Et si Deep Purple avait continué à enfoncer la porte ouverte par Jon Lord sur son Concerto for Group & Orchestra (1969)? Le rock lourd, alors en pleine éclosion, aurait-il vraiment souffert du manque d'un groupe dont l'apport à ce niveau est considéré comme essentiel? Et le rock progressif? N'aurait-il pas souffert encore davantage d'une formation dont la musique aurait pu devenir l'une des plus pompeuses de la décennie?
La capricieuse mais toutefois intéressante histoire du groupe en aura pourtant voulu autrement. Deep Purple accomplit donc à l'aube de la décennie 1970 sa révolution "punk" bien avant le reste du monde. Si le résigné Jon Lord parvient tout de même à instiller encore quelques éléments classiques, pour ne pas dire progressistes, sur In Rock (1970), il sait d'ores et déjà que Deep Purple ne fera que s'en débarrasser d'album en album.
Jusqu'à ce Machine Head, le Deep Purple Mark II n'est pourtant pas si passionnant qu'on voudrait nous le faire croire. En effet, In Rock (1970), considéré comme un grand classique parmi les pionniers du lourd, contient son lot de passages laborieux, hasardeux ou barbants si bien que le Religionnaire continuera de le considérer comme un brouillon du niveau du premier Black Sabbath. Fireball (1971) gagne en efficacité ce qu'il perd en virtuosité, en originalité et en audace. Il est impossible de ne pas le considérer comme un album transitionnel après avoir écouté son successeur…
Machine Head est effectivement le disque le plus accrocheur de Deep Purple et le logique sommet commercial du groupe. Son lot de tubes et de riffs le conduit directement parmi les grands classiques du rock lourd de la décennie. Son plus grand rival reste le Paranoid de Black Sabbath qu'il ne parvient pourtant pas à égaler en terme de plaisir d'écoute. Certes, la présence du claviériste Jon Lord est un plus mais les riffs de Blackmore, aussi légendaires soient-ils, restent moins jouissifs que ceux de son rival pourtant mutilé. Pour ce qui est du groove, là aussi il est inférieur.
Les deux perles absolues sont sans conteste "Highway Star" (comment peut-on aimer à ce point sa voiture?) et "Never Before", loin devant le très surestimé "Smoke on the Water" dont on ne retient malheureusement que le riff aussi légendaire que niais, oubliant ainsi volontiers son excellent refrain. Le gros point faible reste "Lazy". Fade déclinaison de soli sur trame bluesy, ce titre, pourtant presque agréable, nuit au reste de l'album, ramenant brutalement une œuvre se voulant innovante aux jams blues-rock de la décennie précédente. Ceci ne doit pourtant pas dissuader l'auditeur d'écouter le superbe "Space Truckin'" qui suit ainsi que les deux standards que sont "Maybe I'm a Leo" et "Pictures of Home".
Le Deep Purple Mark II a beau être surestimé, Machine Head restera un grand classique que le mélomane éclairé aimera à réécouter régulièrement. Dieu sait que peu d'albums légendaires de l'époque se réécoutent aussi souvent…
PS : l'édition du 25ème anniversaire contient son lot de titres bonus dont l'album entièrement et très fidèlement remixé en 1997 pour l'occasion (sans réels bénéfices ni inconvénients d'ailleurs).
Religionnaire 29/07/2007 avis:  |