Le mois de Mai signe le retour tant attendu des débardeurs et autres tee-shirts mouillés, qui virevoltent dans une atmosphère hormonale euphorisante. Ce délicieux mois de Mai n'est pourtant pas le même partout, les bikinis pouvant parfois difficilement cacher les mycoses des plis de créatures odieusement éléphantesques. Ce semblant de femelle King Kong dégage quant à elle des vapeurs phéromonales très parfumées de marijuana si l'on en croit la musique sur laquelle elle tente de se dandiner. May Blitz est en effet l'un de ces nombreux trios puissants formés selon les nouvelles lois du rock, dictées par Jimi Hendrix et Cream. Ces trois admirables musiciens ne figurent que rarement dans les diverses anthologies de l'époque, principalement en raison de leur difficulté à s'affranchir totalement de l'esprit blues et du nuage de fumée psychédélique. Alors que Black Sabbath et Led Zeppelin dégainent déjà leurs riffs associés à une incroyable exubérance satanico-sexuelle, May Blitz semble ne rendre qu'un hommage à un Hendrix déjà bien ravagé par la drogue.
Ce premier disque dévoile pourtant de sérieux atouts, à commencer par le batteur Tony Newman, dont les connaisseurs auront noté la participation à Beck-Ola (1969) ainsi que son approche mêlant puissance et subtilité jazzy. Le guitariste James Black se distingue quant à lui des bruyants virtuoses du manche en réglant sa distorsion au minimum, et délaisse les riffs au profit d'une approche diablement funky. Le groove intense déployé par le trio est aussi appuyé que séduisant, atteignant parfois des sommets rarement tutoyés par des musiciens blancs. Hormis les deux escapades psychédéliques hasardeuses et ramollies que sont "Dreaming" et "Tomorrow May Come", cet album renferme d'irréprochables perles blufunk (un terme qui sera popularisé bien des années plus tard par un certain Keziah Jones). Enchainant les lignes de basses profondes, vives, sensuelles, doublées par une guitare wah wah ("Smoking the Day Away"), les refrains scandés sur des accords plaqués ("I Don't Know") et des passages plus libertins ("Virgin Waters"), May Blitz reste aussi accrocheur qu'inclassable. A mi-chemin entre Hendrix et Black Sabbath, cette musique fleure bon la drogue et le sexe, bien davantage que celle de Free. Le public, en demande d'aération après la désillusion hippie, y restera plutôt indifférent.
Religionnaire 13/05/2008 avis:  |