Après l’échec de son premier album solo, Gene Clark rompt avec Columbia et entame une collaboration avec le label A&M. Il s’associe alors avec un virtuose du banjo Douglas Dillard, leader du groupe country The Dillards avec qui il avait déjà confié une séquence sur "Keep On Pushin’" sur son premier album, ainsi qu’au guitariste compositeur Bernie Leadon (futur Eagles) et d’autres pointures des studios. Tout ce beau petit monde sous le pseudonyme de Dillard & Clark. The Fantastic Expedition Of Dillard & Clark (Octobre 1968) est le premier des deux albums de ce groupe venue réanimé le fantôme country. Un véritable retour aux sources s’opère en effet, désamorçant le mouvement psychédélique débutée en 65, qui, déjà, s’essouffle après 2 ans de liberté revendiquée. L’influent Bob Dylan, avec "John Wesley Harding", est une fois de plus le chantre-malgré-lui de cette génération désirant retrouver certaines valeurs d’antan. Dylan n’est bien sur pas le seul à faire du folk-country à cette époque mais le premier qui, parti du rock, a ressenti le besoin d’un retour en arrière vers ses racines. En s’entourant de cette façon, Gene Clark fait en quelque sorte de même, bien qu’il n’était jamais complètement tomber dans la pop ambiante.
La paire Gene Clark/Bernie Leadon qui signe la plupart des titres se révèle là comme le digne descendant des folk-mans américains. Mais il y ajoute sa grâce, son élégance et une certaine mélancolie - de toute évidence, des deux, Gene Clark est le véritable instigateur des compositions. Les sublimes "Out On The Side", "Don't Come Rollin'", "Train Leaves Here This Mornin'", "With Care From Someone", "Something's Wrong" confirme cette état de grâce dans lequel semble plongé le song-writing du duo, criant de vérité et d’humilité. Gene Clark, à la fois sensible et rigoureux, n’a peut-être jamais aussi bien chanté. Il faut seulement entendre ces paroles solennels, brillantes, déclamées fièrement avec l’authenticité du troubadour habitué à parcourir les terres d’Amérique: "I lost ten points just for bein` in the right place at exactly the wrong time". Nous sommes ici devant l'un des plus efficaces folk-song jamais enregistré.
Les sublimes arpèges de guitares de Bernie Leadon percent tous les cœurs, en particulier vers la fin d'"Out On The Side", définitivement un des plus belles chansons que Gene Clark ait jamais composé. Encore sur la clôture de la superbe ballade "Why Not Your Baby", les cordes célestes et le banjo provoquent des émotions rarement ressenti. Ou quand la country devient soudain quelquechose de magique... Le fiddle (sorte de violon) déroutant du dénouement de "Something's Wrong" lui aussi transcende la chanson. Ce groupe avait vraiment l’art de la chute, en atteste encore "Don’t Be Cruel", petit rockabilly sautillant concluant l’album sur une note dansante. Juste pour la route.
La virtuosité des musiciens est un élément vraiment appréciable, jamais racoleuse ni démonstrative mais toujours dense et limpide. Si Doug Dillard est simplement époustouflant au banjo, citons également la présence de Peter E. "Sneaky Pete" Kleinow à la pedal steel et du génial Chris Hillman au mandolin (guitare italienne au son extrêmement cristallin), tout deux futurs membres du Flyin’ Burrito Brothers de Gram Parsons. Le groupe s’illustre alors aussi bien dans le country la plus élégante (la majeur partie de l‘album), le bluegrass bien sentie ("Git It On Brother" de Lester Flatts du groupe Flatt & Scruggs), le folk-rock majestueux ("Out On The Side") ainsi que le rockabilly (la reprise d’Elvis Presley "Don’t Be Cruel") toujours avec une dextérité incroyable pour faire de cette opus finalement un sorte de condensé idéal de la musique traditionnelle américaine.
Cette expédition, fantastique sûrement, est une sorte d'élévation vers un absolu, un désir d’ascension, presque divin diront certains, chose dont on ne s'étonne pas concernant ce genre mais dont on avait rarement entendu les résultats sur bande. En d'autres termes, la country rebute car c'est un genre trop terre-à-terre, ici, elle s'élève vers le sublime. Cet album à la beauté souveraine reste une porte d'entré idéal pour quiconque désire s'initier à ce genre sans trop prendre de risques inconsidérés.
"The Fantastic Expedition Of Dillard & Clark" s’annonce comme le renouveau du country dans une mouture plus disponible, plus représentative de l’époque (d'où l'appellation "country-rock"). Il n’y a probablement qu’un seul autre album qui symboliserait cette renaissance et c'est "Sweetheart of the Rodeo", sorti quatre mois plus tôt, des Byrds de Gram Parsons. Comme Dillard & Clark, ce dernier réussit à moderniser ces country-song tout en conservant une certaine tradition. Il avait fait forte impression sur Gene Clark.
Macca 07/07/2008 avis:  |