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The Stooges - Fun House - 1970


Genre : Pré punk/Rock garageTraductions et paroles :     Sur la Coccinelle Du Net

©Warner
1Down on the street
2Loose
3T.V. eye
4Dirt
51970
6Fun house
7L.A. blues





Avis de la rédaction :
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FUN HOUSE, OU LES STOOGES DANS LA MAISON DES PLAISIRS

Difficile de s’avouer amateur de punk, voire même de rock en général si l’on ne connaît les Stooges. Ce groupe d’Ann Arbor, dans le Michigan, constitue ni plus ni moins que l’une des sources du punk, son péché originel en quelque sorte. En trois albums studios aussi courts et brutaux que l’éclair, les Stooges marquèrent durablement la musique populaire américaine, bien que n’ayant récolté aucun succès commercial. L’affaire dégénéra, et le groupe disparut dans les volutes implacables de l’héroïne. Certains membres tentèrent de poursuivre l’affaire malgré tout, comme Iggy Pop, chanteur, qui parvint à un statut d’icône rock dégénérée, cité comme influence par tout showman digne de ce nom. L’essence des Stooges parut en 1970, sur un album intitulé Fun House.

L’on se sent désarmé devant la fulgurance provenant du disque. Dès le premier riff du premier titre, tout est dit.Down On The Street est une modèle de rock implacable, brutal, vicieux, préfigurant le punk mais aussi le heavy metal. Les soli traversent le titre dans un joyeux désordre, se fondant admirablement bien dans la rythmique glaciale de méchanceté. Iggy Pop tournoie au sommet, émettant des vocalises totalement possédées. L’auditeur est cloué dès le début, envoûté par la puissance de la musique. Et tout le disque est du même acabit. On se rend compte des progrès accomplis par le groupe depuis son premier album. Là où ce dernier était un ramassis de riffs puissants mais mal organisés, Fun House est une machine infernale réglée au millimètre. Les guitares rugissent d’une manière inimitable, d’une sauvagerie qui ne pouvait être concurrencée à l’époque que par les monolithiques riffs de Tony Iommi. Mais Black Sabbath était un groupe tourné vers l’oppression, la lourdeur ; les Stooges avaient pour objectif d’injecter le plus de violence possible dans le rock. Force est de constater que le parti a été tenu, et de quelle manière !

Il faut l’entendre pour le croire. La mélodie de I’m Loose rappelle le MC5 et Kick Out The Jams, dans une optique remplie d’une perversité poisseuse. TV Eye, quant à lui, bénéficie d’un riff d’une incroyable efficacité, simple, acéré, survolté. Les voix d’Iggy et le battement implacable des tambours de Scott Asheton font de ce titre une réussite de bout en bout, d’une puissance à couper le souffle. C’est alors qu’on se rend compte qu’un élément assez incongru a été rajouté à la formation initiale du groupe : un saxophone, joué par Steve Mackay. Il apporte une dimension psychédélique, voire free-jazz, à la pulsation basique du groupe, poussant de nombreux hurlements suraigus superbement adéquats. Le groupe, plein d’une arrogance méritée, semble se rendre enfin compte de ses capacités, livrant une inconcevable collection de classiques. Les guitares sont noyées de distorsion, la basse ronfle avec discrétion, surgissant de temps à autre pour livrer d’étonnantes mélodies, la batterie tient le tempo sans coup férir.

1970 apparaît comme la réplique du groupe à son titre 1969, tiré du premier album constituant une déflagration métallique ahurissante, traversée d’implacables bouffées de violence. Dirt est l’engeance qui se rapproche plus d’une ballade : un titre lent, au riff simple, séduisant. Cependant, le désir, le vice suinte de chaque note, chaque mesure. Ceci est dû à la mélodie troublante, au rythme souple, mais surtout aux admirables effets vocaux d’Iggy Pop. La guitare de Ron Asheton tisse des ambiances stupéfiantes, partant de riffs basiques pour s’élever en mélancoliques arpèges. La chanson-titre est également une réussite, emmenant l’auditeur téméraire dans une sarabande de près de huit minutes, touchant à la fois au jazz et au punk. Il faut également citer LA Blues. C’est assurément le titre le plus halluciné et hermétique de l’album. Il s’agit ni plus ni moins que d’une série de bruitages délirants, de hurlements terrifiés, de roulements décousus à la batterie, de couinements suraigus de saxophones, de feedback incontrôlé. Ce final halluciné clôt l’album d’une manière apocalyptique, laissant l’auditeur, même aujourd’hui, époque habituée aux insanités soniques de tous genres, abasourdi et pantois. Ceci préfigure les longues dépressions musicales qui surviendront durant la décennie 1970, au premier rang desquelles le Metal Machine Music de Lou Reed.

Fun House est un album indispensable à tous points, que ce soit pour l’intérêt historique, en tant que préfiguration du punk, ou pour la qualité de la musique. Rares sont les disques présentant une telle constance en qualité de la première à la dernière piste. Insoutenable par moments, ensorcelant parfois, brutal toujours, le second album des Stooges est un des meilleurs disques jamais produits par un groupe de rock. On ne peut qu’être subjugué devant sa beauté sauvage.

Ulyssangus  07/01/2008    avis



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