C’est au sommet de la gloire que Gene Clark quitte subitement les Byrds, début 66. Si l’on invoque comme raison majeure sa hantise de l’avion, l’homme est surtout rompue par le stress. Suite au succès de "Eight Miles Eight", les Byrds commence en effet à devenir énorme. Pourtant, Clark est à cette époque-là le compositeur principal du groupe (et quel compositeur!), quand les autres se chargent de la musique globale du groupe, de ce son estampillé Byrds. Après s’être remis de cette pression - en fait, il vécut en autarcie, alité, pendant 3 mois -, il s’entoure de musiciens avec qui il ne conclue rien de probant en studio comme en concert. Finalement, il rappelle 2 session man de "Mr. Tambourine Man" et la section rythmique des Byrds, à savoir Chris Hillman et Michael Clarke ainsi que d’autres musiciens qui participe épisodiquement à la confection des morceaux du natif du Missouri. Les frères Gosdin, Vern et Rex, feront les cœurs de l’album et seront pour une raison obscur mis en avant sur le titre du disque. En tout cas, une chose est certaine: c’est bien le premier album de Gene Clark (ils composent tous les titres) et non celui d’un groupe.
Pour l’ex-Byrds, clairement, en 67, les maîtres à atteindre sont les Beatles et non son ancien groupe dont il fut jadis le leader. Mais il reste aussi influencer par le jingle-jangle des Byrds (et donc à Dylan) et montre son attachement à la sunshine pop (ou pop baroque) des Beach Boys ainsi qu’à la country. Gary Usher, futur leader de Sagittarius, groupe archétype de la pop baroque, est d’ailleurs ici le producteur de quelques titres. Pêle-mêle, on retrouve un peu de tout ceci, le coup de génie venant d’"Echoes", tentative réussie de composer une pocket symphonie tel que la bande de Brian Wilson la concevait si délicatement en 66 avec, au hasard, "God Only Knows". C’est un chef d’œuvre de pop complexe, pastorale, sensible, magnifiquement orchestrée, qui hante, qui émerveille à chaque fois. Les paroles sont également une tentative d’égaler la poésie abstraite de Dylan. Là encore, l’élève dépasse le maître. "On the streets you look again/ at the places you have been/ or the moments that you thought/ where am i going/ though the walls are like the dead/ they reflect the things you’ve said/ and the echoes in your head/continue showing" dit Clark d’un voix bouleversante avec cette mélodie intense et l’élégance en plus que n’a pas Dylan.
D’entrée, le sommet de l’album est déjà atteint. La suite ne devait pas toucher à ces mêmes instants de beauté pure. En revanche, le niveau ne baisse pas. "So You Say You Lost Your Baby", déjà, pop-song idéal, avec ses cordes jamais mièvres, ensuite les superbe country "Tried So Hard" et "Keep on Pushin’" qui préfigurent les fulgurances de Dillard & Clark. Le reste hésite excellemment entre le folk-rock des Byrds de "Mr. Tambourine Man" et "Turn! Turn! Turn!" et la pop léchée des Beatles de "Help!" et "Rubber Soul" avec toujours une touche country agréable. Dans ce registre, c‘est l‘époustouflant "I Found Out" qui assure le coup.
Gene Clark with the Gosdin Brothers n’est donc pas l’album d’une seule chanson mais un excellent et riche premier opus qui, s’il n’est pas un modèle d’unité témoigne d'une vrai science du song-writing et de la mélodie accrocheuse ou rêveuse. L’artiste, dans chacune tentative de trouver son propre style, réussit son coup: la country-rock embryonnaire ("Tried So Hard"), la pop baroque ("Echoes" bien sûr mais aussi "So You Say You’re Lost Your Baby" et "The French Girl") et la pop anglaise matinée de country et de folk-rock ("I Found You", "Think I’m Gonna Feel Better"…). Publié sous le titre Echoes en Europe, l’album s’enrichit de 2 bonus tracks, "The French Girl", superbe reprise du duo de folk canadien Ian & Sylvia avec une pointe de baroque toujours bien venue, et "Only Colombe", mal produite mais brillante tout de même. La réédition de 2007 offre en ajout différentes versions toutes impeccables de "Tried So Hard", "Elevator Operator", "So You Say You Lost Your Baby" et "Is Yours Is Mine".
Le drame de cet album, finalement, c’est qu’il sera publié simultanément avec Younger Than Yesterday, l’album de l’ancien groupe de Gene Clark (qu’il a d’ailleurs rejoint le temps d’un concert en l’absence de David Crosby) et sur le même label, Columbia. Les ventes de Gene Clark with Gosdin Brothers sont minimes et c'est le chef d’œuvre des Byrds qui emporte la mise. Triste revers pour leur ancien leader dont le premier album est simplement passé aux oubliettes de l'histoire du rock. Injustement.
Macca 07/07/2008 avis:  |