Propos introductifs à une œuvre progressive majeure
Un an après l’épique et sombre Section X (2005) (Kelly Sundown Carpenter, future Outworld, officiait alors au chant), Beyond Twilight nous revient avec « For the love of art and the making ». Finn Zierler (clavier et principal compositeur) avait marqué les esprits lors du premier album de Beyond Twilight, The Devil’s hall of fame (2001), une production de metal progressif basées sur de nombreux mid-tempos, aux sonorités lourdes et oppressantes, aux limites du Doom. Jorn Lande tenait alors le micro. Pour « For the love... », le chant est cette fois assuré par Björn Jansson de Tears Of Anger : sa voix est un bon compromis entre les intonations de Jorn et celles de Kelly.
Finn Zierler se révèle ici être un maître incontestable du metal progressif. Le danois est un adepte du métal direct et accrocheur. Il aime les ambiances sombres, émouvantes. Surtout, Finn Zierler a une véritable passion pour les compositions aux structures non-conventionnelles. Le grand talent de Finn Zierler est de mettre toute sa technique au service des ambiances sonores. On se rappelle d’ailleurs que pour « Section X », le bonhomme s'était livré à de biens étranges expériences : auto-séquestration dans un grenier, des plongées pendant des heures dans un lac gelé en pleine nuit… Brrrrr ! cela fait froid dans le dos.
Avec « For the love…», nous découvrons une œuvre magistrale qui porte en elle la nature même du progressif. Le point de départ est somme toute assez classique : un opéra metal construit comme un concept album sur le thème de la nature humaine, les sentiments, la vie, la mort, l’amour, la haine… Là où réside le génie de « For the love... », c’est la forme que prend cet opéra. En effet, Finn Zierler a eu la brillante idée de composer un seul morceau de 38 minutes subdivisé en 43 sections. La plus longue section dure à peine moins de trois minutes et les plus courtes, une petite dizaine de secondes à peine. Comme on peut s’en douter, cette très courte durée ne favorise pas du tout une écoute titre par titre. Ce n’est de toute façon, pas l’objectif ici : « For the love... » s’appréhende dans son entier. Malgré la diversité musicale des différentes sections, l’ensemble final donne une incroyable impression d’homogénéité.
Selon Finn Zierler, cet album a été conçu pour être écouté en lecture aléatoire. « For the love of art and the making » serait donc une œuvre protéiforme, changeante, qui s’assemblerait comme un puzzle pour aboutir au final à la même œuvre, mais assemblée à chaque fois dans un ordre différent. Cela demande une bonne dose d’imagination et une certaine aptitude intellectuelle et émotionnelle à déconstruire puis reconstruire. A chacun d’entre nous de faire nos propres expériences, à condition toutefois d’être déjà capable d’adhérer à la première mouture qui nous est proposée sur le CD. Cela est loin d’être évident.
De l’art de découvrir un chef d’œuvre
Il est parfaitement vain de vouloir présenter section par section, les quelques 43 subdivisions de « For the love… ». On peut en revanche donner quelques pistes à suivre pour appréhender l’œuvre du maître : d’une part une écoute attentive et répétée, dans le calme et d’autre part, une écoute de l’album dans son entier. Il faut bien le reconnaître, comprendre et apprivoiser un tel album n’est pas à la portée de n’importe qui.
La musique progressive est par essence, un courant musical reposant sur l’originalité des structures des compositions et « For the love… » par son découpage, est l’une des œuvres les plus abouties à ce jour. Le progressif se reconnaît également à la diversité des influences. Sur ce point, « For the love... » est un album très inspiré, riche de nombreuses sonorités : symphoniques et orchestrales (In The Eyes Of Medusa), une bonne dose de heavy (Sleeping Beauty) et de speed metal (Blackened In My Eyes), ambiances de musiques de films avec piano et violons : « Creep Evil » et « Past the magic part I & II » font étrangement penser aux B.O. de Danny Elfman (MIB I&II, L’ensemble des films de Tim Burton…). On trouve également des touches de rock progressif, néo-prog, un soupçon de Doom… Enfin bref, c’est un véritable panel que nous livre ici Beyond Twilight.
« Une incroyable impression d’homogénéité » certes, encore faut-il être en mesure de percevoir l’unité d’un tel chef d’œuvre. Une création comme « For the love ... » ne se digère certainement pas dès la première audition. Basée exclusivement sur le ressenti et les émotions, ce n’est qu’au fur et à mesure d’écoutes successives que le génie de cet album se révèle à nous. Mais une telle révélation se mérite, parce qu’il faut bien avouer qu’en se bornant à une écoute superficielle ou pire, en diffusant « For the love ... » comme une musique de fond, l’attention du simple auditeur sera bien attirée par quelques unes des sections vraiment captivantes de l’album (Temptation ou encore Autumn for message par exemple), mais l’homogénéité de « For the love ... » n’apparaîtra pas si évidente que cela en dépit d’une évidente richesse musicale (trop peut-être ?).
« For the love ... » est, en quelque sorte, un exercice de style qui a réussi le prodige de devenir une œuvre magique, un chef d’oeuvre du métal progressif. Bienheureux l’auditeur qui acceptera de dépasser la confusion qui résulte des premières écoutes de « For the love ... » car alors, de grands moments et d’intenses émotions s’offriront à lui.
Kanart 28/02/2007 avis:  |