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Pink Floyd - Wish You Were Here - 1975

1Shine on you crazy diamond, pts 1-5
2Welcome to the machine
3Have a cigar
4Wish You Were Here
5Shine On You Crazy Diamond, Pts 6-9

      Ulyssangus


17/02/2011    

Un jour de juin 1975, les quatre membres de Pink Floyd travaillaient sur leur nouvel album dans le fameux studio n°3 d’Abbey Road, à Londres. Le groupe était alors en train de terminer l’éprouvant processus de mixage de la chanson-phare de leur nouvel album, "Shine On You Crazy Diamond", mais s’apprêtait également à fêter le mariage de David Gilmour. C’est alors qu’un homme replet, au crâne et aux sourcils rasés, étreignant un sac plastique, apparut dans la salle de mixage. Gilmour ne prêta guère d’attention à ce personnage, pensant qu’il s’agissait d’un technicien anonyme des studios EMI. Roger Waters le croisa également sans réaction. Rick Wright crut qu’il s’agissait d’un ami du bassiste, et s’approcha pour lui parler. Un sentiment désagréable s’empara du pianiste : ce regard, cette voix, ce visage ne lui étaient pas inconnus. Wright comprit enfin qui était cette figure surgie du passé : il s’agissait de Syd Barrett, un Barrett vieilli, grossi, qui n’avait plus rien du dandy des années 60. Tous furent abasourdis par la réapparition soudaine de l’ancien chantre du psychédélisme londonien, et encore plus par sa transformation. Nul ne comprit ce qu’il venait faire là. Il se déclara disponible pour revenir au sein du groupe, entre autres propos incohérents. L’écoute du mixage ne lui arracha pas la moindre réaction, et l’homme disparut aussi brusquement qu’il était apparu. Ce fut la dernière fois que les membres de Pink Floyd revirent celui qui avait fondé leur groupe, près de dix ans auparavant.

Cet incident inattendu vint conclure deux années de tourmente populaire et médiatique autour du quatuor. Dark Side of the Moon avait été le plus grand succès de l’année 1973, au grand dam de ses auteurs, qui ne s’attendaient certes pas à une telle réussite. L’ensemble de la concurrence, qui s’abîmait déjà dans la surenchère, ne put rivaliser avec la beauté tragique de ce disque. Brain Salad Surgery, A Passion Play et Tales From Topographic Oceans, boursouflés, hermétiques et arrogants, donnèrent un coup fatal au rock progressif, dont le déclin devint de plus en plus rapide. Pink Floyd, par son chef-d’œuvre, s’extirpe de toute comparaison avec les leaders du rock progressif et pénètre ainsi dans le cercle restreints des phénomènes de société. La tournée mondiale qui précède et suit la publication de l’album confirme le nouveau statut du quatuor. Le répertoire, déjà très fourni, est complété par de nouvelles chansons écrites par un Roger Waters très inspiré : "Raving and Drooling", "You Gotta Be Crazy" et "Shine On You Crazy Diamond". Les deux premières finiront sur Animals, sous les titres respectifs de "Sheep" et "Dogs". La troisième constituera le cœur du nouvel album de Pink Floyd, dont l’enregistrement commence au début de l’année 1975, pour se poursuivre jusqu’au milieu de l’été.

L’excellente entente qui avait présidé à la naissance de Dark Side of the Moon est déjà de l’histoire ancienne. Épuisés, les quatre musiciens progressent avec difficulté. Gilmour et Wright commencent à se heurter à l’autoritarisme naissant de Waters, une tendance qui ne fera que s’affirmer dans l’avenir. Les belles années sont déjà loin, ce qui est reflété dans les chansons. Les thèmes se recentrent sur le groupe, sans pour autant perdre en profondeur par rapport à ceux du disque précédent, l’aventure humaine de Pink Floyd recelant de nombreux éléments propres à toucher tout être humain. Cruauté, abandon, narcissisme, oubli, amour et haine, argent et ascétisme. La musique, elle, se veut plus libre, synthétisant les longues épopées d’Atom Heart Mother et de Meddle aux démonstrations tragicomiques plus resserrées de Dark Side of the Moon. L’alliage de ces deux tendances, qui pourrait paraître comme hasardeux, est une réussite éclatante. Il n’y à qu’à écouter l’introduction du disque pour le comprendre : jamais le groupe n’a été aussi poignant, et l’on ne peut qu’être saisi devant une telle expressivité, une telle émotion, une telle beauté. Les soli de David Gilmour, précis et lumineux, ponctuent de longues progressions harmoniques, majestueuses sans être pompeuses, tissant des paysages musicaux superbes. Pas de virtuosité ni de mollesse ici : juste un équilibre délicat, qui n’appartient qu’aux grands.

