Rien ni personne (pas même le groupe) n'était préparé pour l'arrivée d'un album qui reste encore aujourd'hui le plus surprenant de toute l'histoire du rock. In the Court of the Crimson King est totalement intemporel et dissocié de tout ce qui se faisait à l'époque ou de ce qui peut se faire encore aujourd'hui. L'exploit de Robert Fripp y réside surtout dans le fait d'avoir réussi à canaliser et à rendre une musique aussi intrigante plutôt accessible et séduisante. Ce dernier est alors entouré de Ian McDonald (guitare), Michael Giles (batterie), Peter Sinfield (textes) et Greg Lake (basse, chant) au sein de la première formation de King Crimson.
"21st Century Schizoid Man" débute l'album par un déchainement totalement apocalyptique où la distorsion se mêle à la perfection aux cuivres de façon totalement inédite. Ce titre est une des rares associations entre jazz et hard rock, il fallait l'oser et le résultat est explosif avec des cavalcades instrumentales divines. Mais comment est-ce donc possible de passer d'une telle violence ("21st Century Schizoid Man") à la douceur la plus extrême ("I Talk to the Wind") en l'espace d'une demi-seconde sans la moindre impression de grotesquerie? Cette question reste sans réponse depuis maintenant bientôt 40 ans et personne ne semble en mesure de lever ce mystère sur cette fameuse maitrise des contrastes. "I Talk to the Wind" est en effet d'une beauté à tomber par terre, associant alors de légères mélodies de flute au chant magnifique de Greg Lake, par ailleurs superbement doublé.
On reste dans les mêmes contrées musicales avec "Epitaph", quoique plus symphonique, où le son compressé de batterie est toujours aussi particulier et séduisant. Le refrain, totalement déchirant, ne peut que donner la larme à l'œil rappelant alors volontiers les adieux les plus déchirants. Chaque instrument y est à sa place, ni plus ni moins, personne n'en fait trop, pour un résultat des plus magnifiques.
"Moonchild" est quant à lui plus romantique et mélodiquement toujours exceptionnel. Les avis divergent quant à la longue improvisation qui suit, annonciatrice de certaines divagation futures mais ici tout simplement reposante émotionnellement... Le réveil est enfin grandiose avec "In the Court of the Crimson King" qui pour la première fois pourrait faire évoquer de loin un groupe connu auquel se raccrocher : les Moody Blues, en toutefois plus jazzy.
Cette première formation de King Crimson ne survivra pas à ce véritable traumatisme musical difficilement descriptible et se dispersera. Chacun des musiciens en gardera la trace indélébile et les reviviscences comme pour celui qui croisera un jour le cri d'un extra-terrestre.
Religionnaire 20/11/2005 avis:  |