2000 BRUTAL PLANET ...TRAUMA...
Après nous avoir soumis à la tentation, fardé de mauvaises intentions, Alice Cooper revient sur le devant de la scène pour nous parler du purgatoire. Plus précisément, de ce quotidien auquel nous sommes tous confrontés et dans lequel même les églises brûlent. Cette fois-ci, prophète en son temple, jamais en retrait lorsqu’il s’agit de commenter la folie d’un monde qui coure droit à sa perte, l‘opportuniste lâche la bride de son cynisme au travers d’un album concept, dont la couleur industrielle ne doit rien à la mode. Ainsi, en associant cette nouvelle carnation à son rock, c’est d’actualité dont il va être question. Plus précisément, de l’échec de l’ensemble des systèmes qui nous gouvernent et qui, les uns après les autres, nous entraînent irrémédiablement vers le désastre. Sans se voiler la face, ni espérer de miracle, avec juste ce qu’il faut de noirceur pour en étayer le propos, Alice nous confirme l’évidence. A savoir que notre planète est brutale, mais surtout, que l’enfer y a définitivement trouvé sa place.
Sans conteste, le plus saisissant chez notre homme de spectacles, reste cette faculté d’adaptation à toutes les modes, comme toutes les époques. D’aucuns s’en souviendront, même au plus bas de son indice santé ou de popularité, les deux n’ayant pas toujours convolé de paire, Alice s’est toujours converti sans jamais vendre son originalité, et encore moins son âme. Parfaite illustration de ce désir d’exister tout en donnant le meilleur de soi-même, ce Brutal Planet a pour fonction connexe, en plus de pointer son doigt vers le futur, de nous rassurer sur le niveau créatif d’un artiste hors norme. Ainsi, en s’appropriant la matière électronique, si l’archange du shock rock nous prouve qu’il n’a strictement rien perdu de sa science du théâtral, aucun doute ne subsistera sur son implication après avoir été transpercé par Take It Like A Woman. En osant fondre l’intime à la haute technologie, tout en nous ouvrant au tragique, à ce drame tant redouté d’une humanité en voie de disparition, Alice rassure, assume et signe.
Riche en thèmes, troublant par ses froides rythmiques, Brutal Planet est à l’image de l’état d’esprit de son auteur : varié, intense et juste assez pessimiste pour ne pas tomber dans le piège du copier coller. Cependant, si musicalement l’album peut être désigné comme l’un des plus sombres d’Alice Cooper, c’est au travers de ses textes que le futur fait froid dans le dos. Soulignés par une basse et des guitares en mode traumatique, portés par la batterie implacable d’Eric Singer, tandis que des titres tels Gimme ou l’évocateur Wicked Young Man n’hésitent pas à bousculer le sacré de leurs inquiétants desseins, c’est encore une fois, une galerie de portraits alignant, tueur adolescent, voleur d’âme, voire collectionneur dérangé, qui nous interroge immédiatement sur les déviances du genre humain. Particulièrement à l’aise dans ce type d’exercice, tantôt sobre, tantôt cinglant, on notera avec quelle facilité notre Mister Nice Guy y jette sa voix blessée de mille luttes, quitte à en faire l’enluminure du malheur.
Régulièrement présent lorsqu’il s’agit d’en rajouter au niveau pessimisme ambiant, Alice Cooper reprend son bâton de pèlerin caustique, sans hésiter à colorer son rock de quelques éléments de synthèse. Nouvelle alchimie aidant, Brutal Planet est une véritable réussite et rappelle à ceux qui avaient laissé l’artiste pour mort, qu’Alice Cooper est un animal à plusieurs vies.
StarChild 21/07/2008 avis:  |