HATFUL OF HOLLOW, OU LA COLLECTION DIFFERENCIEE
A la fin de l’année 1984, la renommée des Smiths atteint la Grande-Bretagne entière, le public réclamant sans cesse de quoi sustenter ses oreilles avides de sensations pop et de guitares rock. C’est ainsi, pour profiter de cette demande inattendue, que le groupe décide de publier, huit mois après leur premier opus, un album de compilation : Hatful Of Hollow. Rassemblant des séances éparses de l’année précédente, ce disque présente un éclairage différent de la musique des Smiths, sans pour autant être bouleversant ou révolutionnaire. Les fans ainsi que le groupe lui-même aiment à présenter cette compilation comme l’une de leurs meilleures œuvres, sans doute supérieure à leur disque éponyme. En effet, Morrissey et Marr ont toujours dénoncé la production de leur premier album comme faible et insuffisante ; il est probable qu’ils ont profité de l’occasion que leur offrait Hatful Of Hollow pour livrer une version plus personnelle de leurs titres déjà publiés. Néanmoins, il serait faux de voir cette compilation comme un The Smiths bis, tant les chansons proviennent d’origines diverses, avec un certain lot d’inédits et de faces B.
En premier lieu, on trouve ici des titres enregistrés pour l’émission de John Peel, sur BBC Radio 1. En effet, comme tout artiste anglais un tant soit peu novateur, les Smiths ont bénéficié du soutien du célèbre disc-jockey, à l’instar de David Bowie, T-Rex, The Cure, Joy Division ou encore PJ Harvey. D’autre part, un certain nombre de chansons proviennent d’un show radiophonique de David Jansen. Quelques autres sont des chutes de studio, ou proviennent d’EP’s ou de simples faces B. Pourtant, et on retrouve bien ici la force des Smiths, le disque ne semble absolument pas souffrir de cet assemblage disparate. A vrai dire, même si la plupart des morceaux présents ici ont déjà été publiés, on a l’impression qu’il s’agit d’un album à part entière, d’une œuvre nouvelle et parfaitement cohérente. La capacité du duo Morrissey-Marr à imprégner les compositions de leur personnalité, formant ainsi une continuité stylistique indéniable, constitue l’un des intérêts majeurs des Smiths.
Les titres déjà présents sur l’album éponyme présentent certaines différences : un peu d’harmonica par-ci, des basses plus proéminentes par-là, etc., sans que cela transforme fondamentalement les chansons. La production est peut-être un peu plus rauque, rugueuse, rêche, mais cela ne fait que souligner la sincérité inhérente aux morceaux. Les quelques inédits présents ici sont de qualité variable. These Things Take Time ou le single William, It Was Really Nothing montrent tout ce qu’on peut légitimement attendre d’une chanson des Smiths: mélodies précises, arpèges de guitare, section rythmique sèche et basique, voix aérienne et paroles marquantes. On remarque également la présence du fantastique How Soon Is Now ?, placé ici car il n’a été publié que dans certaines versions de Meat Is Murder. Ainsi, versions alternatives et obscurs b-sides se côtoient au sein d’Hatful Of Hollow, sans que jamais la force de persuasion et la continuité du disque n’en souffrent.
Sous une pochette comme toujours équivoque et élégante, représentant un jeune homme de l’entourage de Jean Cocteau, les Smiths prouvent à nouveau que leur talent ne souffre d’aucune limite. C’est avec plaisir que l’auditeur aborde cette série de seize titres, dont la plupart est certes déjà familière à ses oreilles, mais qui conserve pourtant toute sa beauté et son intérêt. Le choix des morceaux, comme toujours chez les Smiths, est très bien effectué ; les moments d’ennui, bien qu’inévitables, sont rares, et efficacement contrebalancés par de superbes sommets mélodiques et rythmiques. Ainsi, avec le recul, Hatful Of Hollow peut apparaître comme un pont jeté entre The Smiths et Meat Is Murder, entre un début accrocheur et un accomplissement altier, une pièce essentielle de la discographie d’un des groupes britanniques les plus marquants.
Ulyssangus 31/05/2008 avis:  |