La première fois que Jim DeRogatis eu l'occasion de rencontrer Lester Bangs, c'était en 1982. Alors en terminale, son professeur de journalisme l'avait chargé d'interviewer "son héros". Quinze jours plus tard, Lester Bangs mourrut d'une possible overdose. C'est ce jour là que fut pris la décision d'écrire cet ouvrage : Lester Bangs, Mégatonnique rock critic, (titre original : Let It Blurt : The Life and Times of Lester Bangs).
Les débuts - Californie Lester est né le 13 décembre 1948 dans une famille assez fermé, seul enfant du remariage de sa mère. Son père meurt dans un incendie en 1957 et c'est donc sa mère qui s'occupe de son éducation et l'entraine avec elle, lorsqu'elle va faire du porte-à-porte pour les Témoins de Jéhovah ... La restriction culturelle et intellectuelle imposée par sa mère favorisera en lui, un besoin naturel de s'exprimer et de s'affirmer, tout d'abord en étant un fanatique de musique, puis en tentant de faire partager ses idées à ses connaissances. Mais elle favorisa également des rapports difficiles entre la mère et le fils. 1965, Lester commence à écrire plusieurs articles sur la musique pour le journal de son lycée, mais n'y accorde pas autant d'importance qu'à ses poèmes ou à sa fiction. Jusqu'en 1968, il continue son adolescence à explorer de nouveaux styles musicaux et plonge pour la première de nombreuses fois, dans le vaste monde des narcotiques. Cette année-là, il envoie à Rolling Stone, un compte rendu cinglant du Kick Out The Jams du MC5, qu'il trouve bien éloigné de la réponse du rock au free jazz à laquelle il s'attendait en lisant les dires flatteurs des critiques. Et c'est comme cela que tout a commencé ... Il écrit donc pour le magazine de nombreuse critiques, jusqu'en 1970, où excécré par la volonté de politiquement correct affichée par ce-dernier, il est mis à la porte par la rédaction. Il ne collabora plus qu'épisodiquement avec le magazine, jusqu'en 1973, où il en fut banni à vie pour "constamment manquer de respect envers les musiciens.".
Les années Creem - Détroit .Le magazine Creem apparut en 1970, et dès 1971, Lester en devint redacteur en chef. Surnommé "America's Only Rock'n'Roll Magazine" par ses fans, Creem permit à Lester d'acquerir une toujours plus grande reconnaissance de la part des membres de la culture rock. Là-bas, s'y créa une bande de joyeux trublions, chroniqueurs de rock, tous plus ou moins porté sur les narcotiques et l'alcool : Lester devait être le plus expérimenté d'entre eux. Lester se plaisait beaucoup dans la villa de Walled Lake qui servait de redaction au magazine, et où logeait pratiquement tous les "journalistes", bien que ce dernier ait un caractère plutôt excentrique : "Ses compagnons de Walled Lake se réveillait souvent en pleine nuit pour le trouver vautré dans le vieux fauteuil de barbier installé dans le séjour, une bouteille vide à ses pieds et Master Of Reality, de Black Sabbath, posé sur la platine. Il écoutait au casque, mais à un tel volume que personne ne pouvait plus dormir. Pour Lester, toutefois, ce vacarme était aussi apaisant qu'une berceuse, et il ronflait en souriant." ... Écrire pour le magazine, permit à Lester de voyager à peu près partout dans le monde : à travers les USA, en Europe ou même jusqu'en Jamaïque, où pour les besoins d'un article sur l'émergence du reggae, il va réaliser un reportage sur place. Il y rencontre de nombreux artistes et interviewe même Bob Marley, qu'il trouva un peu prétentieux et auquel, il préféra des artistes tels que Toots And The Maytals ou u Roy. Grace à Creem, il rencontra bons nombre d'artistes qui devinrent des amis proche, comme Patti Smith, qui écrivit quelque temps pour le magazine avant de se destiner à une carrière musicale ou les membres de groupes proto-punk, tel que le MC5. La légende veut même que ce soit lui qui, le premier qualifia de nouveaux types spécifiques de rock : "punk" et "heavy metal", termes qu'il trouva chez William S. Burroughs. Parallèlement, Détroit avait commencé à l'irriter serieusement, et au terme d'une dispute avec son redacteur, il quitta le magasine pour s'installer à New York en 1976 après cinq ans de "bons et loyaux services" ...
Lester, suite et fin - New York Il avait découvert le CBGB par le passé mais c'est avec son déménagement à New York, qu'il en devint une des institutions. L'année 1977, fut pour lui, une suite ininterrompue de concerts au CBGB, de toujours plus nombreuses beuverie et l'année de son dernier article pour Creem. Il se'exprima par la suite, avant tout dans le Village Voice. Avec ce nouveau changement de rédaction, Lester dut pour la première fois, lutter pour écrire, recommençant plusieurs fois certains textes, après des jours et même des semaines de travail. Vers la fin des années 70, conscient de sa relation destructeur avec l'alcool et les drogues, il s'inscrivit aux Alcooliques Anonymes et réussit plusieurs fois à tenir de nombreuses semaines sans replonger, mais il ne réussissait jamais à tenir bien longtemps et c'était avec une grande déception qu'il prenait conscience de ses échecs. Le 13 mars 1982, sa mère, avec qui il entretenait une relation plus que décousue, qui lui reprochait sans cesse sa vie pleine de pêché, mourrut. Le 30 avril, ce fut son tour. A cause d'une autopsie baclé, on se sait toujours pas quelles sont les raisons de sa mort. L'hypotèse la plus probable est celle d'une possible overdose au Valium.
Cette superbe biographie raconte avec passion la riche et excentrique vie de Lester Bangs, au moyen de nombreuses, caustiques et passionantes anecdotes sur la contre-culture à laquelle à participé notre héros. Un des nombreux point fort de cet ouvrage est le texte inédit de Lester en toute fin du livre, qui donne son nom au bouquin : "Comment devenir rock critic ? un voyage mégatonnique avec Lester Bangs !". Il nous y apprend et nous donne le plan de la meilleur chronique possible à un album. Laissons à Lester le mot de la fin. Ce que lui et ses collègues répondirent à la question : "Qu'est-ce que le rock ?" : "Le rock est la forme d'art américaine. Eric Dolphy a dit une fois que la musique sortait de son souffle, passait dans son saxo, puis disparaissait. C'était une paraphrase, mais c'est vrai. C'est évanescent. Plus jamais vous ne pourrez la recapturer. C'est un moment de votre vie. C'est le meilleur coup que vous ayez tiré ... - Et aussi le plus nul !" ...
Val 16/11/2006 avis:  |