1976 HOTEL CALIFORNIA ... GOÛT DE LUXE...
Il y a parfois quelque chose d’obsessionnel à vouloir systématiquement trouver une explication à certaines pochettes de disques. Ainsi, du moulin à eau de Mapledurham de Black Sabbath à l’imagerie associée à l’univers de Michael Jackson, en passant par le parterre de célébrités figurant sur le Sgt Pepper des Beatles, si nombre d’albums ont vu leurs visuels faire parfois l’objet d’interprétations délirantes, il en est certainement un qui, au-delà de sa qualité musical intrinsèque, a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de certains spécialistes en décryptage exotique: Hotel California. Réussite de tous les instants, si cet hôtel aux couleurs musicales multiples cache derrière sa façade une tout autre réalité que celle affichée sous ses accords de guitares, il en va tout autrement concernant une pochette qui n’a d’autre but que de symboliser cyniquement un certain art de vivre à la mode californienne.
Bien qu’il soit confirmé que sur la photo de couverture, il s’agisse en fait du fameux Beverly Hotel, également connu sous le nom de Pink Palace, dans lequel nombre de stars hollywoodiennes viennent se ressourcer à l’occasion, c’est pourtant encore avec un certain amusement que l’on se laissera distraire par l’étrange et parfois pathétique cortège de légendes qui a pu être associée à ce cliché hispanisant. Eglise abandonnée, loge personnelle de Satan, asile de fous ou repaire d’Aleister Crowley, si pour les chasseurs de fantômes les plus classiques, le territoire reste largement balisé. Pour les experts en ombres et silhouettes, la cause est loin d’être entendue. Car, que penser de cette forme se détachant de l’encadrement d’une fenêtre, sinon qu’elle soit une émanation du Malin. Et qu’en est-il de cet autre succube aperçu au balcon, bras ouverts en signe de rassemblement, si ce n’est que le monde à déjà basculé dans la schizophrénie.
Sans se douter une seconde des traitements auxquels seront soumis musique et illustration, c’est en jouant de paradoxe, en s’essayant à démontrer la fatuité de l’american way of life, tout en nous entraînant vers la freeway la plus proche, idéalement jalonnée de morceaux d’un rare opportunisme rock, que les Eagles vont composer ce qui reste à ce jour, un album d’anthologie. Disque unique, voué à survivre à la nuit des temps, Hotel California ressemble à un rêve poudré auquel on aurait fait croire à un paradis perdu. Beaucoup moins country que par le passé, beaucoup plus rock, assumant balades FM, comme l’occurrence d’une pointe de reggae, rarement aura-t-on rencontré autant de compositions touchant aussi finement à l’essentiel. Et si, n’hésitant pas à s’engager sur le sentier du génocide indien, ni à surfer sur la mélancolie du temps passé, le groupe explore à son maximum les éclaircies ponctuant ses frasques cocaïnées, on aurait vraiment tord de bouder le plaisir procuré par d’aussi belles métaphores désabusées sur le rêve américain.
L’arrivée de Joe Walsh au sein du groupe n’est sans doute pas étrangère au succès de cet album. L’ex James Gang, connu et reconnu pour la qualité de son jeu, comme pour sa technique en slide, s’impose ici comme un élément essentiel de l’aventure Hotel California. En conjuguant sa sensibilité avec celles, visiblement plus classiques, de Glenn Frey et Don Felder, Walsh ouvre de nouvelles perspectives à la musique des aigles. Et c’est tout naturellement que son implication sur Victim Of Love, ainsi que ses échanges avec Glenn Frey, sur Life In The Fast Lane, viennent s’ajouter aux autres très belles séquences de ce disque. Néanmoins, c’est par ses ballades que le séjour dans ce palace inquiétant de vérité vaut le détour. Plus particulièrement à la faveur de deux de celles-ci : New Kid In Town, qui ne souffre aucune comparaison avec Hotel California, et The Last Resort sur laquelle la voix de Don Henley touche à l’absolu.
Avec ce disque, les Eagles ont composé l’album plus que parfait. Irrésistible, non seulement parce qu’il ressemble à ces panoramiques de grands espaces, à tous les couchers de soleil et horizons lointains que nous renvoie le mythe américain. Mais surtout, indispensable, lorsque l’on prend le temps de le regarder droit dans les yeux.
On a dark desert highway, cool wind in my hair...
StarChild 24/04/2008 avis:  |