Les détracteurs de Cradle Of Filth se plaisent à traiter ce groupe britannique de beaucoup de choses ; poseurs, vendus et tapettes sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent. Cependant insulter Cradle Of Filth c’est s’opposer à la colère des farouches opposants de l’élitisme metal (qui ne se gênent pourtant pas pour salir Linkin Park !). Quoi qu’on en dise, je tiendrai toujours Cradle responsable d’une des choses les plus horribles qui ne soient jamais arrivées au heavy-metal : avoir rendu le mythe de la comtesse Bathory irrémédiablement gay.
Lorsqu’en 1982, Venom, sur son mythique album Black Metal intitula une chanson « Countess Bathory », ce n’était que le début d’une longue fascination pour l’aristocrate slave dans le monde du metal. Chaque groupe y allait de sa petite chanson : Bathory avec « Woman Of Dark Desire », Tormentor sur « Elizabeth Bathori »… Mais aujourd’hui, à cause du second album de Cradle, la comtesse ne pourra plus être associée qu’avec une demie douzaine de rosbifs aux manières de tapettes et à leur leader, un nabot androgyne à voix stridente. POURQUOI ?
Vous l’aurez compris, Cruelty And The Beast est un concept album sur Elisabeth Bathory, comtesse sanglante se baignant dans le sang de vierges pour rester éternellement jeune etc. etc. Dani Filth, frontman, parolier et insupportable hurleur du groupe, soudain pris d’une boulimie d’écriture (ainsi que d’une sacrée bosse dans pantalon) se mit un jour dans la tête de s’attaquer à un projet peut être un peu trop gros pour lui. Forts de leur statut de gros vendeurs du metal extrême avec le succès de leur (seul) chef d’œuvre Dusk And Her Embrace, qui jouait déjà avec les fantasmes de nos amis les mîmes (romantisme sombre et tout le tralala), les membres du combo anglais s’attelèrent donc à la composition de leur ambitieux album.
Construit dans l’idée d’une symphonie, ode à la comtesse, Cruelty And The Beast est pour le groupe une tentative de tutoyer les sommets. Production énorme, esthétique développée (‘Nous sommes des libertins ! Nous lisons Sade ! Raaaah !’) une bombe italienne pour la pochette, un livret chargé de paroles joliment écrites par maître Dani, ex-étudiant en lettres… Il ne manque qu’une seule chose : l’âme. Franchement, la chanson de Venom était sous produite, pas du tout technique et les paroles étaient plutôt simples mais elle envoyait à mort. Avec Cradle, je n’ai jamais eu le courage de lire les textes en entier, c’est mignon, il y a plein de mots compliqués mais franchement, le mythe avait-t-il besoin de tout cela ? Même la pièce ‘épique’ de onze minutes « Bathory Aria » et ses quatre actes est chiante à mourir… Alors évidement il y a le génial « The Twisted Nails Of Faith » et son final grandiose qui me donne toujours autant envie d’enfiler une veste XVIIIe, de prendre une canne et d’aller chasser la donzelle à la nuit tombée et quelques titres sont de bonne facture (« Beneath The Howling Stars », « Thirteen Autumns and a Widow », « Cruelty Bought Thee Orchids ») mais franchement, quand on le compare à son prédécesseur, qui, sous ses autours intimistes se révélait diablement prenant, Cruelty And The Beast est une déception.
La symphonie est bancale et malgré tous leurs efforts, Dani et Cie n’ont pas pu cacher ce son de batterie irritant, presque aussi irritant que la voix stridente de Dani, souvent trop présente qui sont tels des disgracieuses pustules sur la peau pâle de la comtesse.
Cruelty And The Beast se vendra cependant plutôt bien, se reposant sur un petit set de bonnes chansons suffisamment efficaces pour séduire le public et bien sur, sur l’aura qui entoure les albums concept. La popularité du groupe en sera multipliée et il percera ainsi parmi les formations quasi mainstream du metal, un fait étonnant, le chant étant tout sauf accessible.
Bien qu’il est souvent considéré comme le meilleur album de Cradle, le troisième effort du groupe reste pour moi un album sympathique mais moyen.
requiem 09/02/2006 avis:  |