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The Rolling Stones - Let it Bleed - 1969


Genre : rock blues folk countryTraductions et paroles :     Sur la Coccinelle Du Net

©Abkco
1Gimme shelter
2Love in vain
3Country honk
4Live with me
5Let it bleed
6Midnight rambler
7You got the silver
8Monkey man
9You can't always get what you want





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LET IT BLEED, OU L’ŒUVRE AU NOIR

Lorsque paraît Let It Bleed, à la fin de l’année 1969, l’environnement des Rolling Stones est totalement bouleversé. En effet, les mois précédents ont vu l’éviction de Brian Jones, ainsi que sa mort tragique par noyade. Son remplacement par le talentueux Mick Taylor apparaît comme la confirmation du cap choisi par le sublime Beggars Banquet de 1968 : celui d’un rock bluesy, délicieusement rugueux, farouchement stonien, clamant avec fierté sa perversité. Pourtant, si l’on observe précisément les dates d’enregistrement du nouvel album du groupe, on se rend compte que celui-ci a été enregistré durant une longue période, s’étendant sur près d’une année. C’est ainsi que l’on comprend que l’œuvre a été composée durant la période où Brian Jones a été progressivement écarté du groupe, ce qui entraîne une conclusion évidente : ce disque est celui de Keith Richards. Ce dernier a donc enregistré toutes les guitares de l’album, que ce soient les rythmiques ou les solos, ainsi que sans doute une bonne partie des lignes de basse. Le ténébreux six-cordiste est évidemment le compositeur principal de l’album, tous les morceaux portant sa signature, s’affirmant une fois de plus comme le leader souterrain du groupe, dont l’autorité ne peut être contestée que par Sir Jagger lui-même. Néanmoins, après une chef-d’œuvre tel que Beggars Banquet, on peut légitimement se demander si le groupe n’a pas perdu son inspiration.

Et pourtant… Les Rolling Stones, sans rien perdre de leur arrogance, livrent un nouveau chef-d’œuvre, un disque sublime de beauté mûre, archétype d’un rock adulte, d’un style enfin parvenu à maturité. Il faut entendre les arpèges frémissants, sardoniques et menaçants du légendaire Gimme Shelter pour saisir tout le talent de Keith Richards et ses acolytes. La batterie, les guitares, la basse, la voix forment un ensemble indissociable, un orchestre dont l’intelligence musicale ne peut être comparée qu’à Led Zeppelin ou à Pink Floyd, un groupe qui restera à jamais comme l’un des meilleurs jamais produits par la scène musicale anglaise. La recette est ici la même que sur l’album précédent : un mélange de morceaux acoustiques marqués par l’utilisation des accords ouverts par Keith Richards, des hymnes typiques des Rolling Stones, fédérateurs mais inimitables, des ambiances menaçantes à souhait, le tout marqué au fer rouge par l’esprit du blues ancestral, ce blues qui a présidé au début du groupe, qui l’a accompagné tout au long de sa carrière, inspiration principale et déterminante du chansonnier Richards. Ici, le groupe maîtrise enfin son style, ce qui lui permet de fournir sans efforts des morceaux d’une classe fabuleuse, archétypes de ce que le rock’n’roll a pu faire de mieux, parangons de l’esprit iconoclaste, novateur, audacieux des années 1960.

Sur la longueur, on peut peut-être déplorer un très léger manque de force, ce qui désavantage l’album par rapport à Beggars Banquet. Cependant, on ne doit pas bouder son plaisir : Let It Bleed contient des classiques d’une beauté à couper le souffle. La reprise du Love In Vain de Robert Johnson est à la fois lumineuse et tragique, où la voix de Jagger remplie d’émotion et la guitare slide, dernière trace de Brian Jones dans le groupe, se disputent l’espace. Le superbe Midnight Rambler, aux sonorités démentes, sauvages et cruelles montre le talent que possède le groupe dans l’écriture de blues dévoyés, ainsi que leur fascination pour le crime et ses mythes urbains, bien que la version studio fasse pâle figure par rapport à celle de l’album live paru l’année suivante… Et que dire de You Can’t Always Get What You Want ? Les mots manquent pour décrire cette union de guitares acoustiques, d’orgue, de cor anglais, de chœurs baroques, le tout formant une hymne d’une beauté si limpide qu’elle en devient incroyable. La complexité sincère du titre en fait l’un des dignes successeurs du divin Like A Rolling Stone de Bob Dylan ; on remarque à ce propos qu’Al Kooper tient les claviers et les cuivres ici… Il s’agit d’une conclusion idéale à un album malin, remplie d’une outrecuidance réjouissante mais aussi d’une sincérité émouvante.

Ulyssangus  05/04/2008    avis



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