Le cycle des vents était sensé s'étendre sur cinq albums mais Elend a décidé de rompre prématurément le charme, le groupe boucle la boucle dès le troisième volet et à l'écoute de cet ultime méfait on comprend mieux pourquoi. L'ensemble franco-autrichien pose très sérieusement la question de l'extrémisme musical, y répond en livrant une galette qui marquera l'histoire de la musique, tout simplement.
Elend brode sa toile autour d'un concept poétique et intelligent, aux influences plurielles. A l'instar de la Divine Comédie de Dante, la narration suit le schéma typique du saint descendu dans les tréfonds de l'enfer en qualité de témoin. Edulcoré de références à la mythologie grecque, de clins d'oeils à l'univers concentrationnaire, le tout est récité d'une voix désincarnée qui évoque facilement un Tchéky Karyo en mode psychopate. Le travail effectué autour du texte est simplement bluffant et participe à l'édification de ce monolithe de la musique moderne.
Monolithe indescriptible, ménage à trois trash et immoral entre musique contemporaine, noise et textures industrielles, A World in Their Screams nous met à l'épreuve, frappe les oreilles chastes à grand renfort de burin, armé de son petit orchestre il peint la toile de ce que sera le monde de demain: un vaste charnier où plane l'ombre persistante de Modest Mussorgsky; le tintement des triangles reproduisent à merveille le son des M-16 (“A World in their Screams”) tandis que les violons évoquent les éclats de shrapnels (“Je Rassemblais tes Membres”) entre deux hurlements d'une humanité mortellement touchée (le terrifiant “Borée”). Derrière cette masse un conte se développe, l'observateur relate les faits avec une précision chirurgicale.
La tension ne cessera de monter jusqu'à atteindre son pic sur “Borée” avant de reculer comme une mauvaise marée, laissant le spectateur contempler le champ de bataille une dernière fois (“La Carrière d'Ombre”) avant de clore le récit. Viens car tel est ton royaume. Le témoin revenu de son pèlerinage à rapporté en lui un morceau de cet enfer qu'il fuit et ce dernier se propage déja dans le réel. La conclusion est aussi amère que le voyage.
Elend réussit à brosser avec une facilité déconcertante le tableau d'un XXIème siècle mort-né, avec la violence qui convient à ce genre de scène. Fort d'une poésie déclamée d'une beauté rare et d'un orchestre rompu à l'exercice du crescendo de l'extrême, A World In Their Screams offre un périple fascinant au cimetière de la morale.
Melmoth 11/07/2008 avis:  |