Tel un navire de guerre issu du royaume de l'enfer, Sir Lord Baltimore se lance à l'assaut de ce nouveau continent heavy metal à coup de riffs, de distorsion, de fréquences basses et de lourdes percussions. Ce trio puissant oublié est pourtant l'un des pionniers américains du genre, en compagnie des Grand Funk Railroad et autres Mountain. A travers un approfondissement des efforts précoces d'alourdissement du blues-rock et des prestations bruitistes de la scène de Detroit, la formation met en place les principaux traits et stéréotypes du hard rock des années soixante-dix, de la prétention de virilité à la mysogynie, en passant bien sur par l'occultisme. Si l'authenticité de ces aspiration restent comme toujours à prouver, les riffs, l'énergie, la lourdeur, sont quant à eux bien présents, et la plupart du temps franchement jouissifs.
Même aux Etats-Unis, les anglais ne sont jamais très loin. Le spectre de Black Sabbath, qui vient à peine de sortir son premier disque, plane au dessus du premier titre ("Kingdom Come"), tandis que celui d'Uriah Heep hante "Lake Isle of Innersfree" et son clavecin. Le reste de l'album est pourtant très américain et préfère les rythmes effrénés façon Johnny Winter à la lenteur pétrifiante de Budgie et Black Sabbath. L'attraction principale du trio reste John Garner, qui cumule excellemment les rôles de batteur et de chanteur, un défi très rarement relevé dans l'histoire du rock. Parvenir à matraquer ses futs tout en hurlant "Woman! You are the master heartache!" reste effectivement un exploit, mais ne peut pour autant faire oublier les impressionnants bassiste et guitariste que sont Gary Justin et Luis Dambra.
Ce metal balbutiant s'avère inévitablement pataud, à l'instar de ses homologues anglais cités auparavant, mais apparait presque aussi rapidement comme très accrocheur. Kingdom Come gagnerait ainsi à rester dans les mémoires autrement que comme un simple document, autrement que comme un pionnier dont il faut connaitre le nom sans avoir à l'écouter, dont il faut lire les chroniques sans en surfer les vagues. L'histoire veut en effet que ce soit dans l'une de ses critiques de l'époque (Mike Saunders de Creem) que figure la première utilisation documentée du terme heavy metal. L'autre anecdote à exploiter pour briller lors des diners mondains concerne Mike Appel, qui officie ici en tant que co-compositeur, arrangeur et producteur, et qui deviendra le manager de Bruce Springsteen. Celui qui ose relayer ces informations sans écouter au moins "Master Heartache" subira les foudres destructrices du Religionnaire…
Religionnaire 15/05/2008 avis:  |