La bande des citrouilles est de retour avec ce troisième opus… et quel opus ! Après deux albums qui ont généré un nombre incalculable de fans autour du monde, Ils reviennent en force et risque le tout pour le tout en sortant directement un double album.
Choix assez risqué tant cet exercice est périlleux et peu vite se révéler inintéressant et ennuyeux sur la longueur. Enfin ça c’est ce qui peut se produire pour un groupe ordinaire, mais les Smashing Pumpkins nous prouvent qu’il ne le sont pas. Enfin cette remarque n’est pas tout à fait juste, pour être exact c’est Mister Corgan qui le prouve car c’est lui qui compose la majeure partie de cet album (attention je n’enlève en rien la qualité évidente des musiciens). Il est évident que lorsque l’on connaît le personnage un minimum, ce grand chauve charismatique est bien sûr un excellent compositeur mais aussi un tyran de premier ordre ne laissant que peu de place à la créativité de ces camarades de jeu qui ne sont que des instruments pour lui… Mais je m’égare là revenons à l’objet de cette chronique !
Remettons un peu cet album dans son contexte, voilà un an que Kurt Cobainest mort celui-là même qu’on opposait à Billy Corgan. Le grunge venait de perdre son enfant terrible (pas le plus terrible tout de même mais sûrement el plus marquant, le plus touchant) et on cherche un remplaçant à mettre sur le trône de la génération dite X (qu’est ce qu’on va pas inventé quand même…) et la citrouille en chef avait tout pour être ce successeur cette rage, ce talent et cette sensibilité. Mais le Sieur n’est pas décidé à faire ce qu’on attend de lui et décide de changer la donne et de créer un disque où il laissera son imagination se balader sans barrières et de ne pas facilement servir un grunge basique et formaté. Et là où il aurait pu se contenter de sortir un album dans la lignée des précédents, il nous lance en pleine face ce double album tout en contraste qui visite, avec bonheur, plusieurs styles. C’est l’œuvre ultime d’un compositeur imaginatif qui si il ne parait pas savoir exprimer ses sentiments dans la vie réelle, sait les retranscrire dans sa musique.
De premier abord, juste en observant l’artwork des 1ere et 4éme de couverture on ne pouvait pas imaginer le contenu musical, ces dessins un peu désuets faisant plus référence au contes pour enfants qu’au rock mais rétrospectivement conviennent parfaitement à cet album. Et ce n’est pas le livret qui nous tirera cette impression. Mais la musique quand à elle… mais voilà que l’aube se lève, le voyage commence…
Dawn to Dusk
Le morceau titre Mellon Collie and The Infinite Sadness ouvre l’album, cet instrumental piano/cordes nous enveloppe dans une douce mélodie qui nous introduit en douceur dans l’univers créé par le groupe. Après cette entrée en matière, c’est au tour du quelque peu grandiloquent, mais tout bonnement excellent, Tonight, Tonight d’entrer en scène avec ses orchestrations de guitares acoustiques est magique, les arpéges aériens et la légèreté des batterie et basse laissent tout l’espace nécessaire à la voix de Corgan pour délivrer le côté intimiste et émotionnel du titre. A peine remis de nos émotions, on se prend le riff massif et violent de JellyBelly en pleine figure électricité et décibels sont de la partie pour un morceau hargneux et sans concessions.
C’est après ce morceau que l’on peut commencer à percevoir ce qu’est cet album, morceaux calmes et orchestrés se cachant des déflagrations rock puissantes et explosives. Mais ce n’est pas aussi simple que ça… les guitares ne se taisent que quelques secondes avant que soit lancés le vénéneux et tellement jouissif riff de Zero qui flirte avec le métal avec ces harmoniques obsédantes et sa puissance. La voix de Corgan est nasillarde en diable et tout à fait de circonstance, il nous prouve d’ailleurs sur cet opus l’étendue de ces capacités vocales pouvant se faire douces et paisibles comme rageuses et écorchées. Here Is No Why nous offre un morceau entre deux teintes car même si la disto prédomine, ce morceau est plus posé mais ne rechigne pas à faire parler la poudre sur des refrains plus punchys.