Plus discret, moins flamboyant que son prédécesseur, Wish You Were Here pourrait bien être le pinacle de la carrière de Pink Floyd. Homogène et contrasté, planant et incisif, il parvient à joindre des tendances contradictoires, à l’écart de toute la concurrence de l’époque. Quelques passages pompiers ne parviennent pas à entacher l’ensemble, tant celui-ci est inspiré. Le disque vaut aussi, et surtout, parce qu’il contient la meilleure chanson jamais écrite par le quatuor, et par-là même l’un des meilleurs titres de la musique pop : le morceau-titre. Si Pink Floyd excelle dans les longues suites cosmiques, il n’a jamais été aussi brillant que sur ce petit morceau de folk acoustique, aux paroles saisissantes de douleur coupable. Le dernier couplet reste comme l’un des rares passages véritablement bouleversants jamais produits par un orchestre de musique populaire. La perfection n’existe pas, mais "Wish You Were Here" peut en octroyer un aperçu. Elle montre à la postérité que le talent de Pink Floyd ne s’arrête pas au space rock, aussi brillant que soit ce dernier. L’album résonne comme l’incarnation d’un instant passager, proche de l’oubli, comme l’extrapolation d’une époque, d’un équilibre depuis longtemps rompu. Jamais le groupe ne parvint à retrouver une telle éloquence verbale, une telle maîtrise musicale, même sur de remarquables albums comme Animals ou The Wall. Qu’importe : il faut rendre hommage à Pink Floyd pour avoir publié ne serait-ce que la chanson-titre. Or, bien sûr, la contribution du quartette à la musique populaire a été bien plus vaste que cela…


Avis de la Team
Captain_Destroy
Dav
DocSavage
KlOwN
Melmoth
PinkZeppelin
Religionnaire
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Ulyssangus

Les internautes ont la parole! : 11 message(s)    Laisser un message

Paul  11/05/2011    avis

Peut-être pas le meilleur du Floyd, mais un album a part, bouleversant, indéniablement. Excellente chronique.


le_duff  19/02/2011    avis

Tant que vous y êtes à chroniquer Pink Floyd, occupez-vous de "More" il y a dire... Bonne critique en tout cas, ce disque est immortel.


tehlt3  15/09/2009    avis

Mon album préféré du Floyd.. Et un de mes albums favori tout court.
Chaque chanson est une réussite : en passant par la mythique, culte, sublime "Shine On You Crazy Diamond" part I-V, du très "mélancolique" Welcome to the Machine, de l'entraînant Have a Cigar, de la nostalgie que nous procure Wish You Were Here, une des plus belle balade rock que j'ai entendue jusqu'à la conclusion de l'album avec la suite de SOYCD... Quel album !


edouard  22/09/2008    avis

Le Floyd, quand c'est bien, c'est génial, mais quand c'est ennuyeux, c'est c..... Shine on Your Crazy Diamond, Wish You Were Here: absolument génial. Have A Cigar, a la rigueur. Mais alors Shine on Your crazy Diamond part 2 et Welcome to the machine, NON. Entre une redite et un truc ou un bon refrain est gaché par des nappes de syntethiseurs, la seul envie que j'ai est de passer au morceau suivant. Comment oser dire, 30 ans apres, qu'un morceau comme Welcome To the machine est incontournable? C'est le prototype de la chanson rempli de bidouillage qui ne résiste absolument pas a l'épreuve du temps.
Et puis, pendant que j'y suis, je suis d'accord qu'un peu de temps est nécessaire entre deux morceaux pour faire redescendre, mais deux minutes...
Enfin bref, un album exceptionnel si on s'arrete a une moitié et un ratage total si on s'arrete a l'autre, d'ou ma note médiane.


