FROM THE MUDDY BANKS OF THE WISHKAH, OU LE TESTAMENT REVOLU
La figure de Kurt Cobain, jeune homme à la chevelure d’or et au regard azuréen, reste l’une des plus marquantes du rock. Son génie musical ainsi que sa fin tragique en ont fait une icône incontournable de la musique populaire contemporaine. Immédiatement après son suicide, le guitariste entre au panthéon des héros foudroyés du rock, augmentant d’autant plus la popularité de ses œuvres. Après un premier album posthume, le légendaire Unplugged in New York, les deux survivants du groupe font paraître un nouveau disque live, From The Muddy Banks Of The Wishkah, fin 1996. Ces deux opus auraient dû paraître ensemble, sous la forme d’un double album nommé Verse Chorus Verse, mais Novoselic, terriblement ébranlé par la fin de son collègue et ami, a mis des mois à pouvoir travailler à nouveau sur un disque de Nirvana. Fruit d’un long travail de recherche et de compilation, le second album en concert de la formation se veut une rétrospective scénique de sa carrière, de 1989, immédiatement après la sortie de Bleach, à 1994, lors des derniers shows avant la disparition de Cobain. Sans doute Novoselic voulait-il prouver au monde entier que Nirvana était bien plus que le groupe de Nevermind, c’est-à-dire un combo avec une imposante expérience de la scène, avec d’innombrables concerts donnés à travers le monde entier.
Ce disque est assez disparate. Il est évident que le Nirvana de 1989, avec Chad Channing à la batterie, est fort différent du Nirvana de 1993, renforcé du guitariste Pat Smear, ou encore du Nirvana de 1991, simple trio. Cette particularité est due au fait que le groupe a voulu présenter un panorama ambitieux de ses concerts, traversant les périodes pour tenter de synthétiser son esprit. Cela laisse des impressions dérangeantes : l’auditeur a parfois l’impression que ce sont des groupes différents qui se succèdent dans une même salle. Heureusement, la voix de Kurt Cobain est là pour unifier l’album de son charme sombre et désespéré. L’organe du guitariste semble perpétuellement au bord de la rupture, éraillé, épuisé, poussé à l’extrême. Les hurlements qu’il pousse lors de l’introduction sont saisissants de violence et de cruauté. L’homme réussit toutefois l’exploit de chanter juste, malgré toutes les tortures qu’il fait subir à ses cordes vocales : on peut citer comme exemple le refrain de Lithium, où Cobain parvient à glapir d’une façon surprenante, tout en restant dans le ton. Son jeu de guitare, simple et direct, reste l’une des sources du succès de Nirvana ; il n’est pas de place pour une quelconque improvisation, les morceaux sont expédiés pied au plancher, sans fioritures.
C’est en partie pour cela que cet album peut être décevant pour le novice, car il n’apporte rien de réellement nouveau par rapport aux versions studio. Il s’agit juste des mêmes morceaux, des mêmes arrangements, avec une production moins satisfaisante. On regrette en effet de ne point percevoir à sa juste valeur la frappe démente de Dave Grohl, qui semble parfois étouffé par les autres instruments. Cependant, la vibrante énergie qui se dégage de chacune des chansons est évidente, presque jubilatoire. Le groupe a rarement pu libérer toute sa puissance sur les albums studios, bridé par les exigences commerciales ou artistiques, mais ici c’est tout le contraire. Le dynamisme de Nirvana se révèle à chaque instant, sans jamais perdre en précision ou en acuité. Le combo reste étonnamment rigoureux, exact et soigneux, y compris au milieu d’élans d’une rare agressivité. Le groupe a toujours été réputé pour son sérieux, avec un véritable travail de méticulosité, et ce depuis les débuts. Cet album en concert, dont le titre fait référence à la rivière qui traverse Aberdeen, est l’un des rares véritables témoignages d’un spectacle de Nirvana, Unplugged In New York étant enregistré dans des conditions particulières. Il confirme que la formation était un excellent groupe de scène, énergique sans être désordonné, vigoureux sans être négligent.
Ulyssangus 19/07/2008 avis:  |