L’escalier vers le paradis. On avait laissé Led Zep en pleine ascension. Le groupe sortait alors en 1971, Led Zeppelin IV, véritable pierre angulaire de l’histoire du rock. Le Zeppelin se devait de relever le défi de faire mieux que sur ses précédents opus. Le groupe avait déjà enregistré trois albums en moins de trois ans. Sur chacun de ces albums figurent des tubes, mais c’est sur ce quatrième effort que figure l’une des chansons rock les plus connues de tous les temps : « Staiway To Heaven ». Pourtant, même si aujourd’hui encore ni Page ni Plant ne tiennent cette chanson pour le grand moment du disque, il apparaît clairement qu’elle est la pièce maîtresse de ce chef d’œuvre. Cette sublime ballade marque la symbiose du mysticisme hippie, des inspirations du moyen-âge et mythologiques qui passionnent alors le groupe. Difficile d’imaginer ce qu’auraient été les années 70 sans ce titre, véritable complainte quasi médiévale, inspirée notamment par les explorations acoustiques du guitariste Bert Janch.
Laissons parler la musique. Le groupe surprenait cependant dans son obstination à ne pas vouloir sortir de single. De plus le groupe exigeait une pochette sans nom, sans titre, sans numéro de catalogue ni référence. Tout était fait pour que le groupe soit jugé pour sa musique et sa musique seule. Depuis le temps que les journalistes accablaient le groupe d’accusations sans fondements avançant parmi les raisons du succès, la publicité. Désormais, le dirigeable tenait sa revanche. Le groupe avait son hit planétaire sans autre support que son album. La pochette en elle-même changeait radicalement de style par rapport aux précédentes. Il s’agissait d’une pauvre photo représentant le portrait d’un vieil homme portant un fagot de bois, pendue sur le mur d’un immeuble décrépi. Le tout était couronné par l’ajout des logos des quatre musiciens.
Entre ville et campagne. La musique est à l’image du groupe qui vit alors entre deux mondes. Les séances d’enregistrement se déroulèrent en grande partie dans un vieux manoir posé dans la campagne anglaise. En sort une acoustique unique. Le groupe se sent en famille. Une atmosphère à l’opposé du faste urbain d’Hollywood où attendent fans et groupies : « Going To California ». Cette dualité s’exprime musicalement dans le choix de morceaux acoustiques, semi-acoustiques folk et d’autres au contraire bluesy, rock n’roll. Elle illustre aussi la diversité du quatuor anglais qui touche à tout. Page est sur cet album à l’apogée de son art, montrant une maîtrise absolue de la distorsion et du feed-back sur « Black Dog » entre autres sur lequel il superpose trois riffs différents. Il innove avec ses techniques de l’archet et l’introduction de guitare à deux manches, oscillant entre démonstration et finesse. « Rock And Roll », comme son titre l’indique fait hommage à ce style en puisant aussi bien chez Little Richard que chez Elvis, le tout porté par la formidable voix de Plant délimitée par la batterie de Bonham. Aux débordements électriques succèdent les très épiques « Battle Of Evermore » et « Stairway Of Heaven ». Plant montre un autre face de on talent immense. Sur le second, Page branche sa Telecaster psychédélique, achevant le solo sur sa Les Paul 1959, Jones s’occupe des arrangements : un grand moment d’anthologie. La « grande parenthèse » bouclée, retour sur terre avec « Misty Moutains Hop », menée par l’orgue de Jones. Plant fait encore l’attraction principale du morceau avec sa voix haut perchée. Le très boogie « Four Sticks » donne l’occasion à Bonham de s’adonner à sa passion favorite : le matraquage de fûts. Il utilise pour cela quatre baguettes, deux à chaque mains. Les deux morceaux de fin ne sont pas en reste. L’acoustique plaisant « Going To California » qui repose sur le seul talent de Plant, et le final homérique « When The Levee Breaks », morceau de bravoure, morceau désigné par Page comme le grand moment de l’album. Boham introduit le morceau de fort belle manière : les amplis et microphones répartis dans le manoir y sont pour beaucoup, on ressent la profondeur du son, l’écho des instruments se répercutant.
Page en choisissant ce morceau donnait tout le sens de l’album : Stairway, « cette foutue chanson de mariage » comme disait Plant, n’est que l’arbre qui cache la forêt brumeuse, intimiste qu’est le reste de l’album. Le groupe avait fait un bon calcul en ne sortant pas de single, forçant les fans à se procurer l’album qui représente un tout surpuissant, et qui devint rapidement le disque de chevet de toute une génération.
Deadkal 07/02/2006 avis:  |