C'était une drôle d'époque. Une époque ou des groupes aussi différents que Deep Purple, Black Sabbath, Earth Wind And Fire et Eagles pouvaient se côtoyer sur un même festival. Une époque ou le prix des places n'excédait pas dix dollars. Une époque ou les groupes arrivaient aux festivals en boeings privés avec leur nom peint sur la coque. Une époque ou, après avoir réduit en cendres quelques milliers de dollars de matériel sur un simple coup de tête, une star telle que Ritchie Blackmore pouvait se permettre de prendre une limousine et un hélicoptère afin de franchir la frontière californienne et ainsi échapper à la police. Une époque ou les chanteurs de rock étaient dotés d'un bonne grosse paire de couilles et savaient lancer des vocalises à faire vibrer un stade. Franchement, que sont nos pauvres rock stars et nos évènements minables d'aujourd'hui façe au feux d'artifice permanent que sont les anciens jours du rock ‘n’ roll ?
Ce six avril, Deep Purple faisait la tête d'affiche du California Jam présentant au nouveau public son tout nouveau line up connu sous le nom de Mk 3. Bien sur, tout comme certains imbéciles bouderont la carrière post-Ozzy de Black Sabbath, il y aura toujours des énergumènes à affirmer que seul les années Mk 2 du pourpre profond (avec le line up mythique Gillan/Blackmore/Pace/Lord/Glover) sont intéressantes mais, si la troisième ère de Deep Purple n'a pas la renommée de la précédente et que le groupe en live avait perdu un peu de sa complicité avec le public, il n'en avait pas moins gardé la prestance d'un grand du hard. Car Purple sur scène, ça reste du grand spectacle. Bien sur, d'abord, il y a le bassiste/chanteur Glenn Hughes, la classe incarnée, chaussures plate forme, tignasse épaisse, pat d'efs et chemises disco blanches qui se mout sur scène avec une aisance diabolique ; nul doute, l'individu a eu une influence sur le style de Cliff Burton. Et puis il y a le jeune David Coverdale au chant avec ses blings blings, son headbanging inexpérimenté, et son regard de gamin émerveillé. Et surtout il y a l'éternel Blackmore, véritable félin, arpentant la scène en maître avec un flegme tout britannique, accordant à peine un regard à la foule (le petit peuple) et faisant parfois des petits signes à ses musiciens (histoire de bien montrer que c'est lui le chef !).
Le titre « Burn », ouverture monstrueuse du concert et véritable moment de bravoure suffit à prouver aux sceptiques que Deep Purple n'a pas dit son dernier mot et si le public alors peu familier avec les anglais se montre d'abord un brin timide, lorsque Blackmore joue l'intro du terrible « Mistreated » et que Coverdale pose son chant puissant dessus, la marrée humaine et conquise, et ce, malgré les hésitations d'un Coverdale pas encore très à l'aise entre les chansons. Mais heureusement Hughes est toujours là, et si il est conscient qu'en tant que second chanteur, il ne devrait pas s'accaparer le rôle de frontman, le bassiste, plus expérimenté en showmanship n'hésite pas à prendre les devants ; on peut d'ailleurs déjà noter cette sorte de rivalité entre les deux vocalistes (rivalité qui mettra par la suite le groupe en danger), comme sur la fin de « Lay Down, Stay Down » ou Coverdale qui aimerait bien en placer une se retrouve étouffé par un Hughes qui a déjà pris ses aises.
Bien sur ce Live At The California Jam reste plein de défaut, le son, d'abord, qui est plus que décevant (c'est du 5.0 au mieux), la basse est complètement étouffée la plupart du temps et la guitare est elle aussi un poil sous mixée sur certaines chansons (« Burn » en particulier). quant à l'image, elle est évidement mauvaise, comme pour tout film de concert tourné dans les années 60/70, les couleurs sont parfois irritantes et la qualité approximative. Note amusante, le groupe joue sous un arc en ciel géant installé par les organisateurs du festival, une habitude que prendra Blackmore quelques années plus tard avec son groupe, Rainbow, peut être que le guitariste appréciait de jouer sous une telle structure au point de garder l'idée dans un coin de sa tête...
Mais bien sur tout est rattrappé par l'interprétation de « Smoke On The Water » sur lequel le groupe ose innover en alternant les chanteurs et en offrant de véritables solos à leurs voix magnifiques (Coverdale... Hughes... Mon coeur balance...) ainsi que l'enchaînement final « You Fool No One »/« Space Truckin », soit plus d'une demie heure de jam mené avec une maestria incroyable et jonché de solos improvisés de basse (aaargh ! le picking tribal de Hughes !), guitare (re-aaargh ! les arpèges néo-classiques de Blackmore !), batterie et claviers (re-re-aaargh les sons spatiaux de Lord !) mémorables.
Ce qui donne toute sa renommée à ce concert de Deep Purple reste bien sur le final de « Space Truckin’ » ou Blackmore, chauffé à blanc par l'organisateur, va défoncer la caméra de télévision à coups de guitare (le pauvre caméraman lui avait demandé avec le show de ‘favoriser la caméra’) avant de manquer de se tuer en faisant exploser (littéralement, c'est visuellement très impressionnant) un ampli et d'en balancer les restes de la scène. Ce ‘pétage de plombs’ de Blackmore (qui lui vaudra la fuite précipitée hors de la Californie évoquée plus haut) reste l'un des grands moments du rock ‘n’ roll...
Les bonus quant à eux sont assez inutiles. Donc, un ‘bon’ à ce dvd qui contient un excellent concert mais dont le contenu aurait pu être étoffé (ben oui, moi avec mes dvd de Manowar de cinq heures, j'ai été habitué à plus !).
requiem 09/02/2006 avis:  |