièces progressives Hessian Peel et Hex Omega.
Une fois l’album terminé, on reste un peu ébahi par ce que l’on vient de vivre. Watershed est un album complexe et très travaillé. Ce n’est clairement pas le type d’entreprise pour lequel une seule écoute suffira pour tout assimiler, il en faut de nombreuses ! C’est également un disque qui marquera peut être le renouveau d’un groupe qui n’aime pas faire du sur-place. Fortement emprunt de psychédélisme, comme de progressif des années 70, l’ensemble s’apprécie a plusieurs niveaux et demande une implication totale pour vraiment réussir à l’appréhender. On est confronté, ici, au fruit du travail de musiciens totalement habités par leur musique et qui insufflent cette passion dans chaque note, chaque variation de leurs compositions. Et ce, quitte à faire preuve d’un lyrisme exacerbé. Lyrisme qui sied à la perfection aux compositions fouillées qui bâtissent cette œuvre.
Si cette nouvelle aventure, dans laquelle se lance le groupe, ne plaira pas forcément à tous. On ne pourra pas nier que celui-ci manifeste, depuis ces débuts, un besoin de changement, d’évolution.que l’on aurait mauvaise grâce à blâmer. A plus forte raison, lorsqu’on se retrouve en face d’un album aussi inspiré et maîtrisé que celui-ci. Le plus fort dans tout ça, même s’il passe d’un genre à un autre, reste cette cohérence, cette saveur si particulière qui émane de l’ensemble et qui va au-delà de tout schéma convenu. Une bien belle réussite artistique en somme !
Même si Opeth n’a plus vraiment grand-chose à prouver, il s’avère qu’il est impossible pour cette formation de se reposer sur ces lauriers. Tout comme, Il semble évident qu’il est vital pour les suédois de toujours aller de l’avant, ainsi que de tester de nouvelles sonorités. Avec Watershed, le groupe franchi une nouvelle étape dans sa carrière. Il est cependant à parier que ce ne sera certainement pas la dernière. Aussi, je vous conseille plus chaudement cet album qui saura ravir tout amateur de musique intelligente et réfléchie, dont les méandres dépassent largement l’étiquette initiale.
KlOwN 05/06/2008 avis:  |