pluto  18/09/2008    avis

Non sérieux ça peut se contourner sauf l'intro de Shine.... et Wish You Were Here, c'est marrant, mais bon c'est le Floyd et faut aimer et moi ça me gonfle ces 15000 changements dans un seul titre, ces démonstrations, " hey t'as vu comment je joue bien", ou " maintenant c'est à toi de faire un solo".
Je respecte et ça s'écoute bien mais pas trop souvent, et l'intro de Shine... est d'une finesse, moi perso j'aurais coupé le titre après cette intro et basta, et ça te fait un chef d'oeuvre absolu, incomparable, Pink Floyd n'a existé que pour ça et bien sur pour Syd et ses étranges compos.


rain singer  26/12/2007    avis

A l'écoute d'un album pareil, il peut me sembler qu'un non-Floydien connait bien peu de ce qu'est réelement apprécier la musique. Wish You Were Here, c'est d'abord ce qui m'apparait comme le disque le mieux construit de l'histoire du rock : la subtitlité du concept, les textes poignants, l'agencement des morceaux, le thème de guitare de Shine on qui réapparait dans sa seconde partie avant la reprise vocale... My god, que du tout bon. La puissance désepsérée de Welcome To The Machine, l'ironie de Have A Cigar, l'aigre-douceur du splendide (un euphémisme) Wish You Were Here, contenues entre deux moments de bravoure époustouflants, j'ai nommé les frères (faux) jumeaux Shine On You Crazy Diamond, chacun 12-13 minutes de ce que le rock planant a fait de mieux. Est-il possible qu'un groupe pareil ait réelement existé ?!


J.J.  15/11/2007    avis

Même si je reconnais que l'album est bon, je ne suis pas spécialement fan de ce "Wish You Were Here" que je trouve un peu mou et sans vie, lui préférant nettement "Atom Heart Mother", "Meddle" ou "Animals". A la rigueur, je retiendrai le grinçant 'Have A Cigar' et 'Shine On You Crazy Diamond pts 6-9' (que je préfère à la partie 1 à 5 qui est peut-être plus cultissime, mais qui m'emballe beaucoup moins aussi)


Phea'll  20/09/2007    avis

Wish You Were Here est mon album préféré. Shine On You Crazy Diamond (1-5) est un chef d'oeuvre d'intensité, quelle introduction. Planante, mélodieuse,finement rythmée et composée dans un style un peu jazzé: succession de solos dont un de saxophone. Quelle hymne, dédiée à ce génie perdu: Syd Barrett.

Welcome To The Machine est riche en émotion, extrêmement enivrante et le synthétiseur EMS VCS3 y atteint son apogée.

Have A Cigar: un riff tournoyant, parsemé d'incursions électrisantes de guitare et de synthé, la voix de Roy Harper qui colle parfaitement à la chanson et qui enrichie la mélodie, magnifique solo de Guilmour soutenu par un superbe jeu de batterie et cet effet sonore qui coupe à la fois la chanson et le souffle de l'auditeur.

Wish You Were Here: quelle ballade! Guitare douce et chatouilleuse, mélodie acoustique parfumant le texte, en harmonie avec cette nostalgie pour ce cher Syd.

Puis après, les dernières parties de Shine On You Crazy Diamond donnent des frissons qui font planer très haut, puis les apaisent en nous ramenant tranquillement au sol dans une conclusion qui amortie doucement la fin.


Cleminou  21/07/2007    avis

Le planant à son apogée avec Shine on pt1-5 (et la suite), les recherches électroniques sont mises encore plus en avant que sur Dark Side avec Welcome to the Machine (et Have a Cigar), enfin Wish You Were Here excelle dans la douceur.
Après bon nombre d'écoutes il est clair que Shine on I eclipse un peu les autres titres mais l'album reste assez homogène. Mon préféré avec Dark Side.


Simon  14/06/2007    avis

Après un disque comme Dark side of Moon, on s'attend à une oeuvre majeure. Bravo!


jl  30/08/2006    avis

mon préféré du floyd (sûrement parce que c'est ce qui m'a ouvert les voies du groupe)... pas l'album le plus facile pour les néophytes, ceci dit tout fan qui se respecte doit connaitre WYWH. et particulièrement shine on 1ère du nom, qui constitue a mon sens l'apogée du son planant (en ce qui concerne pink floyd en tout cas)



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