1992, la popularité de Faith No More est à son apogée, le nouvel album tant attendu est imminent, tout cela grâce à un seul homme: Mike Patton. Jeune californien, devenu le nouveau chanteur du groupe pour ‘The Real Thing’, sorti en 1989. Or, à son recrutement, la composition de cet album était le premier saut dans le grand bain. Deux semaines, c’est ce qu’il faudra au jeune bougre pour écrire cet album qui reste encore aujourd’hui le plus grand succès commercial du groupe, avec près de 2 millions de copies vendues à l’époque, notamment grâce à MTV qui passait en boucle le clip de « Epic ».
Entre-temps, le chanteur de FNM revint à son premier amour, Mr Bungle. Le succès de ‘The Real Thing’ permit à Patton de faire signer son projet expérimental sur une Major, Warner, sur qui était Faith No More bien évidemment. Le succès est important, mais, pas le temps chômer, FNM n’attend pas!
C’est alors que sort Angel Dust, un véritable tournant dans la carrière du groupe. C’est à ce moment précis que les tribulations de Mickey avec Mr Bungle vont sérieusement déteindre sur les compositions de ce groupe de Fusion (si l’on peut dire, parce que je n’aime pas utiliser ce terme, je trouve qu’il n’a pas réellement de signification).
Les premiers révélateurs sont, sans aucun doute, les différents singles de l’album. Tout d’abord, Midlife Crisis, qui reste une des chansons les plus populaires et appréciées du groupe, on sent qu’ils se laissent plus aller, que ce soit au niveau des parties de guitare de Jim Martin, au niveau du chant de Mike Patton, qui utilise plus amplement sa palette vocale (variant beaucoup de ton ou de manière de chanter, il utilise bien plus souvent un phrasé rap qu’avant), Roddy Bottum aux claviers aussi change un peu de position dans les compositions, il est bien plus utilisé, tout comme les effets en tout genre que Patton affectionne tant. Au final, leur style est plus libre, plus original (même si le groupe était déjà assez unique en son genre à l’époque de ‘The Real Thing’). Pour A Small Victory, les remarques sont les mêmes sauf que l’on remarque une utilisation encore plus important des claviers, que les parties rap sont plus courtes, mais toujours aussi caractéristiques de ce virage, les riffs n’ont rien d’ultra-jouissif, cela n’a rien à voir avec un groupe de Thrash Metal, mais ont le mérite d’être vraiment bien foutus et surtout d’être accrocheurs et simples. Mais avec Easy, on change complètement de registre, une reprise des Commodores (ancien groupe de Lionel Richie), très fidèle, à la chose près qu’elle soit un peu plus courte, sinon, c’est exactement la même. La voix de Patton est très différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre, plus posée, plus belle même, personnellement, j’ai même fini par préférer cette version à l’originale. Au chapitre des reprises, incluons également Midnight Cowboys de John Barry, qui est bien sûr le thème principal du film du même nom, réalisé par John Schelsinger en 1969, ce qui la différencie de l’originale, est l’utilisation légère de guitares électriques.
Le reste des chansons n’ont absolument rien à envier aux singles suscités, entre une Land of Sunshine (qui reste ma préférée du groupe) qui nous met en conditions pour écouter le reste à l’album avec ses fou-rires en arrière plan, la voix toujours aussi parfaite de Mike Patton, la ligne de basse très inspirée de Billy Gould ou le solo de Jim Martin, on est en face d’un des morceaux forts de l’album; une Caffeine bien plus délirante, et bien dans la nouvelle approche de composition de Patton, ça reste Faith No More, mais c’est fortement marqué par les délires intersidéraux de Mr Bungle, surtout pour le jeu au niveau de la voix; une Malpractice qui aurait inspiré en plusieurs points Sepultura pour la chanson « Refuse/Resist » (surtout pour une partie du riff);une Be Agressive qui a inspiré Marylin Manson, réutilisant le refrain à sa sauce en remplaçant « Be Agressive... » par « Be Obscene ».
En bref, Angel Dust est LE grand album de Faith No More, majesteux comme le héron qui orne la pochette (même si j’avoue, on a vu bien mieux!), plus expérimental qu’à l’accoutumée mais surtout différent. C’est une affaire de goût, d’autres lui préféreront ‘The Real Thing’, plus Metal (avec une reprise de « War Pigs » de Black Sabbath) ou plus rarement « King For A Day…Fool For A Lifetime » (qui est dans la continuité de celui-ci, la suite logique en quelque sorte), mais on s’en fout, Angel Dust reste pour moi (et pour beaucoup d’autres) l’album de Faith No More le plus abouti, et tout simplement un des meilleurs de la carrière de Mike Patton!
Jerome 02/09/2006 avis:  |