2007 IN REQUIEM ... SOMBRE IDEAL...
Un peu à la manière d’une mise en abyme, procédé par lequel le tableau se retrouve dans le tableau, la photographie dans la photographie, la scène dans la scène, le nouveau Paradise Lost est un album affranchi de toute banalité. Sombre illumination dont les paysages bouleversés ne se cachent pas derrière des cris, ni des chuchotements, mais s’aventurent en déclamations, voix claires et refrains mélancoliques à l’accroche immédiate, si musicalement, In Requiem renoue parfaitement avec le riche passé du groupe, on notera avec plaisir que là où d’autres se seraient contentés d’avancer, Gregor Mackintosh tente, provoque l’inconnu, jusqu’à nous subjuguer dans le chaos.
Egalement deux évidences dans ce disque, sans aucun doute les plus remarquables de ce noir objet : l’amalgame réussi entre émotion et refrains catchy, ainsi que la recherche d’un point de rupture commun pour des atmosphères que tout oppose. Plus que jamais dépressif, plus que jamais gothique, Paradise Lost n’hésite cependant pas à durcir le ton lorsque le besoin s’en fait sentir. Qu’ils soient fiévreux, thrash, organiques ou sanguins, les titres ne refusent jamais l’assaut, dès lors qu’il s’agit d’explorer les recoins de nos âmes. Fidèle à l’ombre, comme à l’agression, Nick Holmes en est la voix. Cette voix polymorphe qui en un instant passe du doute à l’effraction de nos sens, et ce, le plus naturellement du monde.
Au niveau composition, si quelques traces du précédent album subsistent encore, le parallèle avec Draconian Times s’impose de lui-même, dès lors que l’on se laisse surprendre par le rapport intime créé par chaque pièce musicale. Non pas que les deux albums se ressemblent, mais parce qu’ils explorent les mêmes profondeurs. En fait, In Requiem est un album désespéré porté par une telle puissance, qu’il en devient émotionnellement déchirant. Impérial sur Never For The Damned ou poignant de lucidité sur Ash & Debris, Paradise Lost n’en oublie pas pour autant d’associer à ses titres, le lustre de quelques ornements ambiants, histoire d’éteindre définitivement toute velléité d’espoir. A ce titre, Praise Lamented Shade accapare l’obscurité et la noirceur comme nul autre.
Au regard du travail accompli en pratiquement deux ans, difficile de penser à un prochain album, tant celui-ci frise la perfection. Véritable achèvement, sombre idéal, In Requiem symbolise à lui seul les presque vingt ans de recherche d’un groupe qui, sans ne jamais rien céder aux modes, a toujours su concilier dans son travail, modernité et détresse absolue. Que se soit en faisant référence au titre de clôture, Your Own Reality, soit en passant par le détail, le durcissement naturel de ses guitares, le choix d’une rythmique plus acérée ou bien la présence d’éléments issus de la dark wave, ce disque ne ressemble à aucun autre, mais nous est tellement familier qu’il en devient indispensable.
Starchild 20/06/2007 avis:  |