2008 NOSTRADAMUS ...OBSCUR OBJET DU DESIR...
Généralement, lorsque nous nous trouvons face à la problématique de définir l’excitation émotionnelle produite lors de la rencontre avec une œuvre d’art, qu’elle soit d’une autre époque ou contemporaine, les mots restent le plus souvent évasifs, car l’explication du beau, du sentiment d’admiration, comme du plaisir esthétique, n’est jamais facile. Quitte à paraphraser Paul Valery, pour qui le beau est ce qui désespère, il en va de même lorsque l’on est confronté à un moment d’exception musicale. Nostradamus, nouveau péché d’un prêtre prophète en son église, est de cette vérité là. De ces expériences artistiques qui bousculent les frontières, jusqu’à faire autorité là où personne ne les attendait. Certains le savent peut-être, Rob Halford est un véritable amateur d’opéra, comme de cinéma. Et si, ceci explique sans doute l’origine de ce double album concept, il ne faudrait toutefois pas oublier que, durant toute sa carrière, l’abbé n’a jamais hésité à franchir le pas, dès lors que l’expérimentation était au rendez-vous.
Principal sujet de ce disque, Michel de Nostredame est un personnage complexe. Autant décrié par les uns, que légitimé par d’autres, si le prophète apothicaire laisse derrière lui un nombre important de textes auxquels maintes interprétations furent et sont encore données, on ne manquera pas de souligner que l’homme est déjà un monde à lui seul. Prenant, en quelque sorte, le parti de s’intéresser plus à l’être qu’à ses prédictions, Judas Priest souligne le tragique d’une vie passée aux services des autres, non sans mettre en évidence la souffrance, la quête de rédemption de son héros, dont la vie aura été marquée tant par la maladie que par le destin. Plutôt mid-tempo pour mieux nous ancrer dans la tragédie humaine liée aux prophéties du visionnaire, fortement orchestral, exigeant sur le fond comme sur la forme et absout de toute démonstration futile, Nostradamus se définit bien au-delà des frontières visibles de son temple, pour mieux nous plonger dans les eaux sacrées d’un nouveau baptême.
Impressionnant de sobriété, si Halford dicte sa loi au travers d’un éventail d’émotions qu’on ne lui connaissait pas, c’est avant tout, l’atmosphère générale du disque qui en impose. Ponctué de silences pesants, d’atmosphères criantes de désespoir, ce nouvel exercice de style est un monstre de lyrisme qui fait la part belle à la recherche mélodique. Très riche, brûlant de ces froids bouleversements qui feront de celui-ci une référence en matière de concept album, Nostradamus, c’est également la visite de nouveaux espaces. Ainsi, au travers d’une pléiade de titres qui, tout en écrivant l’histoire, n’hésitent pas à s’inspirer du passé discographique du groupe, Judas brasse son éclectisme pour mieux construire l’avenir. Résultat de cette formule : tandis qu’en première lecture s’imposeront naturellement des pièces comme, Revelations, Conquest, Exiled ou Visions, il en est d’autres qui feront basculer ce disque en zone inexplorée de notre conscience. C'est-à-dire, à l’image de l’insaisissable Death, sur tous les terrains où l’on n’attend pas cet album.
Ambitieux. Faisant de chaque duo, duel de guitares, une perfection en matière d’équilibre électrique, on aurait mauvaise grâce à ne pas souligner l’importance du volet symphonique qui, d’aérien en profondeur, de transitions en interludes, magnifie les ors de chaque composition. Plus qu’un opéra rock, Nostradamus est le nouvel archétype du Métal Opéra. Celui dont on se souviendra, bien après la dernière note de Future Of Mankind et que se soient refroidies les parois du silence. En son temps, Point Of Entry avait introduit l’expérimentation dans l’œuvre du Priest. Cette double performance en traduit aujourd’hui l’obscur objet du désir.
Starchild 03/07/2008 avis:  |