Le metal progressif suédois de Pain of Salvation est à l'évidence l'un des plus intéressant de ces dernières années. Jouant subtilement sur les contrastes avec ses influences multiples, le groupe de Daniel Gildenlöw n'est pas des plus faciles d'accès mais acquiert tout de même en quelques années une réputation qui s'apparente à celle d'un groupe comme Tool . C'est surtout à partir du Remedy Lane de 2002 que Pain of Salvation peut enfin s'affirmer comme une alternative plus qu'intéressante à Dream Theater pour l'amateur de metal progressif du troisième millénaire. Et comme après chaque succès, l'album suivant est attendu au tournant.
Il semble cependant s'être passé quelque chose dans la tête de ce fameux leader du nom de Daniel Gildenlöw. Quelque chose de fréquent chez nos amis du progressif et que les puristes du genre pourraient appeler une légitime recrudescence d'ambition. Ce que l'on peut observer ici chez ce Daniel Gildenlöw s'apparente plus à une décompensation maniaque chez un paranoïaque avec son cortège de manifestations qui dépassent largement mes considérations pourtant larges du "légitime". Ce que l'on peut aussi voir comme une illumination doit donc selon se retranscrire musicalement, dans un album concept. Ce concept concerne en gros les rapports entre Dieu et l'Homme à travers des thèmes fréquemment observés en cas d'éclosion délirante maniaque : grandeur, filiation, mysticisme, ésotérisme et j'en passe. Il est quasiment impossible de faire face à de tels troubles sans des connaissances et un équipement thérapeutique adapté. Ainsi, les autres membres du groupes sont logiquement et inévitablement submergés par cette bouffée créatrice illuminée et n'ont d'autre choix que de s'écraser tout simplement.
Daniel Gildenlöw prend alors rapidement le contrôle totale de la situation. Au niveau des crédits, c'est impressionnant : il est non seulement multi-instrumentiste, mais aussi crédité pour le programmation, les effets sonores, le sampling, le mixage, les arrangements, le mastering, les textes, le concept, l'histoire, les photos, la pochette etc. La dictature est en marche. L'argument majeur en faveur du caractère hautement pathologique de ses troubles réside bien sur dans le résultat proprement musical de ce projet. Une écoute suffit pour constater à quel point ce concept a pris le pas sur la musique. Be est un album "sans chansons", constitué uniquement ou à de rares exceptions près d'interludes plus ou moins musicaux. La fuite des idées se retrouve autant au niveau des textes que dans la musique avec une absence totale de cohésion entre ce que l'on a du mal à appeler des "titres"...
On trouve tout de même quelques passages agréables qui semblent marqués par le retour d'une certaine lucidité. Le très médiéval "Imago", le très beau "Pulvius Aestivus" avec ses 5 minutes de piano ou encore le re-médiéval "Martius/Nauticus II" (si l'on a la patience d'arriver jusque là) s'avèrent quasiment être des "titres" à part entière, et de plus réussis. Pour le reste, ce sont des sonorités plus ou moins musicales, plus ou moins dispersées, parsemées de textes plus ou moins narrés, et dont l'intérêt est quasi-nul. Nul besoin de rajouter que ce genre de prestation n'arrange pas la réputation de la musique progressive, et que de nombreux artistes en refusent aujourd'hui l'étiquette...
Au final, il n'y a pas de soucis à se faire pour notre Daniel Gildenlöw car d'une part, il y aura toujours une flopée de puristes extrémistes pour glorifier cet album inconsidéré, et d'autre part, l'histoire nous a déjà prouvé les bénéfices entrainés par de tel troubles. En effet d'autres sont déjà passé par là, notamment Peter Gabriel et Roger Waters. Be semble donc être le début d'une carrière solo contestable mais prometteuse n'est-ce pas?
Religionnaire 13/04/2006 avis:  |