Le hit Bullet With Butterfly Wings s’amorce avec la fameuse phrase d’intro The world is a vampire…, titre tout en rage contenue pendant les couplets et refrains explosifs jubilatoires. Rien que sur ces premiers titres, le talent de ce groupe est indéniable. Il compte parmi les meilleurs musiciens rock de leur génération James Iha guitariste qui a vraiment sa patte et qui maîtrise parfaitement les mélodies, D’arcy qui sans être une virtuose à cette touche féminine qui fait toute la différence et Jimmy Chamberlin, Batteur de formation jazzy, qui a une technique et une sensibilité assez impressionnantes. Ils ont un touché, une personnalité propre. Ils savent à la perfection être efficace et rendre toute la tension ou la beauté d’un morceau sans s’encombrer d’effets superflus. De plus il est évident qu’ils ont une capacité à générer des hymnes puissants et fédérateurs.
On nous accorde un moment de répit avec l’émouvante et touchante To Forgive chanson dont j’apprécie tout particulièrement l’ambiance et la tonalité qui avec un arpége minimaliste retranscrit une grande beauté. Ce moment de répit n’a rien de gratuit, il est juste là pour que l’auditeur baisse sa garde et se prennent Fuck You (An Ode To No One) en plein tympans. Ce gros riff bien tranchant et abrasif, cette rythmique tout en tension qui se nous saute à la gueule au refrain et ce son… que c’est bon de se prendre un morceau comme ça ! A peine remis de l’électrochoc précédent on est happé par un Love pesant, sombre et électrique au sonorité très synthétiques. On revient ensuite sur un terrain plus calme et plus extravagant avec Cupid To Locke qui se rapproche de par son ambiance à l’artwork on a l’impression d’entendre une chanson écrite pour un conte. Un des morceaux que je préfère sur l’album est le suivant : Galapagos qui est vraiment sublime, la composition frôle la perfection avec ces montées en puissance qui pousse le morceau plus haut à chaque refrains et ne partant vraiment qu’à la fin du morceau. La mélodie et la partie vocales sont vraiment touchantes et émouvantes. Ce morceau d’une grande beauté laisse entrevoir la fragilité et la douceur du frontman, un très grand morceau. Retour au rock plus musclé avec l’excellent Muzzle qui laisse rugir les guitares mais sans être agressives juste puissantes, un morceau où l’on ressent quand même une grosse sensibilité pop.
Le morceau progressif de l’album est à n’en pas douter Porcelina Of The Vast Ocean qui outre le fait de durer 9’21 min alterne partie mélodique planante et partie distordues. Ce morceau de bravoure prouve que le groupe peut facilement faire des compos complexes et longues sans jamais perdre l’attention de l’auditeur. Corgan laisse le temps d’un Take Me Down le micro et la composition à James Iha, grand bien lui en fasse ! Cette love song qui clôt le premier chapitre est un petit bijou de simplicité et de beauté, le guitariste étant doté d’un sens de la composition tout en retenue et douceur et d’une voix très agréable à écouter.
Le cd s’arrête, et on reste vraiment impressionné par ce qu’on vient d’entendre, un tel flot d’émotion nous a envahi qu’on se retrouve à moitié sonné. Cette première partie est une vraie montagne russe alternant calme et furie avec maestria. On ne peut qu’être admiratif devant le travail accompli qui ne souffre d’aucun point faible flagrant. La diversité des titres est vraiment appréciable et prouve que le groupe souhaite s’évader vers des horizons plus larges. Mais ce n’est que la moitié du périple…
Twilight To Starlight
D’entrée de jeu, le ton à l’air plus lourd. On commence par le puissant, sombre et métallique Where Boys Fear To Tread une entrée en matière pour le moins rugueuse comparée à la douceur de l’introduction du premier cd. Bodies enfonce le clou avec c’est guitare hyper saturées et énervées et ses paroles pour le moins désespérées (« Love is Suicide… »). On a vraiment l’impression d’avoir là le pendant obscure des titres de la première galette. Et là alors qu’on est prêt à se jeter à corps perdus dans ce rock sombre, violent et torturé, ils nous stoppent net avec l’acoustique Thirty-Three. Un bien beau morceau très travaillé dans l’ambiance et qui respire une certaine quiétude apaisante après le déluge de décibels qui a précédé. In The Arm Of Sleep continu sur la même voix mais en plus sombre, l’ambiance du morceau est plus lancinante. Puis vient le single pop en diable 1979 qui fait mouche à chaque fois avec ce petit côté nostalgique, c’est le sentiment que je ressent à chaque écoute de ce morceau. Ils aiment ménager des surprises à l’auditeur, qui bercés par ces trois titres acoustiques ne s’attend clairement pas au déluge grunge de la très mouvementée Tales of Scorched Earth avec ses guitares et sa voix saturées et ses rythmique limite tribale. Une des autres perles de cet opus est sans conteste l’excellente Thru The Eyes Of Ruby avec ces couplets paisibles qui cachent des refrains à haute teneur en énergie et en décibels un joli travail de composition. Nous avons le droit là encore à un travail d’ambiances assez exemplaire. Ce morceau est un des exemples qui démontrent que les guitaristes peuvent aussi sortir des solos travaillés et efficaces se démarquant du modèle grunge. L’outro nous amène tout doucement vers la très belle Stumbleine où Corgan se retrouve seul avec sa guitare sèche, un petit moment de paix et de douceur avant… LA chanson violente de l’album la vénéneuse X.Y.U. Un riff massif très métal, un chant écorché et hargneux, des montées de tension tout dans ce titre est fait pour donner un résultat agressif. Ce moment est tout simplement une tuerie, les hurlements de Corgan explosent tout sur leur passage. Le break de cet album est simple mais efficace, la chanson se calme le temps d’un riff lourd mais plus calme pour ensuite laisser déferler toute la noirceur, la violence et la fureur contenues en un final bruyant, épileptique et salvateur fait de larsens et de gros riffs bien pesants.
