Jeff avait une voix à faire mouiller un congrés de Carmélites. Et le visage qui allait avec. Trop doué, trop de talent et si peu de temps... Jeff avait la même solitude que son père chevillée au corps, de celle qui fait mourir avant l'age mais qui est inévitable lorsqu'on veut accéder à un état artistique ou la création devient presque spirituelle. Une sorte de retraite mystique qui te retire à la vie bien plus surement que les remous d'un grand fleuve...
Cet album est un testament. Les ultimes lignes d'un gosse trop vite grandi sous les feux d'une rampe qui mène à rejoindre les grands ainés avant l'heure. Un testament ou il nous lègue son mystère, mélange de nostalgie et de sanglots de joie ou l'imaginaire l'emporte sur la banalité de l'existence. Un deuxième album posthume mais pas nécessaire ne fera qu'accréditer l'exception de ce premier en état de grace qui pose Jeff au panthéon des créateurs d'émotions qui ont brillé peu de temps parce qu'ils brillaient plus fort que les autres. Il y attendra à son tour Léonard Cohen à qui il a si joliment emprunté une chanson prémonitoire, un "Hallelujah" envouté, symbole fort de cet album si plein, symbole enfin du parcours quasi messianique de ce surdoué mort à 31 ans, l'age ou d'autres se réveillent à peine de l'enfance.
Papagallo 22/01/2005 avis:  |