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Big Star - #1 Record - 1972


Genre : Pop/RockTraductions et paroles :     Sur la Coccinelle Du Net
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©Ardent
1Feel
2The Ballad Of El Gorodo
3In The Street
4Thirteen
5Don't Lie On Me
6The India Song
7When My Baby's Beside Me
8My Life Is Right
9Give Me Another Chance
10Try Again
11Watch The Sunrise
12St 100/6







Avis de la rédaction :
Ulyssangus
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#1 RECORD, OU LE DESASTRE INJUSTE

Les voies de la destinée sont impénétrables. Parfois, elle permet à un groupe en tous points inintéressant de se frayer un chemin jusqu’au sommet presque sans effort. Elle peut également empêcher des formations géniales de connaître le moindre succès, mais en leur donnant le statut envié de groupe culte. C’est ce qui est arrivé pour les légendaires Stooges ou pour le Jeff Beck Group. Mais il existe un groupe qui symbolise à lui seul les aléas de la fortune et les injustices du succès, un groupe de pop américain des années 70 : Big Star. Les deux guitaristes et vocalistes Chris Bell et Alex Chilton sont les deux héros de cette étrange épopée, tous deux natifs de la bonne ville de Memphis, Tennessee. Le premier se distingue pour avoir participé à d’innombrables groupes durant son adolescence. Le second est célèbre pour son passage au sein des Box Tops, et pour sa performance sur le single The Letter, qui le propulsa au rang de star du rock à l’âge de seize ans. Ces deux personnages décident, à l’aube de la décennie 1970, de former un groupe rendant hommage à leurs formations préférées, c’est-à-dire aux groupes de la British Invasion : les Who, les Kinks, et bien évidemment les Beatles.

On retrouve dans le premier album de Big Star de nombreuses caractéristiques de la pop anglaise des sixties, mais le groupe arrive efficacement à s’en démarquer par un génie propre, un talent déconcertant pour l’écriture. Les mélodies sont puissantes, immédiatement accrocheuses, excellemment bien composées et interprétées. Les guitares dominent sans peine l’album, sans jamais être alambiquées ou ennuyeuses, structurant les titres pour mieux souligner leur potentiel séducteur. Qu’elles soient acoustiques, électriques, distordues ou jouées au bottleneck, elles délivrent un ensemble sonore délicat, finement construit, délicatement ciselé, impeccablement joué. Les harmonies vocales de Chilton et Bell sont angéliques, captivantes, imparables, rappelant les grandes heures du swinging London, avec pourtant une singularité indéniable. La section rythmique est discrète, toujours présente aux points stratégiques, donnant la pulsation vitale insufflant la vie aux chansons. Parfois, un orgue ou un saxophone vient apporter une variété bienvenue à la formation initiale du groupe, mais ce dernier est déjà suffisamment accrocheur pour subjuguer l’auditeur même avec une orchestration très réduite. Les quelques ballades acoustiques présentes sur l’album en sont la preuve éclatante.

L’excellence interprétative n’est qu’une facette de cet album. Le versant principal de l’œuvre est constitué par la qualité des compositions du duo Bell/Chilton. Ce dernier, loin des prétentions progressives ou heavy de l’époque, propose une pop modernisée, des chansons simples, très mélodiques, dénuées de tout élément pouvant ennuyer ou gêner, ce qui les rend instantanément appréciables. Toutefois, les titres distillent une variété bienvenue, avec de subites montées de rockabilly ou des incursions aventureuses en territoire soul ou country : Don’t Lie On Me est un blues-rock perverti absolument sublime. Thirteen, avec ses arpèges rêveurs et son texte subtil, demeure l’un des chefs-d’œuvre du groupe. Aucune chanson ici n’est agaçante ou inutile ; chaque titre mérite amplement sa place, avec quelques sommets surgissant ici et là. #1 Record est un de ces albums dont la sincérité ne peut que convaincre l’auditeur. Ce dernier n’a plus qu’à se glisser au sein des ces harmonies confortables, de ces accords amples, de ces mélodies agréables pour comprendre ce dont est capable un groupe pop intelligent et audacieux. Malgré la beauté de ce premier album, des problèmes entre le label et ses distributeurs font que le disque connaît de lourds problèmes lors de sa mise sur le marché. Les ventes s’en ressentent fortement, semant la discorde au sein du groupe, inaugurant une longue série de malchances qui va miner l’existence de Big Star.

Ulyssangus  07/06/2008    avis



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