L’électronique prend plus de place sur le titre suivant, We Only Come Out At Night qui utilise des samples. Cette chanson est sympa mais pas transcendante on sent une inspiration pop des 70’s. Dans la même continuité et nettement plus attachante Beautiful est une belle chanson paisible et mélodique à souhait. A première vue ilss ont décider de finir en douceur car Lily (My One And Only) est dans la lignée des deux précédents titres, chant posé, piano, guitare caressante, rythmique paisible et un petit côté décalé pas désagréable du tout à l’oreille. By Starlight est plus dans la logique des morceaux calmes de l’album, morceau très planant et très travaillé au niveau de la construction, c’est un vrai régal… Mais comme toute les bonnes choses ont une fin voici l’épilogue de l’histoire, Farewell And Goodnight a la lourde tache de clore ce chapitre. Et pour ce faire c’est tout le groupe qui donne de la voix, le résultat est vraiment probant chacun apportant une note, une couleur différente à sa partie. Chaque partie marche d’ailleurs en duo : Corgan/Iha (qui composent d’ailleurs le morceau ensemble) et D’arcy/Chamberlin pour enfin tous s’unir. Un morceau très doux et très agréable qui après tout les émotions ressenties sur l’album permet de se calmer. Le morceau fini sur un piano rejouant une mélodie rappelant celle de Mellon Collie And The Infinite Sadness la boucle est bouclée…
Cette deuxième partie bien que nettement moins évidente d’approche et d’accroche que la première est néanmoins très riche en terme d’ambiances et de travail de composition. On peut dans un premier temps largement préférer le premier cd mais en se penchant plus sérieusement sur celui-là on ne peut être qu’enthousiasmé par la qualité des compositions. C’est clairement le côté expérimentation qui est mis en avant ici, ils ne se fixent aucune barrières musicales et jouent ce qu’il leur plait.
On ne peut que rester bouche bée devant cette œuvre, la composition est vraiment poussée et les morceaux sont dans l’ensemble d’une très grande qualité. Les Smashing nous offrent là leur meilleur album, la plus abouti, le plus grandiose. Chaque musicien donne le meilleur de lui-même à chaque instant. Nous avons le droit aux riffs les plus monstrueux imaginés par le groupe, et des parties mélodiques comme ils n’en avaient jamais osé. L’opposition aube/crépuscule représente bien les deux côtés principaux de l’album d’un côté les chansons sombres et violentes et de l’autre celles dont émane plus de douceur et de plénitude. Evidemment tout n’est pas noir ou blanc et certains titres flirtent avec ces deux aspects. L’album est assez complexe tout en étant accessible et est très dense tout en faisant preuve de légèreté. Que de contraste dans cette musique ! Corgan nous prouve qu’il compte parmi les grands compositeurs des années 90 et réalise le chef d’œuvre qu’il n’arrivera pas à égaler. Il montre aussi toute la nuance qu’il peut apporter dans sa voix (qu’on aime ou qu’on aime c’est le problème de ce type de voix nasillarde) et qu’il peut faire preuve d’une grande sensibilité comme d’une rage sans limite. Ses trois compagnons font aussi preuve d’une efficacité et d’un talent impressionnant. Le temps de quelques douces mélodies, il nous est permis d’apercevoir le talent des autres membres quand ils prennent le micro et la plume (Iha en tête) et on se dit que c’est dommage qu’on ne puisse en entendre plus.
Cet album fait partie des albums à posséder absolument dans sa collection rock, c’est un des grands albums des années 90. Un « must have » par excellence !
KlOwN 31/05/2006 avis:  |