1991 1916 ...DE CHARYBDE EN SCYLLA...
La bataille de la Somme fut l’une des principales confrontations de la Première Guerre mondiale. Les forces britanniques et françaises tentèrent de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume. La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, détient le triste record de la journée la plus sanglante pour l'armée britannique, avec 57 470 victimes dont 19 240 morts...
Passionné d’histoire, entre autres par les évènements liés aux deux guerres mondiales, Lemmy a toujours porté un regard plein de compassion pour ceux qui en furent les instruments et dont les tranchées se nourrirent. Ainsi, lorsque sort ce nouveau disque, avec ce titre en chiffres sur fond de drapeaux et guirlandes de barbelés, c’est en quelque sorte notre mémoire qui est mise a l’épreuve. Un peu comme s’il ne fallait ne pas laisser tomber un voile d’indifférence sur la souffrance d’une époque. Pas vraiment là où on espérait retrouver l’animal, mais toujours avec se fond de sauvagerie omniprésente, voici que la machine à tuer profite de son installation à Los Angeles pour délivrer un album fort en thème. Cependant, tout ne va pas pour le mieux chez Motörhead. Philthy n’est plus l’ombre que de lui-même et le groupe est toujours en délicatesse avec ses contrats d’enregistrement. Néanmoins, avec un titre qui semble valable pour tous les Vietnam et autres guerres sacrifiées sur l’autel de l’intérêt politique, cette nouvelle production a le mérite de susciter l’attention.
En fait, 1916 est un album qui vaut le détour, car il tranche d’avec ses prédécesseurs par une forte envie de s’aventurer ailleurs. Bien sur, si on retrouve ici tout ce qui fait foi chez Motörhead, à savoir, cette dose de feeling qui permet à des titres tel, Make My Day, de passer du statut de simple violence à définition rock’n’roll. Ou plus prosaïquement, ces purs moments de bruit et fureur mêlés qui laissent sur leur passage ce sentiment éphémère de toute puissance. Ce sont, par ailleurs, les quelques curiosités un peu plus cliniques qui fragmentent l’ambiance générale, sur lesquelles il est important d’insister. Plus particulièrement sur Love Me Forever, balade décalée, dont on ne sait s’il faut pleurer ou rire, tant ses arpèges brûlent d’émotion. Egalement, la menaçante Nightmare the Dreamtime, que n’aurait pas renié le Hawkwind de la grande époque. Mais surtout, pour son évocation saisissante, la spectrale 1916, au travers de laquelle sont décrits les états d’âme d’un tout jeune appelé, mort sur le champ de bataille.
Plus rock, lorgnant parfois jusqu’à Billy, s’essayant à d’autres climats, jusqu’à jouer le clin d’œil tout en accélérations en hommage aux Ramones, il semble que Motörhead ai choisit de mettre entre parenthèses son image de prédateur ultime... en réponse à la demande d’un label en quête de récompense. Tandis que certains rebuts de presse n’auront d’autre dessein que d’insister sur ces soi-disantes concessions, les plus avisés auront vite compris qu’en ayant sacrifié quelques traces sur l’asphalte, ainsi qu’une double pédale au profit de claviers et cuivres, Lemmy ne s’est pas parjuré, bien au contraire. Car si l’énergie semble pratiquement retrouvée, l’apport de pauses à l’alchimie inquiétante confère un relief à fleur de peau à un ensemble qui semblait n’attendre qu’elles. Finalement, pour cet album, le gang du porteur de la croix de Malte s’en sort plutôt bien. Renouant avec une formule, certes moins directe qu’à l’habitude, mais toujours porté par cette voix unique, rauque, Motörhead n’en oublie pas son instinct de révolte contre l'autorité et les dogmatismes.
StarChild 08/07/2008 avis:  |