Elixir de jeunesse. Il y’a les artistes que l’on aime, ceux que l’on n’aime pas et ceux dont on se contrefout. Et puis il y’a les compagnons de chemin. Ceux qui, au-delà de simples considérations musicales, ont su, sans qu’on sache expliquer comment, se frayer un chemin dans les méandres de nos esprits sensibles. Ces compagnons avec lesquels on n’ose pas trop se fâcher mais dont on ne saurait être aveuglément les éternels thuriféraires. Peu importe au fond si l’on a plus de nouvelles. On ne tient pas vraiment à en avoir. Mais le fait est qu’à chaque retrouvaille, on s’assied un moment, on évoque le temps qui passe. Ce disque, comme les précédents, participe de cette relation complexe. Il sonne comme un rappel de lieux, de temps. Car The Offspring, c’est vingt ans de carrière, une moyenne d’âge qui dépasse la quarantaine et une musique qui s’adresse toujours peu ou prou aux adolescents, dont certains d’ailleurs se font de plus en plus vieux.
L’heure est au constat. La figure emblématique du rock californien faisait déjà pâle figure avec le court Splinter. Difficile, il est vrai, de retomber sur ses pattes après la pirouette vertigineuse qu’est Americana. Dangereux de redescendre les escaliers quand on a les chevilles enflées et que des gosses font du roller sur les rampes. C’est dans cet état d’esprit que le groupe s’est remis au travail après un hiatus de plus de quatre ans. Entre temps, la concurrence a aiguisé ses couteaux. Avec American Idiot, Green Day s’est fendu d’un succès commercial sans précédent, même si je dois avouer que son caractère indigeste m’en tient toujours à l’écart. Néanmoins, la voie artistique suivie par cette formation a laissé des traces. Disque de convalescence, Rise and Fall tente de répondre au cruel dilemme auquel fait face le groupe : perpétuer son fond de commerce tout en trouvant un son plus mature.
Moins évident s’annonce pourtant l’entrée en matière qu’est le single «Hammerhead». On avait connu plus enjoué, plus rassembleur comme hymne de la part de la bande à Dexter. Là, la musique se veut concernée par des sujets plus sérieux. Il faut l’avouer, la formation n’a jamais vraiment convaincu par son engagement «punk». Mais comme dans le monde du cinéma avec la pluie de films politiquement engagés ou dirons-nous, en phase avec l’actualité, la musique pop américaine semble surfer sur la «vague». Revenons à nos guitares. Les choses se passent en fait comme si Offspring se trouvait à un croisement : derrière le passé punk mélodique aux diverses facettes ; devant, un rock mâtiné de pop ; sur les côtés, une latitude limitée par les nécessités du music business. Alors avec ça on essaie de se renouveler tant bien que mal, en piochant à la fois dans la hôte des familles et dans le cartable du voisin. Cela donne des clins d’œil appuyés au passé («Trust In You» qui n’aurait pas dépareillé sur Smash ; «A Lot Like Me» qui, hormis son piano, sort tout droit d’Ixnay ; «Nothingtown», calque éhonté d’un morceau de Conspiracy, ou «You’re Gonna Too Far Kid» et son côté joué façon Americana) et quelques ouvertures fortement teintées de relents à la Green Day (en particulier la ballade «Kristy, Are You Doing Okay ?», «Rise and Fall» ou le dansant «Takes Me Nowhere»), le tout servi par une production (signée Bob Rock) qui sous un habillement un peu brut laisse respirer les compositions en apportant un nouvel éclairage sur la voix et sur les acoustiques.
Rise and Fall, Rage and Grace, c’est le dernier round d’un combat de boxe entamé il y’a bientôt vingt ans. Une entrée mordante sur le ring, un swing d’enfer, deux crochets dans le visage, retour dans les cordes, sonné, compte à rebours : 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1…Heureusement que l’arbitre est de mèche finalement...bon le match est remis, pour euh...intempéries.
Deadkal 19/07/2008 avis:  |