Propulsé par sa mise en scène de la magie noire et par un premier album enthousiasmant, Black Widow semble en mesure d'accéder rapidement à un succès international massif. A l'instar de son faux rival Black Sabbath, le groupe délaisse l'occultisme pour son second album. Ce qui peut alors être considéré comme une décision raisonnable, un laisser passer pour conquérir un public plus large, s'avère également être une prise de risque non négligeable. Ce théâtralisme scénique morbide et les préoccupations sataniques associées ont en effet permis à Black Widow de s'extirper de l'anonymat et rien ne prouve que le groupe soit encore suffisamment installé pour se reposer uniquement sur sa musique, aussi savoureuse soit-elle. Quoi qu'il en soit, une telle audace doit impérativement être assortie d'une solide performance musicale.
Hélas, cet album éponyme est très décevant. Après avoir mis de coté ses orgies démoniaques et autres sacrifices de jeunes vierges, les musiciens délaissent toute la sophistication qui rendait leur musique si envoutante. Black Widow devient alors un groupe banal, oscillant entre un hard rock rudimentaire, prévisible et des escapades acoustiques hasardeuses et maladroites. Que ce soit par la douceur ou la lourdeur, la sorcière ne parvient à attirer l'attention de façon durable, même avec un riff aussi prometteur que celui de "Tears and Wine", ce dernier ne tardant à s'embourber dans d'insipides digressions blues-rock ou jazzy. "The Gypsy" qui s'annonce de façon similaire aux délices acoustiques de l'album précédent, emprunte rapidement la même voie avant de laisser la place à une triste salve de titres médiocres dont la seule qualité est de savoir se faire oublier immédiatement. Au sein de cette pauvreté mélodique généralisée, il est tout de même possible de sauver "When My Mind Was Young" et de le proclamer comme l'un des trop rares sursauts d'inspiration parsemant cette reconversion ratée.
Un pacte avec le diable ne saurait être rompu sans sacrifice. Black Widow y laisse son âme, son inspiration et n'a ainsi plus grand-chose à offrir à son public si ce n'est lui donner l'impression, par ce médiocre Black Widow (1971), qu'il s'est fait entourlouper.
Religionnaire 02/07/2008 avis:  |